IMMUNITÉ
ration. Peu à peu de dures leçons apprendront au nouveau débarqué à se méfier du soleil, de la pluie et du vent, à s'habiller de façon à éviter les refroidissements et à vivre avec tempérance. C'est une éducation que tout le monde fait dans les contrées palustres « Acclimatement » signifie, dans une large mesure, expérience, éducation ; non pas simplement une adaptation physiologique inconsciente de l'individu, mais une adaptation intelhgente de ses habitudes.
Différence de sensibilité des diverses races et des divers individus. — On ne peut pourtant mettre en doute que, pour des raisons encore inconnues, certaines races, certains individus sont moins sujets que d'autres aux influences paludéennes. Très peu d'individus jouissent d'une immunité absolue et peuvent vivre impunément dans les pays fortement impaludés. C'est un fait bien étabU que le nègre d'Afrique, bien que sujet à la fièvre, ne la contracte pas aussi fréquemment ni aussi gravement que l'Européen ; et cependant ce dernier, en raison de l'hygiène à laquelle il .se soumet, est certainement des deux le moins exposé à l'infection. Le Chinois, le Malais et quelques autres races à peau colorée semblent également jouir d'une immunité relative, — immunité beaucoup moins prononcée, néanmoins, que celle dont jouissent les nègres de l'Afrique ou des Antilles. Il y a même quelques exemples d'Européens qui, ayant survécu à leur affection, ont pu, aprèp de longues années et de nombreux accès, acquérir Finimunité ; mais celle-ci ne paraît pas pouvoir être transmise à leurs descendants. Les habitants des régions palustres de l'Italie, de la Corse, de la Grèce, de la Turquie et de plusieurs autres contrées du sud de l'Europe n'ont hérité d'aucune immunité apparente contre la malaria, bien que depuis des milliers d'années leurs ancêtres aient vécu dans des pays impaludés. Mais ils ont hérité de l'expérience du fléau, et beaucoup d'entre eux savent comment se tenir à l'abri de l'infection dont ils ne peuvent triompher ; telle est probablement en grande partie l'explication de leur acclimatement et de l'immunité qu'ils paraissent avoir acquise.
A ce sujet, nous devons à Koch une importante observation^ qui comporte des conclusions pratiques, et qui jette la lumière sur l'apparente immunité des nègres, des Mélanésiens et d'autres races de couleur foncée vivant dans les pays fortement impaludés.
MALARIA
I] a montré, et ses dires ont été abondamment confirmés, que les indigènes de ces régions acquièrent leur immunité à la suite d'une infection persistante et répétée subie dans leur enfance. Dans de telles régions, le sang de tout enfant au-dessus de trois ou quatre ans contient pratiquement des hématozoaires. La proportion des enfants infectés devient plus faible à mesure qu'ils avancent en âge, et vers l'adolescence, leur sang étant devenu à peu près pur de parasites, ils ont acquis l'immunité. Daniels avait déjà montré, par une étude comparative de la pigmentation malarique chez des cadavres d'indigènes de la Guyane anglaise, que les choses devaient se passer ainsi; Koch, par des observations plus directes de l'hématozoaire en Mélanésie, confirmées par des observateurs anglais en Inde et en Afrique, a définitivement étabh ce point.
La mortalité par la malaria est très grande chez les enfants indigènes ; mais il semble qu'ils acquièrent rapidement une certaine tolérance. En effet, on voit souvent de jeunes nègres dont le sang est riche en parasites et qui résistent d'une manière remarquable aux toxines malariques, soit par une immunité graduellement développée, soit par une résistance héréditaire. On a souvent remarqué que ces enfants de couleur, porteurs de rates énormes et contenant dans leur sang des masses d'hématozoaires, se promènent sans fièvre et avec toutes les apparences d'une robuste santé. Il semblerait que certaines races réagissent vis-à-vis de l'hématozoaire comme les bestiaux du Texas le font pour la Bahesia, ou les fauves de l'Afrique pour le Trypanosoma bruceî; des infections répétées subies dans l'enfance et n'ayant pas entraîné la mort procurent l'immunité. La question de race peut entrer en ligne de compte pour expliquer la tolé: ance à l'infection ; mais elle ne fait pas tout, car les nègres des pays non impaludés arrivant dans les contrées inféctées souffrent de la malaria presque autant que les Européens.