FIÈVBE TYPHOÏDE SOUS LES TROPIQUES
en Inde, auxquels se rapportent ses observatioas, 2835 furent inoculés. De ceux-ci, 27 eurent dans la suite des attaques de typhoïde acquise naturellement ; sur 8 460 non inoculés 213 furent semblablement atteints; le pourcentage est respectivement de 0,95 et de 2,5 dans les deux cas. Les cas mortels furent au nombre de 5 chez les hommes inoculés, de 23 chez les autres En supposant que toute l'armée anglaise de l'Inde fût inoculée et que la même proportion se maintînt, on préserverait annuellement 1 000 hommes de la typhoïde et on sauverait près de 200 existences.
Depuis cette époque, Sir A. Wright a poursuivi ses recherches assidûment. La garnison anglaise d'Egypte et l'armée de l'Afrique du Sud lui fournirent des champs d'action plus étendus. Les statistiques paraissent justifier la conclusion que les inoculations ont réduit de moitié le nombre des cas et ont également réduit la mortalité de 50 p. 100. Crombie conclut d'un examen indépendant des statistiques, basé sur la comparaison du nombre de cas chez des officiers inoculés et non inoculés, rapatriés du Transvaal pour des causes diverses, que jusqu'à l'âge de trente ans l'avantage d'une seule inoculation est très net, — 27 p. 100 de cas de typhoïde au heu de 51 p. 100 chez les non inoculés. Après trente ans, c'est l'inverse qui a lieu, l'avantage étant pour les non inoculés. Les résultats sont meilleurs après une seule qu'après deux inoculations ; dans ce dernier cas, d'après le tableau de Crombie, la susceptibilité serait plutôt accrue. On trouvera les détails complets de la méthode d'inoculation de Wright et de ses effets chniques dans la Lancet du 19 septembre 1896 et dans le British Médical Journal du 20 janvier 1900.
Il n'est pas utile d'insister davantage sur la question de la fièvre typhoïde, car cette maladie, quoique très commune sous les tropiques, comme nous venons de le voir, ne peut pas être classée à proprement parler parmi les maladies tropicales ; du reste, elle est entièrement traitée dans tous les ouvrages de médecine générale. Nous en avons parlé surtout pour tenir en garde le praticien dans les pays chauds contre le danger de faire un faux diagnostic, par la croyance erronée que tout cas de fièvre dans ces régions est dû à la malaria. Nous avons voulu lui indiquer aussi l'importance particuhère de la connaissance de la valeur pratique des inoculations antityphiques.
FIÈVRE TYPHO-MALARIENNE.
FIÈVRE TYPHO-MALARIENNE.
11 y a quelques années, on a beaucoup écrit et parlé, particulièrement en Amérique, sur ce qu'on appelle la « typho-malarienne«.On croyait alors qu'il existait une maladie spécifique qui, tout en ressemblant à la fois à la typhoïde et à la malaria, n'était ni typhique, ni paludéenne, et n'appartenait à aucune forme connue de fièvre continue. Il est certain qu'il y a sous les tropiques, outre les fièvres connues, plusieurs fièvres spécifiques non différenciées. Mais le groupe clinique désigné par le terme de « typhomalarienne » n'en fait pas partie. La fièvre typho-malarienne est une fièvi^e typhoïde ordinaire se produisant chez une personne qui a été exposée à des influences palustres, c'est-à-dire qui a été infectée par l'hématozoaire.
Nous avons déjà indiqué que le germe de la malaria peut rester latent dans le corps pendant des mois ou même des années, puis, à l'occasion d'un trouble physiologique, — tel que refroidissement, shock, fatigue excessive, etc., — s'éveiller de nouveau, se multipHer dans le sang et donner naissance une fois de plus au phénomène de la fièvre paludéenne. C'est un fait cKnique reconnu, sur lequel nos prédécesseurs ont beaucoup insisté, qu'un processus pathologique survenant chez une personne qui a eu des accès de paludisme tend à prendre un caractère intermittent ou périodique, comme si l'infection primitive avait laissé une sorte d'empreinte de périodicité sur l'organisme. Ceci est évidemment dû au fait que, chez les individus possédant l'hématozoaire de Laveran à l'état latent, le trouble physiologique produit par la maladie active paralyse le pouvoir de résistance et permet au parasite de se multiplier et de poursuivre une fois de plus son action destructive dans le sang. Il y a peu d'influences plus déprimantes que celle de la typhoïde. Il ne faut donc pas s'étonner que l'apparition de la fièvre typhoïde chez un paludéen soit souvent accompagnée de symptômes cliniques montrant la reprise de l'activité de l'hématozaire. Il s'ensuit qu'une attaque de typhoïde dans les pays palustres, ou chez un individu revenant de ces pays, tend à prendre les caractères d'une fièvre intermittente ou rémittente.
Assez souvent, au lieu de la céphalalgie croissante, du malaise,
PJÈVRE TYPHO-MALARIENNE.
de l'anorexie et de l'élévation graduelle de la température le premier signe de la typhoïde chez ces malades est un violent frisson, immédiatement suivi d'une élévation rapide de la temrature qui, en une heure ou deux, atteint 40° ou 40o,5, puis, au
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partielle de la fièvre, symptômes ressemblant exactement à ceux d un accès paludéen. Pendant les deux ou trois jours suivants ces accès se reproduisent, la rémission devenant chaque foTmo "
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rissons et les oscillations de la température soient ainsi arrêtés
le praticien est surpris et désappointé de voir que la température r^fn f ^^^^ que l'état typhique se développe
graduellement. Ou bien il peut arriver qu'une fièvre typhoïde ait un début insidieux comme d'ordinaire, poursuive son évolution habituelle pendant une semaine ou deux, et qu'alors, au miheu de ce qu'on regardait comme une typhoïde ordinaire apparaissent les frissons, les oscillations de température et les autres mamfestations du paludisme. Si l'on donne la quinine ces oscillations cessent et la typhoïde reprend son cours normal' Uu il peut se faire que les symptômes paludiques se développent seulement pendant la convalescence. On connaît aujourd'hui de nombreux cas de ce genre dans lesquels l'hématozoaire a ete rencontré dans le sang.
Le diagnostic entre la typhoïde et certaines formes de rémittente paludéenne est souvent excessivement difficile, et en certains cas, presque impossible sans l'aide du microscope et de la sero-reaction. Les principaux points à examiner sont, d'abord le mode de début de la maladie. Dans la typhoïde, il y a une élévation graduelle de la température, qui monte d'environ un degré pendant plusieurs jours, n'atteignant pas son maximum avant cmq ou six jours, tandis que dans la fièvre palustre le frisson et l'élévation de température de 5 ou 6 degrés se produisent dans les premières heures. Secondement, les caractères des symptômes gastriques diffèrent dans les deux maladies. Ainsi, dans la rémittente paludéenne il y a des vomissements biheux et parfois de la diarrhée biheuse, de la sensibilité au niveau du foie, de l'épigastre et de la rate, et une teinte ictérique de la peau et des sclérotiques, caractères qui contrastent avec
le ballonnement abdominal, la sensibilité et les gargouillements de la fosse iliaque et les selles purée de pois de la typhoïde. Quelques signes, comme l'épistaxis, la surdité et la congestion des joues dans la typhoïde, ont une certaine valeur, mais les éruptions cutanées n'apportent guère de renseignements sous les tropiques. Les bourbouilles ou leurs cicatrices existent à peu près chez tous les individus sains ou malades, paludéens ou typhiques, de sorte que les taches rosées seront rencontrées chez presque tous les fébricitants durant la saison chaude. Aucun de ces signes ne peut être considéré comme pathognomonique ; tous ou un certain nombre d'entre eux peuvent exister dans la typhoïde, et il en est de même pour la rémittente paludéenne. Les seuls vrais signes diagnostiques sont la périodicité tierce ou quarte, l'amélioration par la quinine, et surtout les résultats de l'examen microscopique et de la réaction de Widal. Dans tous les cas douteux, l'hématozoaire doit être recherché ; si on le trouve, la maladie présente certainement un élément paludéen et la quinine est indiquée. Si on ne le trouve pas, et que la quinine n'ait pas été administrée, que plusieurs examens négatifs du sang aient été pratiqués et que l'observateur ait confiance en son habileté à manier le microscope, il y a toutes chances pour que le cas soit purement typhique. Néanmoins, si l'hématozoaire existe dans le sang, la typhoïde n'est pas nécessairement exclue, car le cas peut être un mélange de typhoïde et de malaria, c'està-dire une fièvre typho-malarienne.
Tous ceux qui pratiquent la médecine sous les tropiques devraient connaître la technique du séro-diagnostic de Widal. En Europe, ils peuvent recourir à un bactériologiste, chose qui est impossible, en général, dans les pays chauds.
Pronostic et traitement. — Sous l'influence d'un traitement approprié nous pouvons espérer la guérison d'une fièvre rémittente ; trop souvent celle de la typhoïde ne peut être obtenue. Un mot d'avertissement doit être dit au sujet du pronostic et du traitement. En étabhssant le diagnostic, il ne faut pas attacher trop d'importance à la présence ou à l'absence de diarrhée ; la constipation est beaucoup plus commune dans la typhoïde des tropiques que dans celle d'Europe. Le praticien ne devra donc pas considérer la présence de la constipation comme l'indi-
FIÈVRE TYPHO-MALARIENNE.
cation d'un pm'gatif actif. Les purgatifs rendent souvent de grands erv,ces dans la rémittente paludéenne ; mais si, par suite d'une
lite une nevre typhoïde, et qu'on administre de fortes doses de calomel ou d'autres cathartiques, les résultats seront désaslr ux S. le diagnostic est douteux et qu'on donne de la quinine elle ne fera pas grand mal dans le cas de typhoïde. C'est donc un bonne
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