‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 101 sur 136 · FILAIRES ADULTES · texte numérisé non relu

FILAIRES ADULTES

Fi g. 63. — Formes adultes de la Filaria hancrofti .

a. Extrémité caudale du màle ; 6, extrémité céphalique ; c, extrémité caudale de la femelle.

et atteint des dimensions relativement exiguës ; son sommet est brusquement arrondi. Le vagin s'ouvre à peu de distance de la bouche, l'anus tout près de l'extrémité caudale. La cuticule est lisse et homogène.

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A l'œil nu, la filaire mâle est caractérisée par ses dimensions réduites, par sa tendance marquée à s'enrouler, et par sa queue en vrille, dont l'extrémité est brusquement incurvée (fig. 62, a) ('). Le cloaque livre passage à deux spicules minces et inégaux. L'existence de papilles caudales chez le ver mâle n'a pas été bien établie jusqu'à ce jour ; on suppose par analogie que ces papilles existent, mais, en ce cas, elles seraient excessivement petites [Voyez la table de la page 594).

Ces formes adultes ont été désignées par Cobbold sous le nom de Filaria baiicrofti, en l'honneur du D"^ Bancroft, de Brisbane, qui les a le premier observées.

Anatomie pathologique et pathogénie. — La filaire n'est pas pathogène en général. — Dans la plupart des cas d'infection filarique, le parasite n'exerce aucune influence morbide apparente. Néanmoins, dans une certaine proportion de cas, on ne peut douter qu'elle n'exerce une influence préjudiciable à son hôte ; elle agit surtout en obstruant les lymphatiques. Les filaires embryonnaires bien développées — c'est-à-dire les filaires qu'on peut voir dans le sang à l'aide du microscope — n'ont, autant qu'on peut l'afiirmer, aucune propriété pathologique ; les formes adultes et les embryons imparfaits sont seuls dangereux.

La filariose est le résultat de lésions des troncs lymphatiques. — On peut concevoir grossièrement deux types de maladie filarique : l'un caractérisé par la varicosité des lymphatiques, l'autre par un œdème plus ou moins dur. Le processus exact par lequel la filaire cause la maladie n'a pu être établi définitivement et d'une façon sûre pour tous les types de filariose. 11 est probable que, dans certains cas, un seul ver, ou une agglomération de vers peut obstruer le canal thoracique et agir comme une embolie ou produire un thrombus ; ou bien le ver peut donner lieu à un épaississe-

(') D'uprès Muilland. ceUe incurvation serait un phénomène se produisant poH

mortem.

PATIIOGESIE DES VARICES LYMPHATIQUES SSg

ment inflammatoire des parois de ce vaisseau et causer encore une obstruction par suite de la sténose ou de la thrombose consécutives. D'autres fois les troncs lymphatiques de plus faible volume peuvent être semblablement obturés. En conséquence de l'obstruction ainsi produite, les aires lymphatiques en relation avec les vaisseaux impliqués se trouvent isolées de la circulation générale. Il y a alors augmentation de pression dans les vaisseaux obturés et production d'un état variqueux de ces vaisseaux ; ou encore il se produit de l'œdème lymphatique ; ou bien une combinaison de ces deux sortes de lésions.

Pathogénie des varices lymphatiques. — Par suite de la richesse anastomotique existant entre les aires lymphatiques contiguës, lorsque l'obstruction filarique vient à se produire, il s'établit tôt ou tard un système de circulation lymphatique compensatrice. Mais, avant que cette nouvelle circulation fonctionne avec elTicaeité, il y a forcément une augmentation de pression et une dilatation des lymphatiques dans la zone impliquée. De là naissent des varices lymphatiques de degré, d'espèce et de situation variés. Lorsque le siège de l'obstruction filarique est dans le canal thoracique, le chyle qui se déverse dans ce vaisseau ne peut atteindre la circulation que par un mouvement rétrograde ; en conséquence, ce liquide peut être forcé de traverser d'une manière rétrograde les lymphatiques abdominaux et pelviens, ceux de l'aine, du scrotum et de la paroi abdominale. Par suite, ces vaisseaux, ainsi que le canal thoracique jusqu'au siège de l'obstruction, deviennent énormément dilatés. Lorsqu'on en pratique la dissection (fig. 63), on trouve le canal thoracique distendu atteignant l'épaisseur d'un doigt, les lymphatiques abdominaux et pelviens formant une énorme varice, qui peut avoir jusqu'à 3o centimètres de diamètre et plusieurs pouces d'épaisseur, et qui cache les reins, la vessie et les cordons spermatiques. En pareil cas, lorsque

FILARIOSE

Vxxn des vaisseaux du paquet variqueux est picjué ou se rompt, il s'en écoule un liquide blanc ou rosé, qui n'est pas limpide comme la lymphe ordinaire. Cest par conséquent

Fig 63. — Dissection des lymphatiques dans un cas de chylurie {Mackenzie, Trans. Paih. Soc, Londres), a Lymphatiques dilatés (rein droit); b, canal thoracique ; c, lymphatiques ' •' " ^ dilatés (rein gauche).

du chyle, obligé d'emprunter cette voie rétrograde pour entrer dans la circulation. Lorsque le paquet variqueux envahit les téguments du scrotum, le résultat est un « lympho-scrotum « ; lorsqu'il est surtout abondant aux aines, on se trouve alors en présence d'un état des ganglions qui porte le nom d' « adéno-lymphocèle « ; lorsque les lymphatiques de la

l>ATIIOGKMi: DE L'KLIil'IlAXTIASIS Uh'S ARABES j6i

vessie ou des reins sont atteints et se rompent sous une pression exagérée, il en résulte de la « chyluric » ; lors([ue ceux de la tunique vaginale se rompent, il se produit une hydrocèle cliyleuse ou « chylocèlc » ; la môme chose peut se passer dans le péritoine, d'oii 1' « ascite chyleuse ». Parfois une adénite chyleuse, ressemblant à celle que l'on trouve à l'aine, se rencontre dans l'aisselle. Parfois aussi des portions limitées de troncs lymphatiques au niveau des membres sont semblablement distendues, temporairement ou d'une manière permanente. Telle est, sans aucun doute, la pathogénie de toutes les formes de lilariose caractérisées par une varicosité visible des lymphatiques, avec ou sans lymphorragie.

Les fîlaires peuveiiL disparaître du sang dans ces cas. — Dans les formes de filariose caractérisées par des varices lymphatiques, les (ilaires embryonnaires existent généralement dans le sang, aussi bien que dans le contenu des lymphatiques dilatés. Quelquefois, il est vrai, l'on ne trouve pas d'embryon dans le sang. Il s'agit probablement de cas anciens ; si l'on avait recherché la filaire au début de la maladie, on l'aurait sans doute découverte. J'ai examiné des malades chez lesquels les lilaires embryonnaires avaient ainsi disparu; ces parasites, trouvés d'abord en abondance dans le sang, avaient cessé de s'y montrer au bout d'un an ou davantage. La raison de cette disparition est certainement la mort des filaires adultes, que j'ai vu se produire au moment d'une attaque de lymphangite. Il faut donc bien se rappeler que, même lorsque la cause originelle de la varice vient à disparaître, l'effet pathologique est permanent.

Pathogénie de l' élèphantiasis des Arabes. — Les embryons de filaires n'existent pas ordinairement dans le sang. -~ Dans les cas de fdariose où l'éléphantiasis est le symptôme dominant, il est exceptionnel, à n'importe quel stade de la maladie une fois établie, de trouver des filaires dans le

Patrick Manson. — Maladies des pays chauds. 3g

FILARIOSE

sang OU dans d'autres tissus, si ce n'est en certaines contrées où la filariose est excessivement répandue et où il y a de grandes probabilités de réinfection ou d'infection à haute dose.

Raisons gui font rattacher Véléphanliasis à la filariose. — Cette absence totale de filaires dans le sang des éléphantiasiques amène naturellement cette question : — Pourquoi attribuer la maladie à ce parasite? Voici les raisons qui militent en faveur d'une relation causale: i° La distribution géographique de la Filaria noctarna et celle de 1 eléphantiasfs des Arabes correspondent exactement; où abonde la fdaire, abonde aussi l'éléphantiasis, et vice versa. 2° Les varices lymphatiques de la filariose et l'éléphantiasis se produisent dans les mêmes régions, et coïncident fréquemment chez le même individu. 3" Le lympho-scrotum, manifestatation filarique non douteuse, aboutit souvent à l'éléphantiasis du scrotum. 4" L'éléphantiasis de la jambe survient quelquefois après la résection chirurgicale d'un lymphoscrotum 5° L'éléphantiasis et les varices lymphatiques sont essentiellement des affections des lymphatiques. 6° Les varices lymphatiques de la filariose et l'éléphantiasis vraie s'accompagnent également d'une lymphangite récurrente du même type, f Comme il est pratiquement démontre que les varices lymphatiques delà filariose sont causées par la filaire, il est vraisemblable que l'éléphantiasis vrai - maladie a laquelle la première est si souvent associée et avec laquelle elle a tant d'afiinités - doive être attribué a la même

■ Explication de Vabsence cU la filaire dans U sctngd^ élépLticcsigues. - Si la filaire est bien la cause de 1 elepl n- Uafis. comment expliquer l'absence d'embryons le s-g. eue l'on constate chez la plupart des malades présentant ^ette affection? On peut répondre de la ^T^; Ou bien les filaires pathogènes sont mortes ; ou bien les ,ynÎhatic,ues de la zone affectée sont tellement encombre ,L- les filaires ou par leurs produits, que les fila.res cm

l'ATUOGÉME U1-: L' ÉLI-l'IlAyTlASIS DES ARABES 563

Lryonnaires qu'ils peuvent contenir sont mécaniquement empêchées de pénétrer dans la circulation.

Nous avons déjcà observé que, dans les varices lymphatiques de la filariose,le parasite qui a produit la maladie peut mourir, particulièrement durant les attaques de lymphangite; le même fait peut avoir lieu dans l'éléphantiasis, et je suppose que c'est en effet ce qui arrive. Je ne pense pas, cependant, que cette explication soit complètement suffisante.

Stase lymphatique produite par les œufs de filaires. — J'ai trouvé dans deux cas de filariose des œufs de filaires dans la lymphe; une fois dans un lympho-scrotum, et une autrefois dans une adénolymphocèle. La filaire peut donc quelquefois produire des œufs au lieu d'embryons mobiles. Les œufs de filaires ne sont pas semblables à l'embryon long, souple, élancé et actif; ils sont dépourvus de motilité, plus ou moins rigides et ovales, et leur diamètre égale près de cinq fois celui de l'embryon enroulé à leur intérieur. Ces œufs, vu leur volume et leur passivité, sont incapables de traverser les ganglions lymphatiques lorsque, mis en liberté et entraînés par la lymphe, ils parviennent jusqu'à ces ganglions. Or c'est un fait admis en pathologie qu'un des éléments essentiels de la production de l'éléphantiasis est la stase lymphatique. J'ai tiré de ce qui précède la conclusion que la stase lymphatique observée dans l'éléphantiasis tropical est due à une embolie produite dans les ganglions lymphatiques par des œufs de filaire. ^

Mais, demandera-t-on, pourquoi des œufs de filaire sontils jetés dans la circulation lymphatique? Dans les condi^ tiens normales les embryons de filaires à leur naissance sont déjà complètement déroulés. Si des œufs sont expulsés par les filaires adultes, ce doit être le résultat d'une partuntion précoce. Que cette précocité puisse exister parfois a découverte des œufs dans le sang, mentionnée ci-dessus' e prouve abondamment; et je crois que ce processus esi réellement la cause initiale de l'éléphantiasis filarique Nous

l'Il.AHlOSE

pouvons facilemenl compi-endrc coiiuucul, par suite d'un traumatisme, auquel les membres sont si fréquemment exposés, ou par suite de toute autre cause, la filaire adulte peut avorter. Lorsque ce fait se produit, le contenu de l'utérus est expulsé prématurément et avant que les œufs situés à la partie supérieure de l'utérus aient donné naissance aux embryons allongés et actifs que nous voyons dans le sang. Si un certain noinbre de ces œufs sont entraînés par le courant lymphatique jusqu'aux ganglions du membre dont les troncs lymphatiques contiennent les filaires qui ont avorté, il en résultera une embolie des lymphatiques afférents et une stase de la lymphe dans le membre.

V inflammation est nécessaire à la production de VéUphantiasis. — La stase lymphatique à elle seule ne produit pas l'éléphantiasis ; ce fait a été prouvé en pratiquant des ligatures expérimentales sur les troncs lymphatiques. Elle peut donner lieu à une forme d'œdème, mais non pas à la vraie hypertrophie éléphantiasique. S'il survient une inflammation dans une aire de congestion lymphatique ainsi formée, et c'est ce qui peut arriver à la suite du plus léger traumatisme, l'éléphantiasis se produira; car, à moins que les lymphatiques de l'aire enflammée ne soit ouverts à la circulation, les produits inflammatoires ne peuvent se résorber complètement. L'inflammation érysipélateuse, à rechutes fréquentes, est un symptôme bien connu de la plupart des cas d elephantiasis des Arabes.

Évolution dhui cas d'éléphantiasis. - Le processus de formation de l'éléphantiasis est, je crois, le suivant : - Présence de filaire. femelles adultes dans le système lymphatique de la partie atteinte ; circonstance défavorable a a filaire ; expulsion prématurée des œufs par suite de cet e circonstance ; embolie des ganglions lymphatiques due a la présence des œufs; stase lymphatique; lymphangite produite par un traumatisme ou par toute autre cause au niveau de la zone congestionnée; résorption imparlaite des pio-

MALADIES CAl'SKF.S l'Ali I.A l'Il.IAIRE jGj

(iiiits iiiflaiiiinatoircs ; attaques rociirrentes d'inflammation conduisant à une hypertrophie inflammatoire de la partie atteinte, à progression intermittente.

Telle est Texplication que je crois pouvoir donner de la production de Féléphantiasis par la lilaire. On comprend ainsi comment les embryons du parasite qui a causé la maladie ne se trouvent pas dans le sang; ils ne peuvent passer à travers les ganglions engorgés. Il est très probable que le ver adulte meurt dès les premiers stades de la maladie ; soit qu'il succombe au traumatisme qui a causé son avortement, soit que la lymphangite subséquente lui soit fatale.

Les iiidùndus aUeinls (V (Héphantiasis sont moins exposés Il la présence de fdaires dans leur sang. — Il y a quelques années, j'ai l'ait une curieuse observation qui appuie l'opinion précédente. Je reçus du chirurgien major Elcum 88 préparations de sang nocturne pris sur 88 indigènes de Cochin. Parmi ces individus, 14 étaient atteints d'éléphantiasis, et 74 ne présentaient pas cette affection. Sur les préparations de sang de ces derniers, 20 contenaient des filaires, c'est-à-dire une moyenne de un pour trois et demi envu-on ; sur les 14 éléphantiasiques, un seul contenait des lilaires. Pourquoi les individus atteints d'éléphantiasis avaient-ils un nombre de filaires bien inférieur aux autres? Parce que chez ces individus l'existence de l'éléphantiasis impliquait l'obstruction d'une large zone du système lymphatique ; leur sang ne pouvait recevoir des parasites que d'une portion du système lymphatique relativement limitée ; d y avait donc chez eux une probabilité beaucoup moins grande pour le libre passage des filaires dans le sano-.

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