‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 82 sur 213 · PESTE LARVÉE · texte numérisé non relu

PESTE LARVÉE

non seulement pour le malade, mais encore pour son entourage, à cause de la multitude de bacilles expulsée à chaque expectoration et parce que les symptômes cliniques, différents de ceux de la peste typique, peuvent amener la confusion avec des affections pulmonaires quelconques. La maladie commence par un frisson, du malaise, une céphalée intense, des vomissements, des douleurs diffuses et de la fièvre. La toux et la dyspnée apparaissent, accompagnées d'une expectoration abondante, aqueuse et sanguinolente. Les crachats ne sont pas visqueux et rouillés comme dans la pneumonie ordinaire. Des râles humides s'entendent à la base des poumons, la respiration se précipite, les autres symptômes s'aggravent rapidement, le délire s'établit, et le malade meurt en quatre ou cinq jours. Telle est la forme la plus fatale et, dit-on, la plus infectieuse de la peste.

Peste abortive ou larvée {pestis minor, peste ambulatoire). — Certaines épidémies se distinguent par la bénignité de la plupart des cas. Les bubons se forment et suppurent ou se résorbent, les symptômes associés étant assez légers ou pouvant même manquer complètement. Dans chaque épidémie il peut se produire des cas dans lesquels le malade ne présente guère qu'une fièvre légère et ne paraît pas souffrir beaucoup de son affection. Cependant ces cas à allure bénigne peuvent devenir subitement mortels.

L'apparition d'épidémies de bubons avec des symptômes constitutionnels peu accentués ou même absents, précédant et suivant la peste vraie, a déjà été signalée (p. 257). Ces cas sont d'une grande importance au point de vue de la prévention de la maladie imminente.

Les rechutes, quoique rares, peuvent se produire et sont dangereuses.

Mortalité. — La mortalité varie dans les diverses épidémies. Elle atteint ordinairement son maximum au commencement et au plus fort de l'épidémie. Sans compter les cas bénins dont nous venons de parler, la moyenne des décès varie de 60 à 95 p. 100 des malades. Elle parait dépendre surtout de la condition sociale du patient, des soins qui lui sont donnés et de la dose initiale do virus. Ainsi, dans la dernière épidémie de Hong-Kong, tandis que

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Lnt 1 7? ^"n?'' ''^^^'^ ^ ^^'^ P- 100' était seule-

Tft 9 ? ""-^ ^ ^0 parmi les Japonais et

18,2 chez les Européens ; cette gradation correspond bien aux conditions générales, hygiéniques et sociales, de ces diverses

r 1" ,f " '^'^'"^'^ ^'^--q- Sud et dans les récentes épidémies circonscrites d'Europe, la mortalité fut égale au tiers environ de celles constatées en Inde et en Chine.

J'n^tornie pathologique et pathogénie. - A l'autopsie d un individu mort de peste, on trouve tout d'abord sur la surface de la peau de nombreuses taches ou plaques ecchymotiques Leur nombre et leur étendue varient, semble-t-il, dans les différentes épidémies. Quelquefois - comme dans l'épidémie de Hong-Kong en 1894- elles sont rares et insignifiantes et sont surtout produites comme nous l'avons dit, par les piqûres d'insectes. Dans d'autres' épidémies, à en croire leurs historiens, les hémorragies souscutanées ont été à la fois étendues et nombreuses ; de là le nom de « peste noire « donné autrefois à cette maladie. Les bubons caractéristiques sont généralement apparents ; parfois il y a aussi des furoncles, des pustules et des abcès. La rigidité cadavérique est d'ordmaire modérée ; quelquefois des contractions musculaires se produisent post mortem, comme dans le choléra. Une élévation de température peut aussi se produire post mortem. La putréfaction se ferait rapidement.

L'aspect caractéristique à l'autopsie d'un cas de peste est celm d'engorgement et d'hémorragie, auquel presque tous les organes participent plus ou moins. Il y a aussi une dégénérescence parenchymateuse de la plupart des organes. Le cerveau, la moelle épinière et les méninges sont très congestionnés, et l'on voit parfois une augmentation du hquide sous-arachnoïdien ou ventriculaire. Il y a des puncta cruenta nombreux et prononcés sur les sections du cerveau ; parfois on voit même des extravasations sanguines considérables dans la substance cérébrale (mésocéphale et moelle allongée).

Les ecchymoses sont communes sur toutes les surfaces séreuses ; le contenu des diverses cavités séreuses peut être sanguinolent. Des hémorragies étendues peuvent être trouvées dans le péritoine, le médiastin, la trachée, l'intestin, la muqueuse du rein, de l'ure-

tère et de la vessie, ou dans la cavité pleurale. Le poumon présente souvent des signes de bronchite ou de pneumonie hypostatique ; quelquefois on y trouve des infarctus hémorragiques et des abcès. Le cœur droit et les grandes veines sont ordinairement distendus par un sang faiblement coagulé ou liquide.

Le foie est congestionné et gonflé, et ses cellules sont dégénérées. La rate est deux ou trois fois plus volumineuse qu'à l'ordinaire. La muqueuse du tube digestif est congestionnée et présente çà et là des effusions ecchymotiques ponctuées et parfois des érosions hémorragiques et même — surtout du côté de la valvule iléocaecale — des ulcérations.

De même, les reins sont congestionnés et peuvent présenter des ecchymoses, à la fois sur leur surface et dans le bassinet. Le tissu conjonctif périrénal peut aussi être congestionné et infiltré. Les uretères et la muqueuse vésicale sont souvent parsemés d'ecchymoses, auquel cas l'urine qu'ils contiennent est généralement sanguinolente.

Le système lymphatique présente toujours des lésions considérables. Un, deux ou plusieurs ganglions lymphatiques sont enflammés et engorgés. Il existe dans l'intérieur et autour des ganglions une exsudation renfermant du sang, des cellules glandulaires hyperplasiées et une énorme puUulation de bactéries. Les ganglions inguinaux, axillaires et cervicaux sont particulièrement atteints. A la dissection, les bubons superficiels sont très souvent trouvés en connexion avec une adénite profonde et très étendue qui remonte par l'anneau crural ou descend de la région cervicale, et qui englobe les gangUons pelviens, abdominaux ou médiastinaux, suivant les cas. Des sections de ces gangHons affectés montreront les divers stades de l'inflammation depuis l'hyperplasie cellulaire jusqu'à la fonte suppurative, suivant la période de la maladie où s'est produit le décès. Quelle que soit cette période, il y a toujours des signes d'hyperémie très prononcée dans l'intérieur et autour des ganglions ; hyperémie caractérisée surtout par une tendance marquée aux effusions hémorragiques. Dans les premiers stades de l'adénite, le bacille spécifique est trouvé dans les espaces lymphatiques autour des folhcules ; plus tard, on le trouve dans les folhcules eux-mêmes, dans les espaces lymphatiques et dans les cordons médullaires (Aoyama).

Si la mort s'est produite dès le début de la maladie, l'engorge

Manson. — Maladies des pays chauds. 18

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ment des ganglions peut n'être pas aussi évident ; mais il est rare qu'on ne trouve pas quelque ganglion présentant les lésions caractéristiques. Dans les cas septicémiques et pneumoniques où le bubon fait défaut, presque tous les ganglions du corps sont légèrement engorgés, de couleur rose ou rouge foncé.

Parfois, au lieu d'une adénite intense et plus ou moins localisée, un engorgement plus léger mais plus généralisé des ganglions lymphatiques du corps entier est découvert. Parfois les troncs lymphatiques sont aussi manifestement imphqués.

Diagnostic. — L'apparition de .fièvre et d'adénite durant une épidémie de peste doit toujours inspirer des soupçons, surtout si la fièvre prend rapidement un caractère adynamique. Dans les premiers stades, le diagnostic peut être très douteux, parlicuhèrement pour la peste pneumonique. La découverte du bacille dans les ganglions, le sang, les crachats ou les déjections est le seul signe absolument certain. Une petite quantité des matières suspectes doit être étendue sur une lame, séchée, fixée et colorée avec une couleur d'anihne. Si l'on y découvre un cocco-bacille présentant la coloration bi-polaire caractéristique, on le cultivera par la méthode de Haffkine en bouillon sur lequel on fait flotter du beurre clarifié (appelé ghee en Inde) ou de l'huile de coco. Si le cocco-bacille est bien celui de la peste, on verra se former à la surface inférieure de l'huile des cultures de bacille en forme de stalactites. Par l'agitation, le stalactite se désagrège et tombe en flocons de neige au fond du récipent ; aucun autre des bacilles connus ne présente ce phénomène.

Prophylaxie générale. — La prophylaxie de la peste, comme celle des autres maladies infectieuses, doit être examinée au double point de vue social et individuel. Les mesures à prendre en ce qui concerne la communauté sont de prévenir l'introduction du virus, d'empêcher sa diffusion s'il est introduit, et d'assurer sa destruction.

Quarantaine. — Tous les systèmes de quarantaine sur terre ou sur mer dirigés contre la peste devront tenir compte de ces faits que la période d'incubation de la maladie peut durer jusqu'à dix jours, et que la peste attaque certains petits animaux aussi bien que l'homme. Il doit s'écouler dix jours au moins entre la

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date du départ d'un endroit infecté, ou entre la date du dernier décès, ou entre l'arrivée d'un navire ou d'un groupe de voyageurs présentant des cas de peste, d'une part, et l'admission à la libre pratique, d'autre part. Bien plus, Kitasato ayant montré que le bacille spécifique persiste dans le corps des convalescents de peste pendant au moins trois semaines à partir de la cessation de l'activité de la maladie, les malades guéris devront être isolés pendant un mois avant de pouvoir se mêler à la population saine.

Malgré les résultats de Kitasato, qui a montré que le bacille de la peste meurt en quatre jours, lorsque, desséché sur une lamelle, il est mis à l'abri de la lumière solaire, et en trois ou quatre heures s'il est exposé au jour, l'expérience a prouvé que, dans certaines conditions encore inconnues, il peut survivre hors du corps pendant une période beaucoup plus longue. Il y a un nombre considérable de faits tendant à montrer que les vêtements, les peaux, les produits textiles et autres matières semblables peuvent conserver le virus actif pendant plusieurs mois. De tels objets, venant d'un endroit infecté, surtout s'ils ont été au contact ou à proximité de pestiférés, devront donc être détruits ou soigneusement désinfectés.

Dans les navires venant d'un port contaminé, les rats, les souris et les parasites de ce genre doivent être détruits, jetés par-dessus bord et immergés avant l'entrée dans un port. La production d'acide sulfureux sous pression, particulièrement au moyen de l'appareil Clayton, remplit efficacement cet office.

Kitasato a trouvé que des cultures sur bouillon étaient détruites en une demi-heure par une température de 80° et en quelques minutes par la vapeur à 100°. Les cultures ne se produisent pas après exposition du bacille pendant une heure dans une solution phéniquée àl p. 100. Le bacille est aussi détruit par une exposition de trois heures dans du lait de chaux. Ces faits serviront de guides dans le choix des désinfectants ; parmi ceux-ci, les meilleurs et les plus pratiques sont la vapeur d'eau, une solution de sublimé corrosif dans l'acide phénol-sulfurique (1 p. 1 000), le lysol, le chlorure de chaux à 1 p. 100, l'acide phénique à 5 p. 100, la formahne à 2 p. 100.

Si la peste éclate dans une petite agglomération telle qu'un village, dès que le diagnostic est établi on prendra des mesures pour empêcher les habitants de quitter la localité et de répandre

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ainsi la maladie. Il y a du reste peu de danger qu'il en soit ainsi tant que les habitants ne sont pas alarmés par une rapide extension de la maladie. Si la chose est possible, après que les malades auront été isolés dans un hôpital spécial, le village sera évacué pendant un mois, et les habitants seront logés dans des cases provisoires situées aux environs, pendant que les maisons des malades et celles qui les entourent seront désinfectées. Le meilleur agent de désinfection est le feu, et dans le cas d'un village isolé la prompte destruction par le feu des maisons pestiférées est le plus sûr moyen d'arrêter l'épidémie. Les vêtements et la literie des malades seront brûlés. Les cadavres seront dans le plus bref délai enterrés profondément ou incinérés. Des lazarets isolés seront organisés, les individus suspects y seront tenus à l'écart pendant un temps au moins égal à la période d'incubation de la maladie. Les rats et les souris seront empoisonnés ou détruits autrement, et leurs cadavres brûlés. Outre ces mesures spéciales, l'état sanitaire général sera scrupuleusement surveillé. On devra se tenir en garde contre la diffusion de la peste par les voies ferrées.

Lorsqu'une épidémie vient à éclater dans une ville, on doit avoir présent à l'esprit : d'abord, qu'il existe une relation intime entre la peste des rats et la peste humaine ; ensuite, que la peste des rats est communiquée à l'homme, et, une fois étabhe chez l'homme, peut se transmettre non seulement à d'autres individus, mais aux rats par l'intermédiaire de l'expectoration, des excréments et de l'urine, ainsi que par le pus des bubons ou des ganglions engorgés ; et enfin que l'apparition de la peste chez l'homme est ordinairement précédée d'une épidémie parmi les rats. Il est aussi important de savoir dans quelles maisons et dans quels quartiers les rats sont infectés que de savoir où se trouvent des malades atteints de peste. Il faudra donc se procurer non seulement la déclaration des cas de peste, mais une indication des rats pesteux. Il n'est pas suffisant de faire une campagne générale contre les rats et de brûler tous ceux qui ont été empoisonnés ou capturés, mais il est nécessaire en outre d'examiner chaque jour au point de vue bactériologique tous les rats ainsi détruits, pour savoir s'ils sont sains ou infectés, et pour en tirer des conséquences sur l'état sanitaire des différents quartiers de la ville. Une étiquette accompagnant chaque rat et donnant l'adresse de l'endroit où il fut

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pris permet do localiser l'infoction et de prendre des mesures immédiates. Une maison où a été trouvé un rat pesteux est une maison pestiférée et on préservera les habitants en faisant une désinfection préventive. Pour cela on évacuera la maison jusqu'à ce que les locaux, les vêtements et le mobilier aient été désinfectés.

En Inde, l'examen obligatoire de tout corps avant son inhumation a été reconnu une excellente mesure pour découvrir les maisons et les localités infectées.

Quels que soient les moyens employés pour empêcher l'introduction et la diffusion de la peste, les cas de peste ambulatoire devront être recherchés et traités avec autant de sévérité que les formes plus virulentes de la maladie.

Il est très discutable qu'un système quelconque de quarantaine, si rigide, si bien compris et si parfait théoriquement qu'on le suppose, soit en pratique absolument efficace. Son application est à la merci d'un grand nombre d'individus et une seule défaillance, soit par ignorance, soit par malhonnêteté, peut en compromettre le succès. En admettant même que l'introduction de la peste par l'homme puisse être évitée de cette manière, il est difficile de diro comment son introduction par les rats et les souris pourrait être empêchée. La quarantaine peut sans doute tenir à l'écart une certaine proportion de personnes contaminées, et en cela elle rend quelques services ; mais on doit lui ajouter des mesures sanitaires générales, une sérieuse désinfection, la destruction des détritus de toute sorte, la découverte rapide et l'isolement des malades, l'évacuation des maisons infectées et même de celles du voisinage, et la complète destruction des parasites. Toutes ces mesures ont été expérimentées en Angleterre et reconnues bien plus efficaces que tout système de quarantaine ; c'est seulement par déférence pour les idées admises en Europe que la quarantaine, dans l'ancien sens du mot, a été pratiquée dans la Grande-Bretagne contre la peste et la fièvre jaune. Une quarantaine rationnelle, accompagnée de mesures rationnelles contre la peste, voilà la conduite à tenir.

Destruction des parasites et autres mesures préventives contre Vmtroduction du virus. — Étant donnés les faits bien établis que les rats sont particulièrement sensibles à la peste, que, dans beaucoup d'épidémies, ils ont été attaqués des semaines avant l'apparition de la maladie chez l'homme, que leurs mœurs les associent intimement à la vie de l'homme, on ne peut guère douter que ces

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rongeurs ne jouent un rôle très important dans la diffusion du virus introduit dans une localité. Cela étant, il est raisonnable de croire que, si les rats étaient détruits, les risques d'introduction d'un cas de peste par l'homme, le rat et les détritus seraient très réduits dans une agglomération où cette mesure aurait été prise. Les autorités responsables de toutes les villes et de tous les villages en communication active avec des foyers de peste devraient, sans attendre l'arrivée possible de la maladie, ajouter la destruction de tous les rats de la région aux autres précautions concernant l'encombrement de la population, l'hygiène alimentaire, la propreté domestique et municipale. La destruction des rats est une mesure peu coûteuse en comparaison des procédés dispendieux qui, en Inde et ailleurs, se sont montrés si insuffisants pour arrêter des épidémies de peste. La campagne contre les rats est en général organisée à l'aide de ratières et d'appâts empoisonnés avec l'arsenic, le phosphore, etc., toutes précautions étant prises pour éviter des accidents. Comme aucune méthode n'est parfaite, on en emploie d'ordinaire plusieurs à la fois. Le gaz sulfureux sous pression a été utilisé avec succès à bord des navires de commerce ou dans les entrepôts de marchandises. Tant que ce gaz est à l'état sec, il n'occasionne aucun dommage aux marchandises. Les objets humides peuvent être légèrement décolorés.

Des tentatives ont été faites pour installer parmi les rats une épidémie non transmissible à l'homme, de manière à les décimer. Dans ce but, le bacille découvert par Danysz a été préconisé par lui. La méthode employée consistait à inoculer ce bacille à quelques rats et à les laisser s'échapper, dans l'espoir qu'une fois infectés ils seraient mangés par leurs congénères qui contracteraient à leur tour l'infection ; mais les résultats n'ont pas été satisfaisants. Le bacille de Danysz a cependant été utile à Capetown et ailleurs pour la destruction des rats, grâce à un autre mode d'emploi proposé par le professeur Simpson. Du pain trempé dans des cultures fut placé comme appât, comme on fait d'ordinaire pour les biscuits enduits de mort-aux-rats. En répandant des milliers de ces appâts, on constata que les rats mouraient en grand nombre dans les quartiers où l'on avait pris ces mesures, et qu'ils succombaient à l'infection produite par le bacille. De plus, les rats qui avaient émigré dans d'autros

quartiers furent aussi trouvés morts de cette infection. Un autre point important pour le succès de ces opérations fut la découverte par le D^" Dodgson d'un procédé pour exalter et maintenir la virulence des cultures. En effet, celles qui provenaient de l'Institut Pasteur après un voyage de quinze jours étaient trop affaiblies et avaient besoin d'être renforcées par le passage à travers une série de rats, pour pouvoir recouvrer la virulence nécessaire.

Prophylaxie personnelle. — Au point de vue individuel, toutes visites faites sans nécessité soit à des pestiférés, soit dans leur voisinage, doivent être évitées et, si possible, interdites. L'entourage des malades, en particulier, doit prendre garde à ce que la ventilation de la chambre du patient soit largement assurée, à ce que le cube d'air soit abondant et la propreté la plus minutieuse appliquée. Les infirmiers ne resteront pas trop longtemps de suite au chevet des malades ; ils doivent aussi panser avec soin et recouvrir les blessures, même les plus insignifiantes, qu'ils peuvent avoir aux mains ; ils doivent aller en plein air fréquemment ; ils doivent se servir largement de désinfectants et pour eux-mêmes et pour les excréta de leurs malades, et se laver de temps en temps la bouche avec des antiseptiques ; ils doivent se laver soigneusement la figure et les mains avant de manger; et enfin ils ne doivent jamais prendre de nourriture ou de boisson dans la salle de garde ou dans la chambre du malade. En observant scrupuleusement ces précautions de sens commun, les risques de contagion pour les infirmiers sont très réduits, et sont certainement moindres que dans les cas de typhus exanthématique. Pour éviter les blessures, et pour empêcher l'accès de puces ou de semblables insectes suceurs, les personnes forcées de rester au miheu d'une épidémie de peste devraient porter des chaussures et avoir les jambes protégées par des pantalons étroitement serrés aux chevilles, ou mieux par des jambières. Des gants de peau sont recommandés pour les personnes qui ont à transporter des meubles ou des objets pouvant érailler la peau. Le service hospitalier n'est dangereux que si les malades sont autorisés à coucher dans leurs vêtements infestés de puces, de poux ou de punaises, si les désinfectants ne sont pas convenablement employés, ou si le personnel est négligent, inintelligent ou

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imprudent, ou encore si les salles sont mal éclairées et ventilées et par suite peu propres à hospitaliser des cas de peste, ou enfin si un certain nombre de pneumonies pesteuses sont soignées ensemble dans une même salle. Les chiens et les chats seront tenus éloignés des pestiférés.

Inoculations de Haffkine. — Durant l'épidémie de Bombay, Haffkine a employé un système d'inoculation préventive qui paraît être d'une réelle efficacité à un double point de vue : réduction à 77 ou 85 p. 100 du nombre d'individus atteints de peste et diminution de la mortalité chez les malades dans la proportion de 80 p. 100. Une description de la méthode de Haffkine a été faite dans le British Médical Journal du 12 juin 1897. Cette méthode consiste essentiellement en injections sous-cutanées de cultures du bacille de la peste tuées par la chaleur. La réaction est parfois sévère, mais jusqu'ici on ne connaît aucun accident causé par ce procédé. Les résultats ne sont pas aussi favorables pour l'île Maurice, où les inoculations ont réduit les atteintes de peste à 45 p. 100 seulement, et où la mortalité dans ces cas fut de 32,9 p. 100. La première Commission de la Peste en Inde conclut en faveur de ces inoculations, mais fait remarquer que cette vaccination demande à être pratiquée plus exactement et plus régulièrement qu'elle ne l'a été jusqu'à présent pour donner ses meilleurs effets. La préparation des cultures demande un très grand soin. On doit insister sur leur conservation en flacons hermétiquement bouchés, et chaque flacon doit être éprouvé avant de s'en servir.

Injections de Lustig. — Lustig et Galeotti ont préconisé une méthode d'inoculation préventive qui semble obvier à plusieurs des inconvénients du procédé de Haffkine. Ils cultivent le Bacillus pestis sur plaques de gélose, dissolvent ces cultures dans une solution de potasse caustique à 1 p. 100, précipitent les substances nucléo-protéiques ainsi dissoutes par une solution faible d'acide acétique ou chlorhydrique, recueillent le précipité, le lavent et le dessèchent m çacuo. Cette substance semble pouvoir se conserver pendant un temps indéfini. La dose pour un homme est d'environ O^^OOS. Avant de l'injecter sous la peau, on la dissout dans une quantité suffisante de solution de carbonate de soude à 0,5 p. 100. L'injection est suivie d'une réaction locale et générale très marquée et, dans le cas des petits ani-

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maux, par une immunité au moins temporaire contre la peste. Des résultats favorables ont été obtenus chez l'homme.

Klein a récemment préconisé une substance prophylactique préparée en desséchant des rates d'animaux pestiférés à 47° sur l'acide sulfurique. On pourrait immuniser des rats contre des injections de cultures virulentes à l'aide de 10 à 15 milligrammes de ce produit.

Traitement. — Jusqu'ici le traitement de la peste a été surtout symptomatique. On aura toujours à l'esprit la tendance asthénique de la maladie, et l'on évitera soigneusement tout remède déprimant.

Durant les premiers stades, lorsque la céphalalgie et parfois la fièvre prédominent, on obtiendra un grand soulagement par l'apposition de sacs de glace sur la tête et sur le cou. Si l'on veut abaisser la température, des lotions sur tout le corps, faites toutes les heures avec de l'eau chaude, sont un meilleur procédé que l'ingestion d'antipyrine ou autres antithermiques. Les vomissements, d'après Lowson, sont arrêtés par une large dose de calomel suivie d'un purgatif sahn. Si ce moyen échoue, ou s'il y a de la diarrhée, il recommande de faire sucer de la glace ou de faire absorber un mélange effervescent contenant de la morphine et de l'acide cyanhydrique. Les sinapismes sur l'épigastre ont aussi leur utilité. Plus tard, quand le pouls commence à faiblir, le même auteur recommande la strychnine avec ou sans carbonate d'ammoniaque, de préférence à la digitale ou au strophantus. La strychnine, dit-il, devrait être employée comme un traitement empirique, et cela dès le début de la maladie. En cas de collapsus, des stimulants de divers genres, y compris l'inhalation d'ammoniaque et les injections hypodermiques d'éther, sont indiqués ; ils réussissent quelquefois à ranimer un malade qui s'éteint. Lowson a trouvé que la morphine, judicieusement administrée, est de beaucoup le meilleur hypnotique. Au commencement 1 à 3 centigrammes injectés au malade calment la souffrance et procurent le sommeil ; plus tard, 1 centigramme suffit. L'hyoscine (un tiers à 1 milligramme) ou le chloral (1 gramme) et le bromure de potassium (2 grammes) sont utiles pour la même indication. Si la diarrhée persiste, on emploiera de préférence les antiseptiques intestinaux, par exemple le salol en doses

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Les relations qui ont été faites sur cette découverte nous avaient permis d'inférer que sa valeur était pratiquement étahhe en ce qui concerne l'homme. Sur 26 cas de peste traités en Chi.ne avec le sérum de Yersin, 24 guérisons avaient été constatées Des expériences faites ultérieurement en Inde n'ont pas confirmé ces brillants résultats. La sérothérapie au moyen des sérums de Yersin et d autres expérimentateurs a jusqu'ici complètemeit échoue.

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