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CHAPITRE XIII

FIÈVRE JAUNE

Définition. — Maladie fébrile aiguë, spécifique, très dangereuse, se produisant épidémiquement, ou existant à l'état endémique, dans une aire géographique particulièrement limitée. Quoique sujettes à de grandes variations, ses manifestations cliniques typiques peuvent être caractérisées par leur évolution définie, consistant en un stade initial d'excitation, suivi rapidement d'un état adynamique dans lequel peuvent apparaître des symptômes de destruction du sang, tels que l'hématémèse, l'albuminurie et l'ictère hémaphéique. Une première atteinte confère généralement l'immunité. Le germe est transmis par un moustique domestique, le Stegomyia fasciata.

Distribution géographique. — De toutes les maladies infectieuses importantes, c'est la fièvre jaune qui a l'aire géographique la plus restreinte. Son centre est dans les Indes occidentales ; de là, elle s'étend au nord jusqu'au Mexique et aux États-Unis; au sud, jusqu'au Brésil et parfois jusqu'à Buenos-Ayres et Montevideo ; à l'ouest, jusqu'à l'Amérique centrale et à travers l'isthme de Panama jusqu'à la côte du Pacifique, le long de laquelle elle atteint au nord le golfe de Californie et au sud le Pérou. Elle se produit aussi sous forme épidémique sur la côte ouest d'Afrique. Y existe-t-elle à l'état endémique? c'est ce qu'il est impossible de dire. On ne peut pas davantage déterminer, d'après les anciennes relations, si la maladie est originaire d'Afrique ou des Antilles.

La fièvre jaune a été fréquemment importée en Portugal et en Espagne, et une fois de ce dernier pays en Italie. Bien que ces incursions aient été accompagnées de nombreux décès, la maladie n'a jamais pu s'établir en Europe d'une manière permanente. Des cas se sont produits dans des ports maritimes de France et d'Angleterre (Brest et Swansea, par exemple) ; mais ces petites épidémies se sont toujours rapidement éteintes.

ÉPIDÉMIOLOGIE. 19 J

Dans plusieurs îles des Antilles, la fièvre jaune est endémique. Elle existait constamment à la Havane jusqu'à ces dernières années. Jadis, le Brésil jouissait d'une immunité absolue ; mais depuis 1849, année où la fièvre jaune fut introduite à Bahia par un navire venant de la Nouvelle-Orléans, elle est pratiquement endémique dans les grandes villes, A Rio-de-Janeiro, bien qu'en certaines années les cas soient peu nombreux, il s'en produit toujours quelques-uns. Dans certaines villes, comme la Nouvelle- Orléans, Charleston, Montevideo et Buenos-Ayres, où de temps en temps apparaissent de terribles épidémies, il se passe quelquefois plusieurs années sans qu'un cas se produise. Certaines de ces visites épidémiques donnent une mortalité considérable ; ainsi à la Nouvelle-Orléans, en 1853, il y eut 7 970 décès ; en 1867, 3 093; à Rio, 4 160 décès en 1850, 1 943 en 1852 et 1 397 en 1886. A la Havane, la mortalité annuelle par la fièvre jaune variait entre 500 et 1 600 et même davantage.

Épidémiologie. — Influence de la température atmosphérique. — L'histoire des diverses épidémies de fièvre jaune montre que le virus peut être transporté d'un endroit à un autre, et que, pour son développement dans la forme épidémique, il a besoin d'une température d'au moins 24°. Il cesse de s'étendre lorsque le thermomètre descend au-dessous de ce point, et s'arrête tout à coup, en tant qu'épidémique, lorsque le zéro est atteint. L'humidité favorise la fièvre jaune; elle est donc surtout portée à se produire pendant la saison des pluies.

Prédilection pour le voisinage de la mer. — Les lieux de prédilection de la fièvre jaune sont les villes maritimes, les rives des fleuves et les pays d'alluvions à leur embouchure. Rarement elle s'avance profondément dans l'intérieur ou atteint les hautes altitudes. Cependant, il y a plusieurs exceptions à ces règles générales ; car on l'a trouvée loin des côtes et dans des régions élevées (Sâo Paulo, Brésil, 750 mètres ; Newcastle, Jamaïque, 900 à 1 200 mètres ; Cuzco, Pérou, 2 700 à 3 000 mètres). Les villages sont rarement visités par la fièvre jaune, qui s'y étend lentement lorsqu'elle y est introduite. C'est par les voies de communication, railways, canaux, rivières navigables, que se répand la maladie.

Epidémies sur les navires. — Les épidémies de fièvre jaune

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étaient fréquentes autrefois à bord des navires. Le lieu d'élection de la maladie est surtout dans les quartiers bas, chauds et malpropres qui avoisinent les quais et les docks dans les grands ports de mer.

Maladie locale. — La fièvre jaune est, en un sens, une maladie locale, comme la malaria ou le béribéri. C'est-à-dire que si le malade est transporté dans un endroit jusque-là non infecté, son entourage et ses voisins ne contracteront pas la maladie, à moins que cet endroit ne devienne lui-même un foyer d'infection. Et pour que cette infection locale se produise, il faudra que la localité en question contienne l'intermédiaire — le moustique Stegomyia — nécessaire à la transmission des germes apportés par le malade. Si la localité remplit cette condition, alors, à partir de ce moment, la maladie va se répandre et devenir épidémique ; dans le cas contraire, il n'y aura pas d'épidémie. On peut donc, en toute sécurité, visiter un malade atteint de fièvre jaune s'il est logé en dehors de l'aire endémique ou épidémique ; mais il y a toujours du danger à visiter l'aire endémique, qu'on arrive ou non au contact direct d'un malade.

Immunité acquise par un séjour prolongé ou par une attaque antérieure. — Un caractère bien établi de la fièvre jaune est que les indigènes de l'aire endémique et les personnes qui ont habité longtemps cette région sont, en général, exempts d'infection; ou, s'ils sont atteints, la maladie est d'ordinaire bénigne. On dit aussi que, si l'indigène quitte l'aire endémique, son immunité décroît d'autant plus qu'il reste plus longtemps absent ; de sorte qu'après un long séjour au dehors, s'il retourne dans la zone dangereuse, il peut être atteint de fièvre jaune tout comme un visiteur ordinaire. De plus, ceux qui arrivent pour la première fois dans l'aire endémique sont les plus sensibles à l'infection, la sensibihté décroissant à mesure que le séjour se prolonge. Il est donc probable qu'en des villes comme Rio, l'endémicité de la maladie est mamtenue par l'affluence continuelle de visiteurs étrangers et par suite

sensibles. ^ t •

Sensibilité différente des diverses races. - On croyait autrefois que les nègres étaient peu sensibles à la fièvre jaune et que, lorsqu'ils contractaient la maladie, elle était d'ordinaire bémgne; on croyait aussi que les peuples de race jaune étaient plus sensibles que les nègres, mais moins que les Européens. On disait encore

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