‹ Maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 86 sur 213 · FIÈVRE TYPHOÏDE SOUS LES TROPIQUES · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE SOUS LES TROPIQUES

deux ou trois premières années de leur séjour. Heureusement la susceptibilité décroît de plus en plus à mesure que le séjour se prolonge. Il se produit sans doute une sorte d'acclimatement, ou plutôt d'accoutumance au poison, comme c'est souvent le cas pour d'autres poisons organiques. On peut supposer avec vraisemblance que l'exemption relative dont paraissent jouir les indigènes est due à un effet immunisant produit par un contact permanent avec les germes de la typhoïde et d'autres maladies toxiques, ou à une atteinte dans leur enfance.

Lorsqu'on visite des villes indigènes, — des villes chinoises, par exemple, — on est saisi d'étonnement à la vue de l'état de malpropreté dans lequel les habitants vivent et, qui plus est, prospèrent. Les rues sont étroites et jamais nettoyées; l'eaii d'égout coule sous les dalles, et par les interstices de ces dalles on peut apercevoir une boue noirâtre et puante. Ces eaux d'égout ne s'écoulent pas dans une rigole cimentée, mais filtrent entre les dalles mal ajustées et saturent complètement le sol sur lequel sont bâties les maisons délabrées et remplies d'habitants. La nuit, les ordures sont conservées à l'intérieur de la maison dans une baille en bois pour être ramassées le matin par un individu qui les vend aux jardiniers et aux fermiers. L'urine est conservée dans des jarres en terre et prend la même destination. Les habitations sont rarement balayées et nettoyées, et presque jamais réparées. Dans chaque coin s'accumule la saleté. Et cependant, dans de telles conditions, — en présence desquelles l'hygiéniste prédirait inévitablement le typhus ou la typhoïde, — la population semble prospérer. Évidemment, là où l'Européen contracterait presque sûrement la typhoïde et d'autres maladies analogues, les indigènes ont obtenu l'immunité par l'accoutumance.

En Extrême-Orient, on ne prend à peu près aucun soin pour prévenir la contamination des puits et des cours d'eau par les eaux d'égout, et si les étrangers n'ont pas la précaution de faire bouillir l'eau potable et l'eau où sera lavée la vaisselle, d'é\ntep les salades et les légumes crus, ainsi que les boissons vendues par les indigènes, et de protéger leurs aliments et leurs plats contre les mouches et les autres transmetteurs mécaniques du Bacillus typhosus, ils sont presque sûrs d'être infectés tôt ou tard.

Il semblerait que la typhoïde soit non seulement fréquente parmi les Européens sous les tropiques, mais encore très virulente

INOCULATIONS ANTITYPHIQUES. 297

dans ces climats, avec une mortalité double de la moyenne observée en Angleterre. D'après ma propre expérience en Chine, la typhoïde tropicale est une maladie grave dès le début, et, de' plus, elle est extrêmement sujette aux rechutes. En Angleterre, la mortalité est de 1 sur 8 environ parmi les malades de typhoïde; mais en Inde les statistiques les plus sérieuses montrent une moyenne supérieure à 1 pour 3. En somme, par sa fréquence et sa gravité, la typhoïde tue en Inde plus de soldats européens que le choléra.

L'expérience a montré que la typhoïde en Inde, outre son degré plus élevé de virulence, résiste aux mesures sanitaires qui suffisent pratiquement à la combattre en Angleterre. Il paraîtrait aussi que les soldats contractent la maladie pendant des marches effectuées dans des pays inhabités, et quoique le camp ait été placé dans des endroits où probablement aucun homme ne s'était établi auparavant ; et cela tout en n'ayant bu que do l'eau de sources ou de cours d'eau qu'on ne pouvait soupçonner d'être contaminés par des matières fécales. Des faits semblables ont été observés en Austrahe, où des cas de typhoïde se sont produits à des centaines de milles de toute habitation humaine. 11 semblerait résulter de ces données que le bacille d'Eberth, dans certaines conditions de terrain et de température, peut vivre à l'état de saprophyte tout en restant virulent, et n'a pas besoin pour cela de passer de temps en temps à travers le corps humain.

Inoculations antityphiques. — Ayant observé que l'injection dans le tissu sous-cutané des cultures mortes de bacille typhique confère au sang de l'individu en expérience la propriété d'agglutiner les bacilles vivants en cultures, le professeur Wright, dans l'espoir d'obtenir par ce procédé une immunisation artificielle, a pratiqué des inoculations semblables sur une assez large échelle pour pouvoir en tirer des conclusions.

Durant l'épidémie de Maidstone en 1897, sur 200 individus en observation, 95 furent inoculés. Aucun de ceux-ci ne contracta la typhoïde, tandis que, sur les 105 non inoculés, 19 furent atteints. Encouragé par ces résultats, Wright fit ses inoculations sur une plus vaste échelle.

Dans le British Médical Journal du 20 janvier 1900, cet auteur dubhe les résultats acquis jusqu'alors. Sur 11 295 soldats anglais

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