‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 55 sur 213 · MALARIA · texte numérisé non relu

MALARIA

doivent être rigoureusement exclus des hôpitaux. Il sera réellement économique de distribuer libéralement la quinine aux indigènes ; tout cela sans négliger les autres pratiques qui contribuent à assainir une localité.

Protection des maisons contre les moustiques. — Il a été prouvé par l'expérience et par la pratique qu'on peut assurer une complète protection contre les piqûres des moustiques, et par conséquent contre la malaria, en garnissant toutes les ouvertures des maisons — portes, fenêtres, cheminées et ventilateurs — avec une toile métalhque dont les mailles auront au moins cinq torons, par centimètre. On devra donc, si possible, adopter ces moyens de protection et les appliquer intelligemment. Je crois que cette installation sera universellement employée, dans un avenir prochain, pour l'architecture domestique des pays à malaria.

Quinine et arsenic comme prophylactiques. — On a beaucoup écrit sur l'usage prophylactique de l'arsenic et de la quinine dans la malaria, et les opinions sont loin d'être d'accord sur ce sujet. La plupart des auteurs refusent à l'arsenic tout pouvoir préventif. Duncan, après une étude complète des cas qui ont été publiés, après des expériences personnelles de longue durée et menées avec soin sur de grandes quantités de troupes, conclut que l'arsenic n'a aucune espèce de pouvoir prophylactique, mais que la quinine, à dose quotidienne de 20 à 30 centigrammes, diminue de moitié les cas de fièvre. Il recommande par suite avec vigueur l'usage systématique de la quinine dans toutes les expéditions qui nécessitent un séjour dans des régions impaludées. Cette opinion a été également soutenue par beaucoup de médecins de grande expérience. Gorre, tout en reconnaissant à la quinine un pouvoir préventif dans les fièvres palustres ordinaires, dit qu'elle n'a aucune influence sur la production des fièvres pernicieuses. D'autres auteurs, au contraire, constatent que les personnes qui prennent de la quinine d'une manière systématique, bien que restant sujettes jusqu'à un certain point à des accès légers, jouissent d'une réelle immunité contre les accès pernicieux. Somme toute, l'expérience plaide en faveur de l'emploi systématique et quotidien d'une dose préventive de quinine.

Il y a des divergences d'opinion et de pratique considérables

en ce qui concerne la dose et le mode d'administration de la quinine. Il y a trois méthodes principales : a) 30 centigrammes chaque jour après le déjeuner ; h) 60 centigrammes deux fois par semaine ; c) 1 aramme tous les dix ou onze jours. Les uns préfèrent une méthode, les autres une autre ; lorsque l'une sera inefficace, on en essaiera une autre. Si, pour quelque raison, la quinine ne peut pas être tolérée par un individu, le séjour dans les contrées impaludees devra lui être déconseillé.

Autres prophylactiques. — Le thé, le café, l'alcool à petites doses sont d'une utilité manifeste ; mais on n'en usera qu'avec une grande modération; l'alcool ne sera pris qu'après la fin du travail de la journée et lorsqu'il n'y aura plus aucune nécessité d'aller au soleil. GrudeH recommande fortement, comme prophylactique, la décoction de citron (préparée comme il a été décrit page 122); son usage ne peut pas faire de mal et c'est une boisson agréable, légèrement tonique et apéritive, et qui convient tout à fait aux pays chauds. La décoction faite avec un seul citron peut être prise en plusieurs fois dans le courant de la journée.

Éducation. — Il est impossible de formuler, pour la prévention et la suppression de la malaria, des règles de conduite qui seraient apphcables en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance. Celles qui seraient appropriées à un ensemble de conditions ne conviendraient plus dans d'autres cas. Mais, à l'aide d'une ou plusieurs des mesures indiquées plus haut, on peut faire beaucoup pour enrayer ou éviter une épidémie de malaria. La plus importante des mesures initiales dans la lutte contre le fléau est peut-être l'éducation des habitants des pays impaludés en ce qui concerne la théorie de la transmission de la malaria par le moustique. Les mesures sanitaires peuvent rarement être pratiquées d'une manière efficace sans la coopération de ceux qui auront à en bénéficier ; et le concours des habitants ne sera obtenu que s'ils comprennent la raison d'être de leurs opérations. Par conséquent, il appartient à ceux qui ont la responsabilité de la santé pubhque dans les pays palustres de répandre parmi la population la théorie de la transmission par le moustique. S'ils réussissent dans cotte éducation, les hygiénistes auront une tâche beaucoup plus facile et féconde.

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