LE GERME
tionnelle exigée pour leur propagation — c'est-à-dire le stade extra-corporel ou intermédiaire — doit nécessairement s'acquérir plus difficilement, se répandre plus lentement, et avoir une distribution géographique plus limitée que les autres maladies infectieuses ». Ces remarques, suggérées par les caractères épidémiologiques de la fièvre jaune, ont reçu une conlirmation remarquable par les brillants travaux de Reed, Garroll, Agramonte et Guiteras, et de nombreux autres à leur suite.
Le germe se rencontre dans le sang. — Reed, Carroll et Agramonte ont incontestablement démontré la présence du germe dans le sang. Ils ont injecté chez six individus non immunisés le sang de malades atteints de fièvre jaune. Ils ont pu ainsi transmettre dans cinq cas la maladie, dans les délais reconnus nécessaires à l'incubation. Dans d'autres expériences, ils ont produit la fièvre jaune par l'injection de sang défibriné. Ils ont démontré que la virulence du sang est détruite par une température de 550. Un autre point, dont nous avons déjà parlé, a été mis en lumière par ces expériences ; c'est que le germe ne se trouve dans le sang, tout au moins à l'état transmissible, que durant les trois ou quatre premiers jours de la maladie. Si l'on filtre du sang infecté à travers un filtre Berkefeld, il est encore capable, après ce passage, de communiquer la maladie. On pourrait supposer que le germe a été retenu dans le filtre et que c'est seulement une toxine qui, dans ce cas, produit la maladie; mais le sang d'un individu infecté avec du sérum filtré peut à son tour communiquer la fièvre jaune, ce qui prouve que le sérum filtré a bien transmis le germe, et que celui-ci s'est multiplié. Ces dernières conclusions sont déduites en réalité d'une seule expérience. Bien que les preuves soient loin d'être suffisantes, cependant, étant donnée la grande valeur des travaux accomplis dans le même ordre de recherches par ces observateurs américains, nous sommes presque en droii d( conclure avec eux que le germe de la fièvre jaune, au moins a l'une de ses phases qui se passe dans le sang humain, est ultra-microscopique tout en étant organisé. Il serait en cela comparable aux germes de la peste bovine, de la « horse sickness » (maladie des chevaux de l'Afrique australe) et à la bactérie dysentérique de Durham.
Le moustique hôte intermédiaire et véhicule du germe de la fièvre jaune. — S'étant assurés, par l'observation directe et par une
FIÈVRE JAUNE
longue série d'expériences de culture dan» le sang, faites avec le plus grand soin, que le germe de la fièvre jaune n'est pas une bactérie ordinaire, les observateurs américains, guidés par les considérations épidémiologiques détaillées plus haut, et encouragés par les récentes découvertes sur l'étiologie de la malaria, pensèrent que le moustique pouvait être, comme pour cette maladie, un facteur essentiel dans le cycle évolutif du germe de la fièvre jaune, hypothèse déjà émise par Finlay plusieurs années auparavant. Après quelques expériences préliminaires, qui furent malheureusement fatales au Lazear, l'un des premiers membres de cette courageuse phalange d'observateurs, des tentatives systématiques furent faites dans des conditions bien définies pour transmettre la fièvre jaune par la piqûre d'un moustique, Stegomyia fasciata, espèce commune aux Antilles. Douze individus non réfractaires, qui n'avaient eu aucune autre occasion de contage, furent piqués par des moustiques préalablement nourris sur des malades atteints de fièvre jaune. Sur ces douze individus, dix (83,3 p. 100) contractèrent la maladie dans les délais d'incubation ordinaires, — trois d'entre eux en cinq jours. Plus tard, Guiteras refit cette expérience et ■obtint un résultat positif chez huit sur dix-sept des sujets (47 p. 100).
Le germe n'est pas transmissible par les moustiques dans les premiers jours de leur infection. — Gomme on pouvait s'y attendre d'après les expériences d'inoculation déjà décrites, on trouva ■que seuls les moustiques nourris sur des malades n'ayant pas dépassé le troisième jour de leur fièvre pouvaient communiquer l'infection. Il fut ensuite démontré que le germe doit subir dans le corps du moustique un processus évolutif, car les insectes en expérience ne pouvaient transmettre la maladie qu'après un délai de douze jours. Des tentatives répétées, faites avec des moustiques deux à dix jours après qu'ils avaient sucé le sang infecté, donnèrent des résultats négatifs ; tandis qu'elles échouèrent rarement lorsqu'on prenait des moustiques ayant dépassé le douzième jour. Le temps pendant lequel les moustiques conservaient leur pouvoir infectant fut de cinquante-sept jours au moins.
Ces expériences expliquent clairement : 1° l'impunité avec laquelle un individu non réfractaire peut visiter un malade de