‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 79 sur 213 · LE BACILLE · texte numérisé non relu

LE BACILLE

nuit heures une colonie abondante, humide, gris jaunâtre sans liquéfaction du milieu de culture. Sur gélose, mais mieux sur gélose glycérmée les cultures ont un aspect blanc grisâtre. Sur gélose en plaques, elles ont une transparence bleuâtre, les colonies individuelles étant circulaires, à bords légèrement irréguliers et à surface humide. Les jeunes colonies sont vitreuses, mais, en vieillissant, elles s'épaississent et deviennent plus opaques en leur centre. L'ensemencement par piqûre donne, au bout d'un ou deux jours, comme une fme traînée de poussière. D'après Yersin, cultivé sur gélatine le bacille donne naissance à des colonies transparentes et blanchâtres qui, examinées a l'éclairao-e oblique, présentent des bords irisés. Sur bouillon, les cultures offrent un aspect caractéristique : le liquide reste clair, tandis qu'un dépôt gi-anuleux se forme sur les parois et au fond du tube. Examinées au microscope, toutes ces diverses cultures sont formées de chaînes d'un bacille , court, présentant par endroits de larges renflements bulbeux. Sur gélatine, les bacilles forment tantôt de minces fils, tantôt d'épais amas dus à leur agglo. mération. Le bacille ne produit pas de spores. La température optima pour le développement des cultures est de 36o

Exaltation et atténuation du virus. — Il n'est pas douteux que la virulence du bacille soit susceptible de modification par des moyens naturels ou artificiels. On a remarqué en Russie, en Perse et à Calcutta, que certaines épidémies de peste étaient précédées d'une affection sporadique ou épidémique, fébrile ou quelquefois apyrétique, au cours de laquelle les ganglions lymphatiques s'engorgent et suppurent parfois. Des cas de ce genre, dans lesquels l'examen microscopique a montré la présence d'un cocco-bacille dans le sang et dans les ganglions engorgés, sont rapportés par les D'^ Cobb et Simpson. On sait, de plus, qu'en certaines épidémies la virulence et la mortalité tendent à décroître, les premiers cas étant les plus dangereux. Des observations faites récemment en Inde ont mis en lumière une forme de peste chronique chez les rats, chez lesquels la bactérie spécifique, sans affecter sérieusement la santé de l'animal, reste latente pendant de longues périodes dans des abcès formés aux dépens de la rate, du foie, ou des lymphatiques abdominaux. Quoique latente, elle est potentiellement virulente, car les cultures de ces abcès donnent la mort aux animaux auxquels on les injecte. Ces faits semblent indiquer que, dans certaines conditions naturelles inconnues, le virus tend à s'exalter, et d'autres fois, au contraire, à s'atténuer.

Cette hypothèse est confirmée par les résultats de la peste expérimentale. On a obtenu une augmentation de virulence du

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PESTE

bacille par son passage d'un cobaye à un autre. D'autre part, Yersin remarque qu'une culture sur gélatine peptonisée, difficile à mettre en train, devient aussi virulente — au naoins dans certaines de ses parties— que le bacille extrait directement des bubons une fois qu'elle s'est développée. Il a observé en outre que, dans ces cultures, certaines colonies se développent plus vite que les autres ; que ces colonies, qui ont poussé plus rapidement, contiennent un bacille atténué ; et que, par des ensemencements successifs, on arrive à rendre ce bacille inoiîensif pour le cobaye, quoiqu'il soit encore dangereux pour la souris blanche.

Toutes ces données naturelles et expérimentales indiquent une tendance prononcée du bacille de la peste à varier beaucoup de virulence ; cette tendance pourra dans l'avenir être utilisée pour combattre la maladie.

Peste expérimentale. — Inoculation. — Des expériences préméditées ou fortuites ont prouvé, ou plutôt ont rendu vraisemblable l'inoculabilité de la peste à l'homme. Whyte, en 1802, s'inocula la maladie et en mourut. Au Caire, en 1835, on inocula à deux condamnés le sang de pestiférés : ils contractèrent la maladie, mais guérirent. Ces expériences ne sont cependant pas concluantes, car elles furent faites pendant une épidémie de peste ; on n-e peut donc affirmer que les chances de contagion naturelle avaient été complètement supprimées. Pour la même raison, les cas d'Aoyama et de son aide, qui auraient été contaminés par des piqûres anatomiques, ne peuvent pas être regardés comme des preuves que la peste est inoculable à l'homme. Le déplorable accident qui se produisit en octobre 1898 au laboratoire de Vienne et qui causa plusieurs morts, dans des circonstances non connues exactement, à la suite de manipulations de cultures du bacille pestéux, vient apporter une preuve solide en faveur de la contagiosité de la maladie par introduction du bacille spécifique dans le corps de l'homme. Cette expérience involontaire ne fut pas viciée en effet par la présence d'une épidémie de peste.

Il n'y a du reste aucune raison pour supposer que l'homme diffère à cet égard des divers animaux susceptibles de prendre la maladie par inoculation. Les pigeons résistent, mais les souris, les rats, les cobayes et les lapins sont invariablement tués lors-

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