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DANGER POUR L'ASIE

Introduction de la fièvre jaune en Asie. — H y a une

autre question importante en connexion avec la fièvre jaune, question qui devra bientôt être un sujet de préoccupation internationale, c'est celle de l'extension possible de la maladie a l'Asie, aux îles de la Sonde, à la Polynésie et à la côte orientale d'Afrique. Il y a déjà eu des incursions en Europe ; c'est un fait relativement peu important, car les conditions climatériques et hygiéniques sur ce continent sont défavorables à la diffusion de la maladie. Il en serait autrement, on doit le craindre, en ce qm •concerne l'Asie. Heureusement, jusqu'ici la fièvre jaune ne paraît pas avoir fait son apparition dans les cités malpropres et surpeuplées de l'Extrême-Orient; mais si jamais elle y était introduite, les conditions de climat, la malpropreté incoercible qu'elle y rencontrerait, la présence du moustique Stegomyia et la trop fréquente absence de toute organisation sanitaire la feraient s'étendre comme un incendie. La raison probable de sa non-introduction en Asie est que la route commerciale des Indes occidentales en Chine et en Inde n'a pas été directe jusqu'ici, mais a fait un long circuit par le Nord ou par le Sud. Quand un canal Central-Américain aura été percé, il y aura une communication directe et rapide entre les centres actuels de fièvre jaune et l'Asie. En même temps naîtra un grand risque de répandre la fièvre jaune parmi une immense population vivant sous les tropiques et jusqu'ici exempte d'un des maux les plus terribles qui désolent l'humanité. Un moustique infecté (et le S. fasciata, d'après Giles, peut faire de longs voyages), embarqué par accident ou apporté à bord par négUgence ou méchanceté, pourrait aisément être transporté vivant jusqu'aux rivages asiatiques et suffirait à embraser, pour ainsi dire, toute la partie tropicale de l'hémisphère oriental. L'histoire de la propagation de la fièvre jaune par les moyens de transport rapides actuellement employés abonde en exemples qui devraient mettre en garde nos législateurs et les autorités sanitaires responsables.

Espérons qu'avant l'ouverture du canal Central-Américain cette importante question ne sera pas perdue de vue, et que des mesures seront prises pour qu'en échange de l'introduction du choléra l'Amérique n'envoie pas à l'Asie le triste présent de sa fièvre jaune

FIÈVRE JAUNE

GENRE STEGOMYIA.

Les membres de ce groupe de moustiques appartenant à la sous-famille des Culicinas présentent des caractères très distinctifs. Leurs œufs, au lieu d'être agglomérés et de former des sortes de radeaux comme chez les autres Culicinas, sont pondus séparément, chacun d'eux étant entouré d'une

petite chambre à air. Leurs larves sont un peu allongées, possèdent des antennes rudimentaires et un siphon trachéal court et trapu ; elles gardent une position presque verticale. Chez les nymphes, les cornets respiratoires sont très épanouis et ont la forme d'un large triangle. L'image présente une structure écailleuse et, tout au moins dans les premiers temps de son existence, possède des habitudes diurnes.

Les Stegomyise se reconnaissent aisément à leurs écailles larges, plates, imbriquées, qui recouvrent complètement la tête et l'abdomen et qui sont invariablement présentes sur le lobe médian et fréquemment aussi sur les lobes latéraux du scutellum. Ces écailles donnent à l'insecte un aspect satiné très caractéristique. Ce genre de moustiques est généralement petit, noir et présente des lignes, bandes ou taches blanches, argentées ou noires Fig. 51. — Stegomyia fasciata sur le thorax et sur les pattes. En Inde on (femelle). les appelle « moustiques -tigres » en raison

de leurs rayures. Ils semblent avoir une préférence marquée pour le littoral, et certaines espèces {S. fasciata, S. scutellaris) sont fréquemment rencontrées sur les navires et sont certainement transmises de cette manière. Jusqu'à présent, le genre Stegomyia comprend dix-neuf espèces, toutes facilement identifiables grâce à l'ornementation caractéristique de leurs téguments. Parmi ces espèces, la plus typique, S. fasciata, est la plus importante en raison de sa vaste distribution dans tous les pays tropicaux et pré-tropicaux, et en raison du rôle qu'elle joue dans la distribution de la fièvre jaune.

S. fasciata peut être reconnue à l'ornementation particulière, en forme de lyre, de son thorax, composée de deux lignes médianes parallèles couleur jaune foncé et d'une ligne courbe argentée de chaque côté (1). La trompe n'est pas rayée ; l'abdomen présente des bandes à sa partie basale ; le dernier article du tarse des pattes postérieures est blanc, et quelques articles du

(1) Cette ornementation est constante, mais les bandes thoraciques et médianes font défaut chez la variété appelée S. fasciata mosquito.

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