‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 80 sur 213 · INOCULATION · texte numérisé non relu

INOCULATION

ou'on leur inocule avec succès le contenu des bubons (1) de pestiférés ; ils présentent à la dissection des lésions caractéristiques avec de nombreux bacUles dans les ganglions, le sang, la rate et les autres viscères. Le cobaye meurt de deux a cinq jours, la souris de un à trois jours après l'inoculation. Le mouton et le porc sont susceptibles, ainsi que le singe et beaucoup d autres

animaux. . .

Dans le cas du cobaye, l'introduction du virus est suivie au bout de quelques heures d'un œdème considérable autour de la piqûre, et les ganglions adjacents sont perceptiblement enfles. Au bout de vingt-quatre heures, l'animal est très malade ; ses poils sont rudes et hérissés, et il ne prend aucun ahment. Il est couché sur le côté et atteint de convulsions, les accès se succédant avec plus de rapidité à mesure que la mort approche. Si l'on ouvre le corps immédiatement après la mort, on trouve un œdème avec épanchement de sang rosé autour du point d'inoculation et des suffusions inflammatoires autour des ganglions lymphatiques environnants, qui sont très tuméfiés et remphs de bacilles. L'intestin est hyperémié ; les glandes surrénales, les reins et le foie sont rouges et gonflés. La rate, très volumineuse, présente fréquemment une éruption de petites granulations blanchâtres ressemblant par leur aspect à des tubercules mihaires. Tous les organes, et même la sérosité péritonéale ou pleurale qui a pu se former, contiennent des bacilles de la peste. On les rencontre dans le sang, non seulement libres dans le plasma sanguin, mais inclus dans les leucocytes mononucléés ; il n'en existerait pas dans les leucocytes polynucléés.

Transmission par la çoiedigestii>e.—hes rats et les souris auxquels on fait absorber des cultures, ou des fragments de foie ou de rate contenant le bacille de la peste, prennent la maladie et meurent en général avec les symptômes, les lésions et les bacilles caractéristiques. Récemment Simpson a aussi montré qu'on pouvait donner la peste au porc, au veau, au mouton, au singe, à la poule, au pigeon, au dindon, à l'oie et au canard en les nourrissant avec des matières pesteuses. Le type de peste ainsi produit est la forme septicémique. La maladie est aiguë ou chronique ; dans

(1) Le pus des bubons n'est pas toujours infectieux. L'inoculation faite avec ce pus peut ne pas transmettre la maladie. Il est probable que certains microbes de la suppuration peuvent tuer le Bacillus p.;siis.

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ce dernier cas, elle peut être difficile à reconnaître. Ainsi le porc peut ne présenter aucun signe pathologique pendant le mois qui suit l'ingestion du virus, et ne tomber malade que quelques jours ou quelques heures avant sa mort. La sensibihté à la peste des ammaux de basse-cour, la chronicité et la nature mal définie de leur maladie — car ils sont assez souvent atteints de peste, aussi bien que les rats — sont probablement des facteurs importants de propagation d'une épidémie dans les pays où les gens, le bétail, les cochons et la volaille (sans compter les parasites de toute sorte) vivent sous le'même toit et souvent dans la même pièce.

Les rats et leurs puces. — Yersin plaça dans la même cage des souris saines et des souris inoculées. Les dernières moururent d'abord ; mais les souris non inoculées moururent ensuite à leur tour. Cette expérience prouvait la transmissibilité de la peste soit à travers l'atmosphère, soit par contact, soit par des ectozoaires. Elle a été répétée avec succès à maintes reprises, sur des souris, des rats, des cobayes et des singes, soit dans des conditions identiques, soit avec des modifications. Le résultat a été la confirmation indiscutable des résultats de Yersin. Il a été prouvé en outre que la peste ne se transmet pas d'un animal à un autre par simple contact ou à travers l'atmosphère, mais qu'elle est aisément communiquée par des ectozoaires, en particuher les puces des rats — la Pulex cheopis principalement — qui agissent comme intermédiaires passifs en transportant le bacille. Ziroha a trouvé que Bacillus pestis se multiplie dans l'estomac de la puce, gardant sa virulence pendant sept ou huit jours et étant excrété avec les fèces ; de sorte que la puce sert non seulement à transporter le germe, mais aussi à le multiplier.

Des expériences particulièrement démonstratives ont été faites par la commission de la peste en Inde {Journal of Hygiène, vol. VI, no 4, avril 1906), qui a montré que si les puces sont supprimées, les rats sains ne contracteront pas la maladie, même s'ils restent en contact prolongé avec des rats pesteux. Les jeunes rats peuvent même être allaités par des mères pesteuses et rester indemnes. Mais si on introduit des puces, soit intentionnellement, soit d'une manière naturelle, dans le champ d'expérience, la peste se répand de rat à rat avec une rapidité proportionnelle au nombre de puces présentes. La commission a montré en outre qu'une épizootie de peste des rats peut éclater sans qu'il y ait contact entre les

TRANSMJSSIGN.

animaux sains et infectés. 11 siiffit de transporter les puces d un animal infecté sur un animal sain, ou de placer ce dermer dans une pièce où des rats sont morts récemment de la peste et ont ete retires ensuite. Les puces qui ont abandonné le corps des rats morts et sont restées dans la pièce transportent les germes. L'atmosphère de la pièce n'est pas infectieuse; car, si l'animal en expérience est suspendu dans une cage à quelques pieds au-dessus du sol, il^ne contracte pas l'infection. Il n'est pas davantage infecté lorsqu on

Fig. 54. — Pulex cheopis.

Fig. 55. — Pulex canis (femelle).

le place sur le sol, à condition d'entourer la cage de « tangle-foot » (papier gluant) pour retenir les puces. Mais si on met le rat sain sur le plancher sans précaution, soit dans sa cage, soit en liberté, ou même si on le suspend à 5 centimètres au-dessus du sol — distance n'excédant pas le saut d'une puce — il contractera l'infection. La commission a obtenu pratiquement les mêmes résultats en expérimentant avec des cobayes dans des maisons pestiférées. Il est donc hors de discussion aujourd'hui que les agents probablement les plus importants du développement et de la perpétuité des épidémies de peste sont les rats et leurs puces, surtout la Pulex cheopis et d'autres encore telles que la Pulex canis qui est connue pour mordre le chien, l'homme et le rat indifféremment. Cette conclusion importante est confirmée abondamment par les observations épidémiologiques faites avec soin à Sydney par Ashburton Thompson, qui a montré que la théorie de la contagion par la puce du rat expKque pleinement la marche d'une épidémie de peste — tout au moins dans cette ville.

Sauf le danger très sérieux provenant de la vermine infectée, qui peut contaminer une maison pendant longtemps, il semblerait que la maison elle-même ne puisse garder l'infection qu'un tcmps^

PESTE

très court. La commission de la peste a montré que l'enduit de bouse de vache recouvrant le sol m reste pas très infectieux au delà de quarante-huit heures, et que le dallage de « chunam » (mot indien désignant la chaux et le ciment) cesse d'être dangereux après vingt-quatre heures.

Les anciens étaient très renseignés sur la connexité de la peste avec le rat. Dans la Bible, le rat est mentionné à propos de la peste qui décima les PhiUstins après le vol de l'Arche d'alliance. Les Grecs de l'Asie Mineure adoraient un Apollon tueur-derats qui était réputé produire et éloigner les épidémies de peste. Sambon décrit une monnaie de Lucius Severus, frappée à Pergame en Asie Mineure à l'époque d'une grande épidémie de peste. Sur le revers de cette monnaie est le dieu de la médecine, Esculape, ayant à ses pieds un rat mort et à son côté un homme nu dans une attitude de terreur ou de suppHcation. La httérature médiévale contient aussi des preuves abondantes que l'association des rats avec la peste était bien connue même en ces temps obscurs. De nombreux observateurs modernes ont remarqué la grande mortahté parmi les rats et d'autres animaux qui précède et accompagne généralement les épidémies de peste humaine. Dans une étude sur l'épidémie récente de Canton, Réunie dit que les Chinois regardèrent la mortalité inaccoutumée qui se produisit parmi les rats comme un présage certain de l'extension de l'épidémie. Les rats disparurent complètement des quartiers infectés où ils pullulaient auparavant, tandis qu'ils commençaient à mourir dans les autres quartiers où la maladie se répandit par la suite. Les rats, dit Rennie, sortaient de leurs trous même on plein jour, tournaient sur eux-mêmes d'un air affolé et mouraient. Certains fonctionnaires chinois firent recueilhr les cadavres de rats ; en très peu de temps, l'un d'eux en récolta plus de 22 000.

Rocher rapporte que dans le Yunnan la mortahté chez les rats est particuhèrement remarquable. D'autres animaux meurent aussi, dit-il ; le bœuf, le mouton, le daim, le porc et le chien contractent parfois la maladie, le chien moins gravement et moins fréquemment que les autres.

Pringle dit que, dans le Shurwaal (Himalaya), où la peste éclata en 1864, les rats quittèrent les villages avant l'arrivée de la maladie, et que la population, instruite par expérience, vit dans cet exode un avertissement.

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