FILA RI A LOA
VU de semblables Luméiactions au Cameroun. Une dame, qui a longtemps habité le Vieux-Galabar, m'a informé que si l'on résiste à l'envie de se frotter ou de se gratter lorsqu'une loa s'approche de la surface, il ne se produit pas de tumeur, et que ces tumeurs de Calabar sont causées par le frottement sur la partie irritée par la Blaire. Elle avait eu ellemême une filaire qui fut extraite de la peau de la clavicule droite, et parlait d'après sa propre expérience. M. Thompstone n'a pu découvrir de filaires embryonnaires chez ses malades. J'ai eu l'occasion d'examiner le sang d'un malade atteint de cette affection et je n'ai pu découvrir aucun parasite dans le sang. Le caractère des tumeurs et leur situation géographique ne sont pas incompatibles avec la présence de filaires, peut-être de la/", loa.
Traitement. — Les nègres traitent la loa de deux manières : soit en plaçant un grain de sel ordinaire dans le sac conjonctival, ce qui a pour effet de faire fuir la filaire, du moins pour un temps ; soit en extrayant le ver à l'aide d'une épine pointue, ou par tout autre procédé chirurgical grossier. Avec des instruments convenables, il n'y a aucune difficulté à retirer le parasite de la conjonctive ou de la paupière, c'est-à-dire si l'opérateur possède la dextérit^ nécessaire. Le procédé le plus simple consiste à cocaïniser l'œil, lorsque le parasite est bien apparent, et à saisir la conjonctive à l'aide d'une pince, en prenant soin de comprendre le ver et le tissu conjonctif sous-conjonctival entre les mors de l'instrument. Ayant ainsi fixé le parasite, on peut inciser la conjonctive avec des ciseaux; alors, à l'aide d'une seconde pince, et après avoir retiré la première, le parasite peut être extrait. D'ans le cas d'une loa se montrant dans une autre partie du corps, je propose de la détruire, comme dans le cas du ver de Guinée, par une injection hypodermique de la solution de bichlorurc de mercure à i p. looo.
c/i.t n'-cfiÀU-
FILARIA VOLVULUS
Le professeur Leiickart reçut d'un médecin en mission deux tumeurs, de la grosseur d'un œuf de pigeon, qui avaient été extraites, l'une du cuir chevelu, l'autre de la poitrine de nègres de la Côte-d'Or. Les tumeurs contenaient plusieurs filaires mâles et femelles, les mâles ayant de 60 à 70 centimètres, les femelles 3o à 35 centimètres de long. Les vers étaient enroulés en boule, et étaient baignés d'un liquide rempli d'embryons semblables à la F. nociuriia et à la F. cliurna; aucune gaine, cependant, n'était visible. On ne sait rien de plus au sujet de ces parasites et des maladies, s'il en existe, auxquelles ils donnent naissance.
MM. Labadie-Lagrave et Deguy décrivent {Arch. de Parasitologie, juillet 1899) "n nématode trouvé dans une petite tumeur enlevée du bras d'un soldat français qui avait servi au Dahomey quelques années auparavant. Le ver paraissait occuper un vaisseau lymphatique ; il était enroulé et était contenu dans un tunnel formé par une masse circonscrite de tissu çonjonctif de la grosseur d'un œuf de pigeon. 11 est difficile, d'après cette description, de s'assurer que les auteurs sont dans le vrai en admettant que le parasite en question était la F, volvulus.
(:n\w-cHAw
Les éruptions papuleuses et pustuleuses à prurit intense sont dénommées kra-kra par les indigènes de la côte ouest d'Afrique. Le D'' .John O'Neil décrit {Lancel.. fév. . 875) sous ce nom une affection pustuleuse qu'il dit être commune dans certaines parties de la côte ouest, et qu'il a trouvée associée a la présence d'un parasite filariforme dans les papules
Gai en iw-rnAw
O'Neil dit que cette l'orme de craw-craw ressemble à la gale; mais il ajoute que les symptômes disparaissent dans un climat plus froid, pour recommencer, cependant, lorsque le nègre retourne dans l'atmosphère humide et chaude de son pays natal. Les papules se montrent sur toutes les parties du corps, soit séparément, soit disposées en anneaux. Deux jours après son apparition, la papule, dit cet auteur, devient une vésicule, et celle-ci deux jours après aboutit à une pustule.
En raclant le sommet de la papule avec un bistouri, et en divisant dans l'eau le petit fragment ainsi obtenu, il a trouvé un grand nombre d'organismes à l'aspect de filaires, s'agitant de tout côté avec une grande activité. Leurs mouvements se ralentissaient bientôt et, au bout d'un temps assez court, les vers mouraient. Ces organismes, d'après les dessins et la description de O'Neil, ressemblent assez à la F. nocturna. Les dimensions, cependant, ne correspondent pas exactement : la filaire du crav^^-craw est plus courte et plus large (aSo p. sur 12 [j.) que la F. nocturna ; elle diffère en outre de cette dernière en ce qu'elle présente deux marques noires à l'extrémité céphalique. L'auteur dit que si l'on fait la section de la papule assez profondément, cinq ou six de ces parasites peuvent être trouvés dans le champ du microscope.
Le craw-craw passe pour être contagieux. Il apparaît après une période d'incubation de trois jours, et n'est pas guérissable par les préparations soufrées.
Les observations de O'Neil n'ont pas été confirmées. Il est très possible, à mon avis, que le parasite découvert par lui soit une des nombreuses filaires du sang que nous savons maintenant être si communes sur la côte ouest d'Afrique. On comprend que, dans une région où la F. perstans se rencontre chez un individu sur deux, on doive la trouver fréquemment dans des préparations comme celles qu'examinera le D-- John O'Neil. Le raclage d'une papule de gale serait
TtiAlTKMKNT 6i5
certainement accompagné d'une certaine hémorragie; dans ce cas, si le malade était sujet à une filariose quelconque, on trouverait des filaires dans la préparation. L'immersion dans l'eau aurait pour résultat de tuer rapidement les parasites, comme dans le cas de O'Neil. Je ne voudrais pas affirmer que le parasite découvert par cet auteur était la F.perslans, mais la possibilité de ce fait ne doit pas passer inaperçue.
Une maladie ressemblant au craw-craw de OWeil a été décrite il y a quelques années {Arch. de Méd. Nav.,a,\y[\ 1882) parle professeur Nielly sous le titre « dermatose parasitaire ». Un jeune Français, qui n'avait jamais voyagé, fut atteint d'une éruption papulo-vésiculeuse accompagnée de prurit, ressemblant à la gale, et Nielly trouva dans les papules un parasite filariforme assez semblable à celui découvert par O'Neil dans le craw-craw. Il avait les mêmes marques céphaliques particulières ; en outre, il possédait un tube digestif bien défini et des organes reproducteurs rudiinentaires. Nielly trouva des nématodes embryonnaires dans le sang de ce malade ; de sorte que nous avons des raisons sérieuses de croire que ce parasite de la peau était une forme plus développée de l'embryon trouvé dans le sang, et que tous deux étaient le produit d'une forme adulte vivant quelque part dans les tissus. Il est possible que la dermatose parasitaire de Nielly et le craw-craw de O'Neil soient de même nature. J'ai émis l'opinion que, si le parasite cutané de O'Ned est bien une forme avancée de la F. perstaus, ce parasite, poursuivant, normalement son évolution, s'échappe du corps humain à travers la peau, après y avoir accompli une certaine phase de son développement. Cette question demande un supplément de recherches.
Traitement. — hQ terme de craw-craw est très laroement appliqué. Emily [Arch. de Méd. Ncwcde, janvier 1899) a décrit «ous ce nom une aflection cutanée papulo-pustuleuse qui est
Patiuck Ma.nso.n-. — Maladies des pays chauds.
GaG PARASITES DU TISSU CUMOi\CTIF
commune clans certaines parties de l'Afrique tropicale, et qui est souvent la cause de vives souffrances pour le voyageur. Cette affection, ou une autre semblable, n'est aucunement confinée en Al'rique, car je l'ai rencontrée chez des malades de l'Inde et j'en ai vu de nombreux cas dans le Sud de la Chine à une certaine époque. Au début, la maladie s'ann-once par une papule prurigineuse, qui est sans doute située au niveau d'une piqûre de moustique. La démangeaison provoque le grattage, par lequel un microbe pyogène quelconque est inoculé. 11 s'ensuit une pustule, qui est reproduite sur les jambes et les pieds par des bas et des chaussures infectés et par auto-inoculation. 11 en résulte la formation d'une dermatite pustuleuse. Emily décrit un traitement très efficace. Les pustules sont ouvertes, la croûte enlevée, et l'ulcération raclée. On recouvre alors largement la plaie avec de la poudre d'acide borique, après l'avoir bien tamponnée avec la solution de sublimé (i p. looo), on applique un pansement à la gaze enduite de vaseline boriquée, et par-dessus le tout du coton absorbant et un bandage. Le pansement doit être laissé en place une semaine ; au bout de ce temps on trouve l'ulcère cicatrisé. Pour toutes les maladies auto-infectieuses des mains et des pieds, j'ai coutume de baigner le membre dans la solution chaude d'acide phénique (5 p. loo) et de faire un pansement sec à l'acide borique en poudre appliqué en abondance ; j'insiste en môme temps sur la nécessité de détruire les chaussures et les bas souillés.