FIÈVRE A TACHES DES MONTAGNES ROCHEUSES
Depuis une trentaine d'années on a constaté une maladie — appelée diversement « spotted fever » (fièvre à taches), « maladie bleue », « fièvre noire » — comme existant à l'état endémique dans des districts limités du Montana et de l'Idaho (États-Unis d'Amérique). Elle fut décrite pour la première fois comme maladie distincte par Maxey en 1899, et au printemps de 1902 des recherches furent faites par Wilson et Chowning qui l'attribuèrent à la présence dans le sang d'un parasite voisin de la Bahesia de la fièvre des bestiaux du Texas. Leurs conclusions furent confirmées par Wesbrook, Cobb et Andersen; mais, en mai 1904, Wardell Stiles ne put découvrir le parasite, ni dans les préparations fraîches de sang, ni dans les préparations des précédents observateurs.
La maladie a été observée dans plusieurs des États de l'Ouest (État-Unis) : Idaho, Montana, Wyoming, Utah, Nevada, Orégon et Washington. On l'a signalée aussi dans l'Alaska. On la trouve principalement dans les vallées et près des contreforts des montagnes dans des aires bien délimitées, et elle est confinée aux mois de printemps, le plus grand nombre des cas se produisant entre mars et juillet. Elle atteint toute personne' sans distinction d'âge ni de sexe, et n'est pas directement contagieuse.
Symptômes. — Une courte période de malaise est suivie de fr ssons, qui se reproduisent avec une intensité décroissante à des intervalles irréguliers dans le cours de la maladie. Vers le second jour, la température a atteint 39°,5 ou 40°, et vers le cinquième 40o,5 ou 41o,5. Un état typhique accompagné de délire chuchotant et de demi-conscience se développe rapidement. Si le malatie doit guérir, la température commence à tomber, vers la fin de la deuxième semaine, la fièvre diminuant d'ordinaire en lysis.
SYMPTÔMES
Du quatrième au septième jour, une éruption apparaît aux poignets, aux chevilles, ou dans le dos, et s'étend rapidement au tronc, au cuir chevelu, aux mains et aux pieds. Tout d'abord elle consiste en petites taches roses ; mais bientôt ces taches s'infiltrant prennent le caractère de pétéchies et s'étendent en devenant confluentes, spécialement sur les parties déclives et les membres. Dans d'autres cas, les taches restent^discrètes, de couleur brune ou pourpre, donnant à la surface du corps un aspect moucheté. Un certain degré d'ictère colore la peau et les sclérotiques. Durant la troisième semaine, la desquamation commence, l'éruption s'évanouissant à mesure que tombe la fièvre. Dans d'autres cas, la peau des coudes, des doigts, des orteils, du lobe de l'oreille, etc. devient gangreneuse.
La constipation est la règle. Le foie est légèrement augmenté, la rate très hypertrophiée et sensible. L'urine diminuée et très colorée peut contenir de l'albumine et des dépôts. Il y a de bonne heure, dans les cas graves, de l'œdème de la face et des membres. Des nausées et des vomissements apparaissent vers la fin de la deuxième semaine, et persistent jusqu'au bout dans les cas mortels. La respiration est rapide. Un léger catarrhe des voies aériennes est de règle pendant toute la maladie ; le pouls diminue de volume et augmente de fréquence. Il parait n'y avoir qu'une légère diminution de la masse sanguine et une faible leucocytose — 12 000 à 13 000 ; l'hémoglobine est légèrement diminuée.
Pathologie. — A l'autopsie on constate, outre les lésions cutanées déjà décrites, une congestion hypostatique marquée des poumons, des pétéchies sous-séreuses, un ramollissement du myocarde, une rate grosse et diffluente, une dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques, et une congestion de la substance corticale des reins.
Étiologie. — Wilson et Chowning ont trouvé dans les globules rouges du sang un hémoprotozoaire, très semblable à la Babesia bigemina, mais de dimensions supérieures. Dans le sang périphérique, environ une hématie sur 500 contenait le parasite ; dans le sang du foie, de la rate, des reins et des poumons, près d'un globule sur 5 était infecté, et un grand nombre de globules envahis étaient inclus dans les phagocytes.