SI RI AS E
dans un endroit couvert. Dans neuf cas sur dix, ce coup de chaleur ou ce coup de soleil signifie simplement syncope ; syncope causée par l'action de la chaleur solaire ou atmosphérique, ou d'une combinaison des deux, sur un corps dont la résistance a été affaiblie par la maladie ou qui se trouve dans des conditions physiologiques défectueuses. Cette forme de coup de chaleur n'a donc pas une distribution géographique spéciale, et ne possède pas non plus une anatomie et une pathologie spéciales. Comme elle est évidemment apte à se produire surtout dans un climat chaud, et dans les pays tropicaux, son étude intéresse particu-, Uèrement tous ceux qui s'occupent des maladies tropicales.
Symptômes. — Le coup de chaleur syncopal se manifeste d'abord par des vertiges ; le malade chancelle et peut même tomber. Il est pâle, le pouls est petit, faible et parfois irréguher ; la respiration est superficielle, parfois sifflante, jamais stertoreuse ; les pupilles sont dilatées ; la peau est froide ; la température est au-dessous de la normale ; il peut y avoir de l'inconscience partielle, plus rarement complète. D'ordinaire, au bout de peu de temps le malade revient à lui graduellement ; il ressent alors le plus souvent un violent mal de tête et une grande prostration. Dans un petit nombre de cas on ne peut ranimer le patient et la mort succède à la syncope.
Traitement. — Le malade sera couché aussitôt sur le dos dans un endroit frais, aéré et à l'ombre. Ses vêtements seront desserrés, un peu d'eau répandue sur sa figure et sa poitrine, et de l'ammoniaque placée sous ses narines. S'il y a heu, on pourra faire absorber par la bouche, ou injecter dans le rectum ou sous la peau un stimulant. C'est une erreur que de doucher trop abondamment ; le but est de stimuler et non de déprimer.
SIRIASE (fièvre thermique).
Définition. — Une maladie aiguë se manifestant en présence d'une haute température atmosphérique, et caractérisée par de l'hyperpyrexie, du coma et une congestion pulmonaire intense.
Nomenclature. - C'est peut-être la plus importante de toutes les maladies comprises sous ces dénominations vagues : coup de soleil, coup de chaleur, insolation, apoplexie ou asphyxie
a calore fièvre thormiquo, etc. J'ai adopté le terme . siriase „ qui, tout en étant distinctil, ne renferme aucune hypotlièse ét.olog.quo ; il a en outre le mérite d'être le plus aneien de tous les noms donnes à la maladie.
La distribution géographique de la siriase paraît être remarauablement restreinte. Il est vrai que ce type, ou les affections qu on range sous ce type de maladie, sont considérés comme se produisant dans un grand nombre de contrées. Un examen attentif montre qu'une grande proportion de ces cas appartiennent en réalité à d'autres maladies, et spécialement à la fièvre cerehrospinale, l'apoplexie, la méningite tuberculeuse, le delifmm tremens, la malaria pernicieuse ou à quelque autre maladie aiguë, mais non pas à la vraie siriase. D'après Sambon, le coup de chaleur à hyperpyrexie est rigidement confiné à certains districts à basse altitude, au bord de la mer, et aux vallées de certaines rivières. On ne le trouve jamais dans les hauteurs, au-dessus d'une altitude relativement basse — 200 mètres.
La siriase est inconnue en Europe. Les aires endémiques sont : en Amérique, la côte orientale des États-Unis, particulièrement les grandes villes ; la vallée du Mississipi ; la côte du golfe du Mexique ; les vallées de l'Amazone et de la Plata ; et la côte de l'Atlantique sud ; — en Afrique, la vallée du Nil ; les côtes de la mer Rouge ; et une partie basse de l'Algérie, près de Biskra ; — en Asie, la Syrie ; les vallées de l'Indus et du Gange ; la bassj Birmanie le Tonkin et le sud-est de la Chine ; — en Australie, le district de la rivière Murray ; la côte deQueensland et peut-êtr« les plaines de Sydney. Sans doute elle se produit ailleurs dans des conditions météorologiques et telluriques correspondantes ; mais évidemment de nombreux et vastes territoires du monde tropical, et surtout l'intérieur des continents, sont exempts de siriase. On ne la rencontre pas en pleine mer, quoiqu'elle soit bien connue à bord des navires dans la mer Rouge et le golfe Persique étroitement enserrés entre les terres.
Étiologie. — Les Européens et les nouveaux venus dans les aires endémiques sont plus sujets que les indigènes ou les anciens résidents. Apparemment, une longue résidence confère une immunité relative, mais non pas une exemption absolue.
SIRIASE.
Tous les âges sans distinction de sexe sont susceptibles ; mais, par suite de leurs habitudes et de leur exposition plus fréquente aux causes prédisposantes et immédiates, les hommes sont plus sujets que les femmes à la siriase.
Des influences prédisposantes semblables à celles de la syncope thermique et du coup de soleil viennent augmenter lasusceptibilité. Citons en particuliertousles déprimants physiologiques, notamment l'intempérance, la fatigue, l'encombrement, les vêtements incommodes, la malaria, les maladies aiguës et toutes les maladies chroniques des principaux viscères.
La siriase a généralement été attribuée à une action directe de la chaleur atmosphérique ou solaire. Plusieurs théories ont été avancées touchant le modus operandi de cet agent. Parmi celles-ci on peut citer : réchauffement du sang par la haute température atmosphérique ; la paralysie des centres thermiques, causant : a) une surproduction de chaleur, ou h) une rétention de la chaleur du corps ; la pression sur le cerveau par la dilatation duhquide cérébro-spinal ; la paralysie des ganghons du cœur ; l'excès d'acide carbonique dans le sang ; la coagulation de la myosine ; la suppression de la sueur ; le manque de sérum dans le sang par suite de la température excessive, etc.
Il est bien étabh que la haute température atmosphérique per se, pas plu« que la haute température du corps, à moins que celle-ci ne soit associée à quelque toxine spéciale, ne donnent lieu à des symptômes exactement semblables à ceux de la siriase. On sait en outre que la maladie a une distribution particuhèrement capricieuse ; que sa courbe d'intensité ne correspond pas toujours avec celle de la température ; que son degré d'intensité varie d'une année à l'autre dans l'aire endémique ; qu'elle n'atteint pas son maximum d'effet dans les années, dans les saisons ou dans les régions les plus chaudes ; qu'elle devient parfois épidémique ; qu'elle présente une marche définie ; qu'elle peut rechuter ; que, dans beaucoup de circonstances, elle a des symptômes prémonitoires bien définis ; qu'elle produit des lésions particulières, et qu'elle tend à se terminer par une crise ; en un mot qu'elle se conduit comme la pneumonie ou toute autre fièvre spécifique. Ces considérations ont conduit Sambon à affirmer hardiment que la siriase est une maladie infectieuse, comme la fièvre jaune ou la dengue, et q'elle est produite, comme ces dernières, par un
SYMPTOMES
organisme qui demande, pour se développer, une haute température atmosphérique et certaines conditions de miheu encore inconnues. L'avenir montrera le degré d'exactitude de cette hypothèse. Elle a pour moi plus de poids que toutes celles qu'on a fondées sur une étiologie purement thermique.
Symptômes. — Quoique survenant quelquefois subitement, durant l'exposition au soleil, la siriase est très souvent précédée d'un stade prodromique distinct. Elle se développe souvent en l'absence d'une exposition directe au soleil ; l'attaque peut même survenir pendant la nuit.
Parmi les prodromes, qui peuvent se montrer plus ou moins distinctement une heure ou deux ou même un jour ou deux avant le début de l'attaque, on peut citer la répugnance à l'exercice, les douleurs dans les membres, l'assoupissement, le verage, la céphalalgie, les troubles cérébraux, l'anorexie, la soif, la photophobie (accompagnée parfois d'aberrations chromatiques de la vision), l'injection des conjonctives, les nausées et parfois les vomissements, l'anxiété précordiale, quelquefois une sensation de malheur imminent, une tendance hystérique à pleurer, la chaleur et la sécheresse de la peau et l'accélération du pouls. Longmore a appelé l'attention sur l'excessive irritabilité de la vessie comme symptôme prodromique fréquent. C'est là un signe prémonitoire utile et facilement perceptible, dont l'importance a été confirmée dans la suite par les auteurs ; il est possible, cependant, qu'on ait exagéré sa fréquence.
Quoique généralement ces symptômes prodromiques existent à un degré plus ou moins élevé et pendant un temps plus ou moins long, ils passent souvent inaperçus, et la première indication d'un état pathologique est parfois une courte période d'agitation, ou même de délire furieux. Ce rapide stade préliminaire se termine rapidement dans le coma, la complète inconscience, et une forte fièvre avec hyperpyrexie.
Wood donne la description suivante d'une attaque de siriase ; « Tous les cas de coup de soleil rencontrés par moi l'ont été à l'hôpital et représentent, par conséquent, la maladie une fois bien développée. Les symptômes ont été très constants. 11 y avait toujours une insensibilité totale avec, dans de rares cas, un déhre à forme loquace, et encore plus rarement la possibilité
330 SJRIASE.
d'être réveillé par des secousses. ou par des appels. La respiration était toujours troublée, parfois accélérée, parfois profonde et pénible, souvent stertoreuse, et assez fréquemment accompagnée de râles muqueux dans la trachée. La face était souvent très injectée, quelquefois complètement cyanosée. Les conjonctives étaient congestionnées, les pupilles tantôt dilatées, tantôt presque noir maies, tantôt contractées. La peau était toujours très chaude et généralement sèche, parfois, au contraire, baignée d'une sueur profuse. La chaleur cuisante de la peau, sensible à la fois à la main et au thermomètre, était un des symptômes les plus marqués. La moyenne atteinte durant la vie était, dans une observation, de 42° et 42o,5. Le pouls était toujours excessivement rapide, et manquait de force et de volume dès le début ; plus tard, il devenait irrégulier, intermittent et fdiforme. Le système nerveux moteur était profondément affecté. Les soubresauts tendineux étaient un symptôme très commun ; il se produisait très souvent une grande agitation, et quelquefois des spasmes partiels ou même des convulsions générales violentes. Celles-ci étaient quelquefois épileptiformes et spontanées, ou bien tétanoïdes et excitées par les plus légères irritations. Quelquefois la moelle épinière paraissait paralysée, le malade restant absolument immobile. »
Les pupilles sont contractées, sauf immédiatement avant la mort, alors que tous les sphincters se relâchent. Les réflexes sont partiellement ou complètement diminués. Il peut y avoir aussi, surtout dans les cas graves, une diarrhée abondante, dont l'odeur, ainsi que celle de la peau du malade, est particulière et rappelle celle de la souris. L'urine est rare et peut contenir des globules sanguins, de l'albumine et des dépôts.
Divers auteurs mentionnent un certain nombre de symptômes secondaires. Ces symptômes varient suivant les cas et ne sont pas toujours présents ou caractéristiques. Que ceux-ci existent ou non, les symptômes essentiels, fièvre élevée et troubles nerveux profonds, accompagnés généralement d'insensibilité, se montrent invariablement.
A moins que des mesures énergiques pour abaisser la température ne soient prises au début de l'attaque, et à moins que ces mesures ne soient vigoureusement poursuivies, dans la grande majorité des cas la mort survient quelques heures ou même quelques minutes après que le malade est devenu insensible.
ANATOMIE PATHOLOOIQUE. 331
La cause immédiate do la mort est généralement de la j.s-
piration. Rarement la maladie traîne un jour ou ^ »x. Une ame lioration partielle est quelquefois suivie d'une rechute. Dans les cas favorables, la maladie se termine d'ordinaire en crise. La con-
valescence est rapide.
Mortalité. - Comme on peut le supposer, certains types de coup de chaleur sont beaucoup plus dangereux que d autres , 1 a siriase l'est infiniment plus que la syncope thermique ordinaire^ Le traitement a certainement une puissante influence [^Z de la maladie, pourvu qu'il soit institué à temps et indicieus ment appliqué. En réunissant tous les types de coup de chaleur la mortalité parmi les troupes européennes en Inde est environ d un malade sur quatre ; dans l'année 1892, sur 223 soldats européens admis à l'hôpital pour coup de chaleur, 61 moururent.
Anatomie pathologique. - Un caractère important est la rapide apparition de la rigidité cadavérique. Le sang est remarquablement hquide ou à peine coagulé. Le système veineux est engorgé, un sang noir se répand quand on sectionne les poumons très congestionnés ou tout autre viscère. Le sang et les musc es donneraient une réaction acide plus ou moins prononcée, les globules rouges sont crénelés et ne forment pas de rouleaux. Si on fait l'autopsie peu après la mort et avant que la décomposition n'altère les tissus, on trouvera le cœur, et surtout le ventricule gauche, remarquablement rigide ; cette rigidité est quelquefois comparée à celle du bois. Si l'examen est pratique plus tard, le muscle cardiaque sera trouvé mou et flasque. Il peut y avoir de la congestion veineuse des méninges du cerveau, mais la substance cérébrale elle-même ne montre aucun changement vasculaire, aucune lésion visible à l'œil nu. La muqueuse intestinale, aussi bien que celle de l'estomac, est tuméfiée et présente des plaques congestionnées.
Pathogénie. — Comme on peut le supposer d'après l'étude de l'étiologie, la pathogénie de la siriase est jusqu'ici très incertaine et continuera de l'être jusqu'à ce que la cause essentielle de la maladie ait été enfin déterminée
SIRIASE.
Diagnostic. — La présence d'une fièvre élevée est suffisante pour différencier la siriase d'une perte de connaissance subite causée par l'urémie, le coma diabétique, l'empoisonnement par l'alcool ou l'opium, et tous les états toxiques semblables. L hémorragie cérébrale, particulièrement au niveau de la protubérance, peut, après quelques heures, être suivie d'une élévation de température ; mais ici l'état fébrile suit l'insensibilité, tandis que dans le coup de chaleur il la précède. Le diagnostic avec un accès paludéen cérébral peut être très difficile; on l'établira d'après Iqs commémoratifs, si on peut les obtenir, d'après l'état de la rate et surtout d'après l'examen microscopique du sang. Les fièvres paludéennes et les fièvres éruptives des enfants à leurs débuts sont facilement confondues avec le coup de chaleur, surtout s'il y a eu une récente exposition au soleil. La fièvre cérébro-spinale, si souvent prise pour de la siriase, peut être décelée par la rétraction occipitale, l'irrégularité pupillaire, l'apparition fréquente du strabisme, le degré relativement peu élevé et les fluctuations de la température, l'herpès associé, le frisson initial et la longue durée de la maladie.
Traitement. — Dans toutes les fièvres foudroyantes qui se produisent aux pays chauds, et en particulier dans la siriase, si la malaria est soupçonnée, et surtout si l'hématozoaire est trouvé dans le sang, on doit pratiquer aussitôt une injection hypodermique de quinine — Os^BO à 0e^60 de bichlorhydrate ; cette dose doit être répétée trois ou quatre fois à quatre heures d'intervalle. Dans tout cas de siriase, qu'il y ait lieu ou non d'administrer de la quinine, on doit chercher à abaisser la température par des moyens rapides, comme les bains froids ou les apphcations de glace sur la tête et le corps. L'antipyrine et les autres antithermiques sont de peu d'utihté et peuvent même offrir quelque danger par suite de leur action déprimante sur le cœur. Dans tout cas sérieux de siriase, ces remèdes sont à éviter. Ghandler, parlant d'après une expérience de 197 cas, parmi lesquels 12 seulement furent mortels, donne d'excellentes règles de conduite. Il place le malade déshabillé sur un brancard dont il élève légèrement le côté de la tête, pour permettre aux évacuations involontaires de s'échapper. Un thermomètre eat placé dans le rectum. Le corps est recouvert d'un drap sur
TRAITEMENT
lequel sont placés de petits morceaux de glace, de plus gros morceaux enveloppés étant maintenus contre la tête. De l'eau glacé f s'écoule goutte à goutte pendant une demi-heure sur le malade, d'un réservoir placé de 1"',50 à 3 mètres de hauteur. Un mince filet d'eau glacée répandu d'une certaine hauteur sur le front stimulera et réveillera le malade ; ce traitement énergique ne doit pas être prolongé plus d'une ou deux minutes. Une injection hypodermique de 20 centigrammes de teinture de digitale est faite le plus vite possible, son administration étant précédée d'une petite saignée chez les malades pléthoriques présentant une hypertension artérielle, mais seulement dans ce cas. Les applications froides doivent être cessées dès que le thermomètre rectal est descendu à 40°, et, dans les cas de simple fièvre thermique où la température ne dépasse pas 41*^, dès qu'elle s'est abaissée à 39°. Si ces puissantes mesures antipyrétiques sont continuées au delà de ce point, l'abaissement de la température peut se prolonger au-dessous de la normale, même jusqu'à 33°, et un dangereux coUapsus s'ensuivre.
Lorsqu'on retirera le drap glacé, on enveloppera le malade dans une couverture, et des bouteilles chaudes seront placées contre les membres et le tronc. Il se produira très probablement une sueur très abondante, signe très favorable. Les stimulants peuvent alors être très nécessaires. La strychnine, étant donnée la tendance marquée aux convulsions que présente le coup de chaleur, ne doit jamais être employée comme stimulant cardiaque. Les convulsions sont surtout calmées par des inhalations de chloroforme administrées avec prudence. Gomme la mort se produit généralement, dans le coup de chaleur, par arrêt de la respiration, Chandler recommande instamment la respiration artificielle quand il y a menace d'asphyxie ; il dit avoir obtenu des résultats merveilleux grâce à ce procédé. On doit continuer les manœuvres dans ce but pendant une demi-heure au moins.
Durant la convalescence, on doit chercher à garantir le malade contre toutes les influences qui pourraient provoquer une rechute.