BUBON CLIMATÉRIQUE
Schcube a donné le nom de « bubon chmatérique » à un© variété d'adénite non vénérienne assez fréquente dans les payf*
BUBON CLIMATÊRIQUE.
tropicaux. Autant que l'indiquent de sérieuses statistiques, la maladie est spécialement répandue parmi les équipages des navires de guerre naviguant sur la côte occidentale d'Afrique. Elle existe également dans le détroit de Malacca, en Chine, où j'en ai vu un grand nombre de cas aussi bien chez des gens de terre que chez des marins, dans les Antilles, au Japon, dans la Méditerranée et probablement en d'autres endroits comprenant peut-être, quoique à un plus faible degré, l'Europe elle-même. Elle paraît être épidémique à certaines époques dans quelques régions, et se répandre alors parmi des individus vivant dans les mêmes conditions d'hygiène. Ainsi Ruge a relaté 38 cas dans l'escadre allemande bloquant la côte de Zanzibar, en 1888-89. Godding a noté sa fréquence dans la flotte anglaise, également sur la côte orientale d'Afrique ; et Skinner mentionne 49 cas survenus dans un régiment et une batterie d'artillerie : 28 à Calcutta, 13 à Hong-Kong, 4 en Angleterre, 2 à AUahabad, et 2 à Malte.
Symptômes. — La maladie débute généralement par de la fièvre à type rémittent accompagnée d'un gonflement inflammatoire, ordinairement d'un caractère subaigu, des ganglions inguinaux. Les ganglions obhques sont les plus fréquemment affectés, mais»parfois la maladie a pour siège les ganglions cruraux. Quelquefois les deux aines sont atteintes, quelquefois une seule, et quelquefois enfin l'une après l'autre. Les ganglions engorgés atteignent plus ou moins rapidement le volume d'un œuf de poule, ou même davantage. Au bout de plusieurs semaines, et parfois de plusieurs mois, le gonflement disparait graduellement. Quelquefois le tissu conjonctif périganglionnaire s'enflamme à son tour, les téguments deviennent adhérents et la suppuration s'ensuit. Si les ganghons suppurés sont largement incisés ou excisés, le malade guérit promptement ; mais si l'on n'intervient pas, ou que le traitement ne soit pas assez énergique, il peut se former des trajets fîstuleux retardant beaucoup la guérison.
Jusqu'ici, aucune exphcation satisfaisante de ce type d'adénite n'a été produite. Aucune bactérie spéciale n'a été découverte dans les tissus. 11 n'y a pas de raisons suffisantes de supposer, comme on l'a fait quelquefois, que cette maladie est de nature pesteuse. Très probablement l'adénite dépend de quelque virus qui a été introduit, au niveau d'une plaie inaperçue ou d'une
GOUNDOU.
piqûre d'insecte, sur les membres inférieurs ou les parties génitales
Le traitement doit consister dans le repos et des pansements résolutifs durant la période aiguë. Après que la douleur et la sensibilité ont disparu, un pansement compressif à pression élastique graduée devra être appliqué. La malaria concomitante est justiciable de la quinine ; la syphilis, du mercure et des iodures.
GOUNDOU ou ANAKHRE {GroS Uez).
Le 10 décembre 1882, le professeur Mac Alister lut un rapport à l'Académie Royale d'Irlande sur ce qu'on appelait les « hommes à cornes » de l'Afrique. Dans le British Médical Journal du 10 décembre 1887, Lamprey a donné de nouveaux détails, accompagnés d'illustrations, au sujet de la même maladie ; il avait vu 3 cas semblables sur la côte occidentale d'Afrique, tous chez des Fantis : l'un venait du territoire de Wassau, un autre du Gamin, le troisième visitait Cape Goast Castle. Renner a publié aussi un cas observé à Sierra Leone.
Maclaud a attiré l'attention sur une affection manifestement identique à la précédente, laquelle, selon lui, se produit chez une proportion considérable (1 ou 2 p. 100) des habitants de certains villages de la Côte d'Ivoire. Les naturels l'appellent goundou ou anakhre. Maclaud dit qu'elle est confinée aux districts riverains du bas Comoë; d'après les informations qu'il a reçues, si on la trouve ailleurs c'est seulement chez des individus qui ont d'abord habité cette région. Les observations de Lamprey et de Renner prouvent que le goundou a une distribution beaucoup plus étendue.
Symptômes. — D'après Maclaud, la maladie débute ordinairement peu après l'enfance, quoique les adultes puissent aussi en être atteints. Les premiers symptômes sont une céphalalgie Tiolente et plus ou moins persistante qui, après un certain temps, est accompagnée d'un écoulement sanguino-purulent par les narines, et de la formation de renflements symétriques ayant la grosseur d'un petit haricot et placés sur les côtés du nez. Ces tumeurs paraissent affecter les apophyses montantes des deux
GOUNDOU.
maxillaires supérieurs. Les cartilages du nez ne sont pas intéressés. Bien que Maclaud ne fasse pas d'allusion à ce sujet, il est probable que les fosses nasales restent libres. Après une durée de six à huit mois, la céphalalgie et la suppuration cessent. Il n'en est pas de même des tumeurs ; elles persistent et continuent lentement à s'accroître, jusqu'à atteindre le volume d'une orange, ou même d'un œuf d'autruche. En se développant, ces tumeurs, empiétant sur l'orbite, peuvent obstruer le champ visuel et finalement détruire les yeux. Les tumeurs elles-mêmes ne sont pas
Fig. 174. — Goundou. Fig. 175. — Goundou
douloureuses. La peau qui les recouvre est mobile sur leur surface et paraît saine. Les tumeurs sont ovales et ont leur grand axe dirigé en bas et légèrement en dehors. Les dessins de Lamprey leur donnent une forme plus allongée et une direction horizontale. Elles offrent l'aspect, d'après Maclaud, lorsqu'elles ont des dimensions modérées, de deux moitiés d'œuf placées le long et sur les côtés du nez. Les narines sont repoussées en dedans et plus ou moins obstruées ; mais, dans les cas avancés tout au moins, il n'y a pas d'écoulement, et l'on ne découvre aucune lésion de la muqueuse. La voûte palatine n'est jamais affectée.
Maclaud n'a pas eu l'occasion de s'assurer, soit à l'autopsie, soit par une opération chirurgicale, de la nature de cette singuhère maladie. Il inchne à croire que le point de départ est une larve d'insecte qui s'introduirait dans les narines. Je ferai observer, cependant, que la symétrie des tumeurs rend cette hypothèse peu vraisemblable. Maclaud a observé une semblable affection chez un chimpanzé.
GOVNDOU.
Strachan rapporte un cas d'une maladie probablement identique à la précédente, observée chez un jeune nègre des Antilles (fig. 176). Les tumeurs étaient congénitales et s'étaient seulement développées parallèlement à la croissance de l'enfant. Elles étaient dures, lisses, osseuses, rappelant par leur forme et leurs dimensions
Fig. 176. ■ — Goundou chez un jeune nègre des Antilles. (D^ H. Strachan.)
un œuf de pigeon allongé, et s'attachant à l'apophyse montante du maxillaire supérieur et aux os propres du nez. Pour des raisons esthétiques, elles furent réséquées au ciseau, et furent trouvées formées de tissu osseux compact et creuses à leur partie centrale. Le Dr Strachan dit qu'il avait déjà vu 2 cas semblables, et qu'il avait souvent remarqué une « arête » sur cette partie de la
AJNHUM.
face chez des nègres des Antilles. Il suppose que cet état peut être atavique et se rapporte à quelque particularité commune à la tribu dont seraient originaires les spécimens des Antilles.
Chalmers a donné une remarquable description de cette affection qu'il a étudiée dans la Côte d'Or, où elle est très commune et est appelée « henpurge ». Il confirme les données de Strachan en ce qui concerne les caractères anatomiques des tumeurs, qu'il regarde comme le résultat d'une périostite ostéoplastique due au pian. Il affirme que le processus morbide commence pendant une attaque de pian, ou peu après, et est en relation, pour une certaine part, avec une disposition anatomique des vaisseaux de la région, qui serait spéciale aux nègres de cette partie de l'Afrique.
AÏNHUM.
Cette maladie a un caractère très particulier : elle affecte les orteils, principalement les petits orteils des nègres, des Hindous €t des autres races à peau foncée.
Symptômes. — L'aïnhum débute par un étroit sillon qui se forme dans la peau, presque invariablement sur le côté interne ou plantaire de la racine du petit orteil. Il peut se produire sur un pied seulement, ou sur les deux pieds, soit simultanément, soit successivement. Le sillon, une fois formé, se creuse et s'étend graduellement tout autour de l'orteil. A mesure qu'il devient plus profond — avec ou sans ulcération du tégument — l'extrémité de l'orteil a une tendance à s'enfler considérablement, comme si le membre était serré par une ligature. La douleur est très légère ou même nuHe, bien qu'il puisse y avoir des occasions de traumatisme pour le doigt ballant et dévié. Au bout de quelques années, le sillon s'étant de plus en plus creusé, l'orteil, tombe ou est amputé. Le sillon peut correspondre avec une articulation ou embrasser la continuité d'une phalange. Dans de rares exemples, après que les deux dernières phalanges ont été éliminées, la maladie reparaît dans le moignon et attaque à son tour la phalange qui subsiste. Parmi les autres orteils, le quatrième est le plus fréquemment atteint ; très rarement le troisième, ou le second, ou le gros orteil. Il existe au Musée Pathologique de l'Armée, à Washington (U. S. A.), un modèle de cire représentant un cas
'60 AINHUM.
d'une affection analogue ou identique, dans laquelle tous les orteils ont été perdus et où la jambe est envahie à son tour.
L'aïnhum est très rare chez les femmes et les enfants. Il évolue dans l'espace d'une à dix années, ou davantage. Si l'on pratique une section au niveau de la lésion, on trouve
en général, mais non invariablement, que le pannicule adipeux est très hypertrophié, que l'os est infiltré d'une matière graisseuse et que les autres tissus présentent des dégénérescences correspondantes. Quelquefois l'os est aminci, ou même complètement résorbé. Au siège de la constriction, le pédicule étroit est entouré, au moins en partie, d'une ligne d'épithélium hypertrophié, avec atrophie de la couche papillaire de la peau, et d'une bande de tissu fibreux Fig. 177.— Aïnhum. plus OU moins intimement relié au
derme.
On ne sait rien sur la nature exacte ni sur la cause de cette maladie, à laquelle les Européens et les races blanches paraissent échapper, mais qui sévit sur les races africaines, particulièrement sur les nègres de la côte occidentale. Certains auteurs ont supposé qu'il s'agit d'une lésion trophique dépendant de quelque maladie nerveuse. La production de violentes douleurs, constatée par Dupouy dans le début de quelques cas, ainsi que la tendance de cette affection à atteindre les membres d'une même famille, notée par Da Silva Lima, donneraient un certain poids à cette hypothèse. D'autres auteurs ont avancé qu'il s'agit d'une manifestation lépreuse, ou d'une forme de sclérodermie, ou encore, sur des bases également insuffisantes, que cette affection est produite par une ligature intentionnelle ou par le port de bagues aux orteils. Pour moi, j'incline à croire qu'elle est provoquée, au moins dans les premiers cas, par des plaies si facilement produites par la marche pieds nus à travers les broussailles. Le pH de la peau au niveau duquel débute la lésion de l'aïnhum peut très bien être ainsi blessé, surtout chez les nègres aux pieds plats. Si nous examinons la surface inférieure des articulations des orteils chez un grand nombre d'individus de cette race, même chez ceux qui ne sont pas atteints d'aïnhum, nous trouverons