PÉRIODE D'INCUBATION
mie la sensibilité des Européens croissait en même temps que la latitude de leur pays d'origine ; c'est-à-dire qu'un Norvégien était plus sensible qu'un Français, et celui-ci plus qu un Italien ou un Espagnol. Les faits sur lesquels était fondée cette croyance peuvent admettre une explication plus rationnelle que celle d'une idiosyncrasie de race ; il s'agit probablement d'une opportumté plus ou moins grande de contracter la maladie, plutôt que d'une couleur des téguments.
Période d'incubation. — La période d'incubation de la fièvre jaune excède rarement quatre ou cinq jours ; elle peut être beaucoup plus courte (moins de vingt-quatre heures). Les limites, d'après Bérenger-Féraud, sont de un à quinze jours dans les zones tempérées, de un à trente jours sous les tropiques. Des expériences précises indiquent une incubation moyenne de trois à cinq jours, et une limite extrême de treize jours. Il arrive parfois que la maladie éclate dans un navire plusieurs semaines après qu'il a pris la mer, et sans qu'il y ait eu communication avec une terre ou un bateau quelconque pendant la traversée. Il ne faudrait pas en inférer que la période d'incubation a duré plusieurs semaines. Nous connaissons maintenant l'explication de ces faits, ainsi que des périodes d'incubation prolongées autrefois attribuées à la maladie. Le virus peut exister dans un navire au moment où il quitte le port, et l'équipage ne subir la contagion que longtemps après.
Période d'incubation précédant Vextension épidémique. — On a observé qu'il s'écoule au moins quinze jours entre l'arrivée d'un malade atteint de fièvre jaune dans un pays jusque-là indemne et l'apparition du premier cas d'épidémie. Ainsi, bien que la période d'incubation de la fièvre jaune — comprise entre l'introduction du virus dans le corps et l'apparition de la fièvre — soit seulement en général de trois à cinq jours, comme nous l'avons déjà dit, il doit cependant s'écouler douze jours au minimum avant que le virus ayant quitté un corps humain soit effectivement implanté sur un autre corps humain. Qu'advient-il du virus pendant ces douze jours? C'est une question qui est jusqu'ici restée sans réponse, ainsi que la raison de bien des particularités épidémiologiques de la fièvre jaune.
Durée de la période infectieuse. — Celle-ci est singulièrement
FIÈVRE JAUNE
brève. Un malade atteint de fièvre jaune n'est dangereux pour ses voisins que durant les trois premiers jours de sa maladie. Passé ce délai, il ne peut plus communiquer l'infection.
Le germe. — De très nombreuses tentatives ont été faites pour découvrir le germe ou le virus de la fièvre jaune, et elles ont amené la description d'une grande variété d'organismes. Persuadés que certains d'entre eux étaient les agents véritables de la maladie, quelques bactériologistes allèrent jusqu'à pratiquer des inoculations préventives avec des cultures atténuées de leurs microorganismes respectifs, tandis que d'autres élaboraient des sérums d'après les méthodes orthodoxes. Des deux côtés il y eut des proclamations enthousiastes de succès. Nous savons aujourd'hui, néanmoins, que le germe de la fièvre jaune n'est pas une bactérie, tout au moins une bactérie visible, et qu'il ne peut être cultivé ou modifié d'après les méthodes bactériologiques ordinaires. Le Cnjptococcus xanthogenicus de Freire, le Tetragenus febris flaçœ de Finlay et le Bacillus icteroides de SanarelH n'ont plus désormais qu'un intérêt historique.
A l'instigation du gouvernement des États-Unis, ces organismes et d'autres encore furent l'objet d'expériences sévères de la part de Sternberg, que sa situation comme bactériologiste et que son jugement sain rendaient particuhèrement apte à formuler une opinion digne de foi. Son verdict sur ces organismes, et sur beaucoup d'autres semblables pour lesquels on avait réclamé la spécificité, fut défavorable.
Nature du germe de la fièvre jaune indiquée par V épidémiologie. — Dans les premières éditions de cet ouvrage, j'avais fait les remarques suivantes : « Les raisons de la limitation géographique particulière de la fièvre jaune ne sont encore expliquées qu'en partie. L'une des principales est, sans nul doute, que la fièvre jaune appartient à une classe assez restreinte de maladies qui, bien que transmissibles, ne le sont pas directement par un contact immédiat entre les gens sains et les malades. Dans ces maladies, le germe ne passe pas rapidement d'un individu à l'autre, comme ceux de la scarlatine ou de la variole, mais doit d'abord, semble-t-il, subir des transformations extra-corporelles qui lui permettent d'envahir un nouvel hôte humain et de s'y fixer. Ce groupe de maladies, étant donnée la condition addi-