‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 100 sur 136 · COUPE · texte numérisé non relu

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Dans les coupes de poumon (fig. 5/,), les filaires étaient étendues ou diversement enroulées dans les vaisseaux grands et petits. Dans le muscle cardiaque, elles reposaient le long des capillaires entre les fibres musculaires ; dans les reins, elles semblaient affecter spécialement les gloniérules de Malpighi ; elles existaient en très petit nombre dans les capillaires du cerveau; une grande quantité, au contraire, fut obtenue par 'âclage de la paroi intérieure de la carotide. Les préparations n'appor-

FILARIOSE

tèrent aucune explication sur la manière dont les filaires arrivent à maintenir leur position dans le courant sanguin ou sur les causes qui

Fi„ 54 Coupe de poumon, montrant des filaires embryonnaires dans les vaisseaux sanguins. {D'après une microphotographie de M. Spitta.)

déterminent leur distribution particulière. Leur absence du foie et de la rate est un fait remarquable,

Le moustique hôte intermédiaire de la Filaria nocturna. - Si l'on examine, immédiatement après Tingestion du san^ d'individus porteurs de filaires, les femelles de certames espèces de moustiques , appartenant probablement au .enre culex [C. pipiens C. cUiaris], le sang renfermé dans l'estomac de ces insectes sera trouvé contenir des filaires vivantes en grand nombre. Si l'un de ces moustiques es examiné trois ou quatre heures après quil a ete nour ainsi on constatera que les globules sanguins ont, pouria plupart, perdu leur hémoglobine, et que le plasma sanguin, • cause de ce fait et à cause de la déshydratation, s'est epa.. mais non coagulé. Si l'on dirige son attention sur les fi a es contenues dans ce sang épaissi, on remarquera que beau

coup d'entre elles s'efTorcent avec beaucoup d'activité de s'échapper de leurs gaines. L'hémoglobine diffusée a telle-

o ° o eo o

ment épaissi le plasma sanguin qu'il est devenu visqueux et s'attache pour ainsi dire aux gaines. Ce changement dans la viscosité du sang paraît exciter le parasite à essayer de sortir de son enveloppe. Les filaires sont continuellement en mouvement ; elles se déplacent alternativement vers l'extrémité caudale et vers l'extrémité céphalique de leur gaine, se heurtant à chaque fois violemment contre les deux culs-de-sac dans leurs frénétiques efforts d'évasion.

Au bout d'un certain temps, la plupart d'entre elles réussissent à faire brèche et à se glisser hors des gaines qui les avaient renfermées jusque-là (fig. 55) (*) . La

filaire nage maintenant librement dans le sang, et le caractère de ses mouvements se transforme encore une fois d'une manière remarquable. Jusqu'ici, quoique doué d'une très grande activité, le parasite n'a pas changé matériellement de position sur la lame; mais maintenant, devenu libre, il se

Fig. 55. — Filaire hors de sa gaine.

(') Cette mue delà filaire hors de sa gaine peut être produite dans des préparations de Seing ordinaires, en les refroidissant simplement avec de la glace ou en diffusant l'hémoglobine par quelque autre moyen. La méthode suivante est ordinairement efficace : — Lutez ù la vaseline les lamelles de plusieurs préparations humides ordinaires de sang retiré la nuit du doigt d'un individu porteur de filaires ; enveloppez ces préparations séparément avec du papier filtre et placezles, renfermées dans une boîte de fer-blanc étanche, sur un bloc de glace, pendant six ou huit heures, c'est-à-dire toute la nuit. Le lendemain malin, examinez-les au microscope. A mesure que les lamelles refroidies se réchauffent, on voit que les maires, partout où l'hémoglobine s'est diffusée, commencent à chercher une issue Hors de leurs gaines. Vers le soir, la plupart d'entre elles ont réussi à s'échapper ei leurs goincs vides sont répandues un peu partout dans le sautr visqueux Le sang ne doit pas se congeler.

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déplace d'un point à un autre — il exécute des mouvements de locomotion. Si nous disséquons un moustique à une période plus éloignée de l'ingestion du sang, nous verrons que l'eslomac de l'insecte, quoique toujours rempli de sang, contient très peu de filaires et renferme au contraire des

eraines vides en abondance Si, cependant, nous déchirons avec des aiguilles le thorax de l'insecte et que nous divisions dans la solution normale de chlorure de sodium le tissu musculaire, nous saurons ce que sont devenues les filaires ; nous trouverons que, sorties de leurs gaines, elles ont quitté l'estomac et pénétré dans les muscles thoraciques de l'insecte, au milieu desquels nous pouvons les voir maintenant se mou-

Fig. 56. — Coupe de muscles thoraciques de moustique, montrant les filaires entre les fibres, le lendemain du jour où l'insecte a absorbé le sang d'un malade atteint de tilariose.

{D'après une microphotographie de M. Spitta).

voir lentement (fig. Sô-Sg) ; au moyen d'une série de dissections de moustiques ayant ingéré des filaires, nous pourrons nous assurer que, dans le thorax de l'insecte, le parasite subit une métamorphose dont l'évolution complète dure de seize à vingt jours, suivant la température atmosphérique — métamorphose qui consiste dans la formation d'une bouche, d'un tube digestif et d'une queue trilobée particulière, ainsi que dans une énorme augmentation de volume (un millimètre et demi de longueur) et d'activité (fig. 60, a-f)- La filaire quitte

alors le thorax.

Quelques parasites trouvent leur voie vers l'abdomen, ou, sur des coupes convenablement préparées, on peut parfois

LE MOUSTIQUE HOTE INTERMÉDIArRE DE LA FILARIA NOCTURNA 55 1

les voir dans les tissus entourant l'estomac, et môme parmi

photographie de M. Spitta.)

l'itî. 38. — Coupe de muscles thoraciques de mousliquc, environ douze jours après 1 ingestion du sang d'un individu porteur de lîlaires. (D'après une "iicrophotographie de M. Spitta).

les œufs à la partie postérieure de l'abdomen. La grande

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majorité se dirige vers la portion antérieure de l'insecte par le prothorax et le cou et, pénétrant dans la tète, s'enroule à la base de la trompe et sous le pharynx et la surface inférieure des ganglions céphaliques. Le D'" Low, sur des cou- | pes faites à l'Ecole de Médecine Tropicale de Londres, a mon- f tré récemment que la filaire, dans sa progression ultérieure, '

pi„ 5q — Coupe de moustique, environ seize jours après l'ingeslion du sang d un individu port eur de filaires . La filaire s'est échappée des muscles thoraciques. [D'après une microphotographie de M. Spitta).

trouve sa voie dans la trompe, non par le conduit salivaire comme dans le cas de l'hématozoaire, ni le long du tube buccal formé par la surface inférieure de l'hypopharynx et dulabrum, mais en se creusant une route entre la surface inférieure de l'hypopharynx et la surface supérieure du labium, où on peut la reconnaître facilement, libre parmi les stylets (fig. Sg a). Apparemment les filaires cherchent a s'échapper (car tel est nécessairement leur but en pénétrant dans la trompe) deux par deux ; en tout cas, dans les coupes que j'ai examinées, j'ai toujours trouvé les vers réunis par paires, tète contre tête, et tout près de l'extrémité de la trompe.

Les parasites peuvent, seinblo-t-il, rester dans cette position pendant un temps indéfini, attendant — du moins c'est à présumer — une occasion d'entrer dans un vertébré à sang' chaud sur lequel le moustique ira chercher sa nourriture.

Fig. Sg a. — Filaria nocUirna dans la tète et la trompe du moustique.

a, a, a, Pilaires ; b, labium ; c, labrum ; d, base de l'hypopharynx ; e, conduit de la glande venimo-salivaire ; f, f, ganglions céphaliques ; g, g, œil; h, œsophage; /, muscle du pharynx.

Les filaires paraissent pouvoir distinguer entre la chair et les végétaux; chez des moustiques nourris de bananes elles n'ont pas commis Terreur de passer dans un milieu aussi inhospitalier, car, au bout de quarante jours à partir de leur passage dans l'insecte, et après que celui-ci avait pris nombre de fois sa nourriture sur des bananes, on pouvait encore trouver les parasites enroulés dans la tête ou étendus le long de la trompe.

Ces observations démontrent d'une manière presque cer-

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laine que, comme l'hématozoaire de la malaria, la filaire est introduite dans son hôte définitif, l'homme, par la piqûre du moustique. Il est dificile de prouver et téméraire de nier

Fig. 60. — Métamorphose de la filaire dans le moustique.

qu'il n'existe pas d'autre porte d'entrée ni d'autre milieu intermédiaire. Il est certain que les jeunes filaires peuvent vivre dans l'eau un certain temps; on peut concevoir que quelques-unes d'entre elles, par exemple celles qui, en ache-

vant leur stade de développement dans le moustique, tombent dans l'estomac de l'insecte, puissent s'échapper dans l'eau Iprsque le moustique dépose ses œufs ou meurt

Quelle que soit la voie d'introduction dans le corps humain, la filaire parvient jusqu'aux lymphatiques. Arrivée dans l'un de ces vaisseaux, elle atteint sa maturité sexuelle, la fécondation s'effectue, et, au bout du temps nécessaire, de nouvelles générations de filaires embryonnaires sont répandues dans la lymphe. Celles-ci, passant à travers les ganglions, s'il s'en rencontre, dans le canal thoracique et la veine sousclavière gauche, ou dans les lymphatiques de la partie supé-

(') Dans mes observations originales sur ce sujet en 1879 et en i883 (Trans. Linnean Soc, i883), je supposais que la métamorphose de la filaire, en ce qui concernait le moustique, était complète en six à sept jours. Je crois maintenant que cette période est sensiblement plus longue. Bancroft (Journ. of Trop. Med., 1899) a montré récemment qu'il est nécessaire de nourrir le moustique en expérience (tout au moins le C. ciliaris), de manière ù le garder vivant pendant au moins seize jours, pour obtenir les stades ultimes de la métamorphose. Je ne doute pas maintenant que mes moustiques ne se soient alimentés ù plusieurs reprises à mon insu, après avoir absorbé le sang du malade porteur de filaires. Bancroft a montré que par une nourriture appropriée (il emploie des bananes dans ce but), le moustique peut être gardé, en vie pendant plusieurs mois ; les filaires qu'il renferme restent vivantes, mais leur développement ne dépasse pas le stade final dont j'ai parlé ci-dessus. Dans les observations que j'avais faites, je supposais que les filaires complètement métamorphosées s'échappaient de l'insecte, soit à sa mort, soit lorsqu'il déposait ses œufs, et qu'ainsi, par l'ingestion de l'eau contaminée, elles avaient des chances de parvenir dans l'estomac d'un hôte humain. Avant l'observation de Low, Bancroft avait presque deviné la vérité, car il exprimait l'idée que la filaire pouvait être injectée dans le corps humain par le moustique ou pouvait être ingérée par l'homme lorsqu'elle était encore renfermée dans un insecte, hôte intermédiaire.

Technique. — M. Max Colquhoun m'a préparé de belles coupes montrant la métamorphose de la filaire dans le moustique, à l'aide de la technique suivante. Les insectes, conservés dans la glycérine, étaient plongés dans une solution d'acide acétique à 5 p. 100 pendant un jour seulement, puis dans la formaline mélangée d'eau (parties égales) pendant un jour ; ensuite dans l'alcool absolu, un jour; dans alcool absolu et éther, parties égales, un jour; enfin dans la celloïdine. un jour. Ils étaient alors sectionnés, placés dans l'hématoxyline forte pendant deux heures, décolorés à l'acide chlorhydrique (i p. 100) et ù l'alcool, lavés à l'eau, passés ù 1 huile d'aniline, au xylol, et montés au baume de xylol. Les coupes à la paraffine ne réussissent pas.

En opérant sur des moustiques frais, on n'a qu'à déchirer le thorax de l'insecte avec des aiguilles dans la solution normale de chlorure de sodium et, après avoir enlevé les gros fragments du tégument, à recouvrir d'une lamelle et à placer sous un objectif n» a. Les filaires sont promptement découvertes. Si la préparation est séchée, fixée et colorée avec une solution aqueuse d'une couleur d'aniline, ou au cuinpèche, et montée dans le baume au xylol, on obtiendra facilement lîe belles préparations permanentes.

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rieure du corps, finissent par apparaître dans la circulation.

Telle est l'évolution de la Filaria iioclunia; l'honrime est l'hôte définitif, le moustique l'hôte intermédiaire. 11 est manifeste que la périodicité de la filaire est une adaptation des habitudes du parasite aux habitudes nocturnes du moustique. 11 est évident aussi que le but de la « gaine » dont elle est munie pendant son séjour dans le corps humain sert à museler, pour ainsi dire, l'embryon, et à l'empêcher de s'échapper à travers les parois des vaisseaux sanguins, et de perdre ainsi toute chance de parvenir dans le corps du moustique. L'armature céphalique est adaptée à percer la paroi stomacale du moustique, et à permettre au parasite de se frayer un chemin à travers les tissus de l'insecte.

Formes adultes {Filaria bancrofU).— hes filaires adultes ont été rencontrées souvent. Ce sont des nématodes filifor-

Fig. 6i.

Forme adulte de la Filaria hancrofti ; femelle (grandeur naturelle).

mes, longs, transparents, de 8 à lo centimètres de longueur (fig. 6i). Les deux sexes vivent ensemble, parfois inextricablement enroulés entre eux. Parfois ces filaires sont réunies en groupe compact, renfermées dans des dilatations kystiques périphériques (Maitland); d'autres fois elles se trouvent moins serrées dans les varices lymphatiques ; parfois encore elles habitent les gros troncs lymphatiques entre les ganglions, ou les ganglions eux-mêmes, et, probablement assez fréquemment, le canal thoracique.

La filaire femelle est la plus grande, comme longueur et comme épaisseur. Les deux tubes utérins, occupant la plus grande partie du corps, sont remplis d'œufs à divers degrés de développement. Chez les deux sexes, l'extrémité cépha-

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