CHAPITRE XL
BUBON CLIMATÉRIQUE. — GOUNDOU. — AÏNIIUM BUBON CLIMATÉRIQUE
Scheube [Arch. fur kliiiische MecL, vol. LXIY, traduit dans Joiirii. of Tropical Meclicine, juin-juillet 1899) a donné le nom de bubon climatérique à une variété d'adénite non vénérienne assez fréquente dans les pays tropicaux. Autant que l'indiquent de sérieuses statistiques, la maladie est spécialement répandue parmi les équipages des navires de guerre naviguant sur la cote orientale d'Afrique. Elle existe également dans le détroit de Malacca, en Chine, où j'en ai vu un grand nombre de cas, aussi bien chez des gens de terre que chez des marins, dans les Antilles, au Japon, dans la Méditerranée et probablement en d'autres endroits comprenant peut-être, quoiqu'à un plus faible degré, l'Europe elle-même. Elle paraît être épidémique à certaines époques dans quelques régions, et se répandre alors parmi des individus vivant dans les mômes conditions d'hygiène. Ainsi Ruge a relaté 38 cas dans l'escadre allemande bloquant la côte de Zanzibar, en 1888-89; Godding {Brit. Med. Journal, 9.6 septembre 1896) a noté sa fréquence dans la flotte anglaise,' également sur la côte orientale d'Afrique ; et Skinner [Bril.
7io nuiJON cuMATiiRiQUii:. — aoL'Mjor. — almium
Mc(L Joiirn.^Q) jaTivier 1897) moiilionno qiiaranle-neul" cas, survenus dans un rég-iment et une batlerie d'arlillerie, ving-t-huità Calcutta, treize à IIong-Kong-, (juatre en Angleterre, deux à Allahabad et deux -x Malte.
La maladie dtvhute- généralement par de la fièvre à type rémittent accompagnée d'un gonflement inflammatoire, ordinairement d'un caractère suLaigu, des ganglions inguinaux. Les ganglions obliques sont les plus fréquemment affectés, mais parfois . la maladie a pour siège les ganglions cruraux. Quelquefois les deux aines sont atteintes, quelquefois une seule, et quelquefois enfin l'une après l'autre. Les o-anolions ene-ore-és atteignent plus ou moins rapidement le volume d'un œuf de poule, ou même davantage. Au bout de plusieurs semaines, et parfois de plusieurs mois, le gonflement disparaît graduellement. Quelquefois le tissu conjonctif périganglionnaire s'enflamme à son tour, les téguments deviennent adhérents et la suppuration s'ensuit. Si les ganglions suppurés sont largement incisés ou excisés, le malade guérit promptement; mais si l'on n'intervient pas, ou que le traitement ne soit pas assez énergique, il peut se former des trajets iistuleux retardant beaucoup la guérison.
Jusqu'ici, aucune explication satisfaisante de ce type d'adénite n'a été produite. Aucune bactérie spéciale n'a été découverte dans les tissus. 11 n'y a pas de raisons suffisantes de supposer, comme on l'a fait quelquefois, que cette maladie est de nature pesteuse. Très probablement fadénile dépend de quelque virus qui a été introduit, au niveau d'une plaie inaperçue ou d'une piqûre d'insecte, sur les membres inférieurs où les parties génitales.
Le traitement ào'vi consister dans le repos et des pansements résolutifs durant la période aiguë. Après que la douleur et la sensibilité ont disparu, un pansement compressif à pression élastique graduée devra être appliqué. La malaria concomitante est justiciable de la quinine; la syphibs. du mercure et des iodures.
GOI WDOU OU ASAKIinE
GOUNDOU OU AiNAKiinE [Gros iicz) (fig. IIl)
Le lo décembre 1882, le professeur Mac Alisier lut un rapport à l'Académie Royale d'Irlande sur ce qu'on appelait les «hommesà cornes)) del'Alrique. DimsleBrislishMedical Journal du 10 décembre 1887, le chirurgien-major J.-J. Lamprey a donné de nouveaux détails accompagnés d'illustrations, au sujet de la même maladie; il avait vu trois cas semblables
Goundou 011 Anakhrc (Maclaud)
sur la côte ouest d'Afrique, tous chez des Fantis : l'un venait du territoire de Wassan, un autre du Gamin, le troisième visitait Cape CoastCastle. Le D" W. Renner {Jouni. ofTrop. Med., janv. 1900) a publié aussi un cas observé h Sierra Leone.
Dans les Archives de Médecine Navale de janvier 1895, Maclaud attire l'attention sur une afl^ection manifestement identique à la précédente, laquelle, selon lui, se produit chez une proportion considérable (i ou 2 p. loo) des habitants de certains villages de la Cote d'Ivoire. Les naturels 1 m^ii\\<inl goundou on anakhrc. Maclaud dit qu'elle est confinée aux districts riverains du bas Comoc; d'après les informations qu'il a reçues, si on la trouve ailleurs c'est
Patuick Manson. - Maladies des pays chauds. ,^
7ii BUBON CLIMATÉRIQUE. — GOUNDOU. — AÏMIUA
seulement chez des individus ([ui ont d'abord habité cette région. Les observations de Lamprey et de Renner prouvent que le goundou a une distribution beaucoup plus étendue.
D'après Maclaud, la maladie débute ordinairement peu après l'enfance, quoique les adultes puissent aussi en être atteints. Les premiers symptômes sont une céphalalgie violente et plus ou moins persistante qui, après un certain temps, est accompagnée d'un écoulement sanguino-purulent par les narines, et de la formation de renflements symétriques ayant la grosseur d'un petit haricot et placés sur les côtés du nez. Ces tumeurs paraissent affecter les apophyses montantes des deux maxillaires supérieurs. Les cartilages du nez ne sont pas intéressés. Bien que Maclaud ne fasse pas d'allusion à ce sujet, il est probable que les fosses nasales restent libres.
Après une d\irée de six à huit mois, la céphalalgie et la suppuration cessent. Il n'en est pas de même des tumeurs; elles persistent et continuent lentement à s'accroître, jusqu'à atteindre le volume d'une orange, ou même d'un œuf d'autruche. En se développant, ces tumeurs, empiétant sur l'orbite, peuvent obstruer le champ visuel et finalement détruire les yeux. Les tumeurs elles-mêmes ne sont pas douloureuses. La peau qui les recouvre est mobile sur leur surface et paraît saine. Les tumeurs sont ovales et ont leuigrand axe dirigé en bas et légèrement en dehors. Les desseins de Lamprey leur donnent une forme plus allongée el une direction horizontale. Elles offrent l'aspect, d'aprcs Maclaud, lorsqu'elles ont des dimensions modérées, de deux moitiés d'œufs placées le long et sur les côtés du ne/.. Les narines sont repoussées en dedans et plus ou moins obstruées; mais, dans les cas avancés tout au moins, il n v a pas d'écoulement, et l'on ne découvre aucune lésion do la muqueuse. La voûte palatine n'est jamais affectée.
Maclaud n'a pas eu l'occasion de s'assurer, soit à l'autopsie soit par une opération chirurgicale, de la nature de cellr
GOUNDOU OU A^AKHRE 72 j
.singulière inaladie. Il incline à ci'oire que le point de départ est une larve d'insecte qui s'introduirait dans les narines. Je ferai observer, cependant, que la symétrie des tumeurs
Fig. lia. - Goundou cl.ez ua jeune uùgre des Anlilles (D'" H. Stuac.ian).
rend cette hypothèse peu vraisemblable. Maclaud a observé une semblable affection chez un chimpanzé.
Le D- Henry Strachan iBrii. Mcd. Journ., janv. ,804) rapporte un cas d'une maladie probablement identique à la précédente observée chez un jeune nègre des Antilles (lig. m:>.)- Les tumeurs étaient congénitales et s'étaient seu-
7a4 liUnON CUMATlilUQUE. — GOUNDOU. - AINHUM
lement développées parallèlement à la croissance de Tenfant. Elles étaient dures, lisses, osseuses, rappelant par leur forme et leurs dimensions un œuf de pigeon allongé, et s'altachantcà l'apophyse montante du maxillaire supérieur et aux os propres du nez. Pour des raisons esthétiques elles furent réséquées au ciseau, et furent trouvées formées de tissu osseux compact et creuses à leur partie centrale. Le D-" Strachan dit qu'il avait vu déjà deux cas semblables, et qu'il avait souvent remarqué une « arête » sur cette partie de la face chez des nègres des Antilles. 11 suppose que cet état peut être atavique et se rapporte à quelque particularité commune à la tribu dont seraient originaires les spécimens des Antilles.
Le D'- Chalmers, aide-chirurgien des colonies à Accra, a donné {Lancet. 6 janvier 1900) une remarquable description de cette affection qu'il a étudiée dans la Côte d'Or, ou elle est très commune et est appelée « henpurge ». 11 confirme les données de Strachan en ce qui concerne les caractères anatomiques des tumeurs, qu'il regarde comme le résultat d'une périostite ostéoplastique due au pian. 11 affirme que le processus morbide commence pendant une attaque de pian, ou peu après, et est en relation, pour une certaine part, avec une disposition anatomique des vaisseaux de la région, qui serait particulière aux nègres de cette partie de l'Afrique.
AÏNHUM (flg. II 3)
Cette maladie a un caractère très particulier : elle affecte les orteils, principalement les petits orteils des nègres, des lùndous et des autres races à peau loncee.
Elle débute par un étroit sillon qui se forme dans la peau presque invariablement sur le côté interne ou pl=>"lj L raline du petit orteil. 11 peut se produu-c sur un p>ed s lement, ou sur les deux pieds, soit sunultanement, soit suc
AÏNIIUM 7'^'
cessivement. Le sillon, une Ibis ibrmé, se creuse et s'étend oTaduellenient tout autoui* de l'orteil. A mesure qu'il devient plus profond — avec ou sans ulcération du tégument — l'extrémité de l'orteil a une tendance à s'enfler considérablement, comme si le membre était serré par une ligature. La douleur est très légère ou môme nulle, bien qu'il puisse y avoir des occasions de traumatisme pour le doigt ballant et dévié.
Au bout de quelques années, le sillon s'étant de plus en plus creusé, l'orteil tombe ou est amputé.
Le sillon peut correspondre avec une articulation ou embrasser la continuité d'une phalange. Dans de rares exemples, après que les deux dernières phalanges ont été éliminées, Fig. ii3. — Aïnhum. la maladie reparaît dans le
moignon et attaque à son tour la phalange qui subsiste. Parmi les autres orteils, le quatrième est le plus fréquemment atteint; très rarement le troisième, ou le second, ou le gros orteil. Il existe au Musée Pathologique de l'Armée, à Washington, un modèle de cire représentant un cas d'une affection analogue ou identique, dans laquelle tous les orteils ont été perdus et où la jambe est envahie à son tour. L'aïnhum est très rare chez les femmes et les enfants. Elle évolue dans l'espace d'une à dix années, ou davantage.
Si l'on pratique une section au niveau de la lésion, on trouve en général, mais non invariablement, que le pannicule adipeux est très hypertrophié, que l'os est infiltré d'une matière graisseuse, et que les autres tissus présentent des
7i6 nUliON CUMATÉIUQUE. - GOLNDOU. — AhSlIUM
dégénérescences correspondantes. Quehjiielbis l'os est aminci, ou môme complètement résorbé. Au siège de la constriction, le pédicule étroit est entouré, au moins en partie, d'une ligne d'épilliélium hypertrophié, avec atrophie de la couche papillaire de la peau, et d'une bande de tissu fibreux plus ou moins intimement relié au derme.
On ne sait rien sur la nature exacte et sur la cause de cette maladie, à laquelle les Européens et les races blanches paraissent échapper, mais qui sévit sur les races africaines, particulièrement sur les nègres de la côte ouest. Certains auteurs ont supposé qu'il s'agit d'une lésion trophique dépendant de quelque maladie nerveuse. La production de violentes dovdeurs, constatée par Dupouy dans le début de quelques cas, ainsi que la tendance de celte affection à atteindre les membres d'une même famille, notée par Silva Lima, donneraient un certain poids à cette hypothèse. D'autres auteurs ont avancé qu'il s'agit d'une manifestation lépreuse, ou d'une forme de sclérodermie, ou encore, sur des bases également insuffisantes, que cette affection est produite par une ligalure intentionnelle ou par le port de bagues aux orteils. Pour moi, j'incline à croire qu'elle est provoquée, au moins dans les premiers cas, par des plaies si facilement produites par la marche pieds nus à travers les broussailles. Le pli de la peau au niveau duquel débute la lésion de l'aïnhum peut très bien être ainsi blessé, surtout chez les nègres aux pieds plats. Si nous examinons la surface inférieure des articulations des orteils chez un grand nombre d'individus de cette race, même chez ceux qui ne sont pas atteints d aïnhum, nous trouverons souvent la peau, particulièrement à la première articulation du petit orteil, épaissie, rude, écaiUeuse, et quelquefois même ulcérée. On comprend qu'une irritation continuelle à ce niveau, produite et entretenue par les aspérités du sol, donne lieu, surtout chez des races noires si sujettes aux chéloïdes, à une transformation fibreuse du derme, qui peut très bien aboutir a
une sorte de contraclioji cicatricielle linéaire et, en dernier lieu, à une lente strangulation atrophiante de l'orteil affecté. La maladie aurait été cependant constatée chez des individus habitués à porter des chaussures ; mais, à moins qu'on puisse prouver que ces sujets ont toujours porté des chaussures, cette objection n'est pas concluante contre mon hypothèse. J'ai vu un nègre chez lequel tout le tégument du petit orteil était envahi par la sclérodermie, et dontle membre en question était ratatiné et fixé contre le pied, tandis que le petit orteil du côté opposé était atteint d'un aïnhum bien marqué; le processus était diffus d'un côté et limité de l'autre, pour ainsi dire.
La queue de certaines espèces de singes peut présenter une affection semblable. J'ai observé un petit singe chez lequel la partie correspondant à la dernière vertèbre avait été perdue par suite d'une constriction linéaire ressemblant à celle de raïnhum. Deux mois après, la vertèbre voisine était semblablement amputée, et maintenant un troisième sillon se forme un peu plus haut.
Traitement. — On a conseillé de pratiquer des incisions sur la bande fibreuse pour retarder l'évolution de la maladie. Ce procédé pourra être essayé dans les débuts de l'aflection. Lorsque l'orteil envahi devient gênant, il faut en faire l'amputation.
Folynévrite paludéenne. — IdeiiliLc. Éùologie. — A la siiile de rexaniencle certains (;as de névrite multiple, observés ces dernières années, et dans lesquels la nature de la maladie était restée obscure, plusieurs auteurs, ayant dù éliminer tour à tour les diverses causes connues de névrite, et ayant trouvé chez leurs malades des antécédents paludéens, ont attribué à la malaria les troujjles moteurs, sensitifs et trophiques qu'ils constataient. Une quarantaine d'observations de polynévrite paludéenne existent actuellement dans la littérature médicale ; elles ont été publiées ou résumées dans la Revue de Médecine (années 1897, 1900, 1901 et 1902), Deux études d'ensemble ont été faites, la première par Regnault(-) la seconde par Sacquépée et Dopter ("'); nous y renvoyons le lecteur pour plus amples détails.
Au point de vue étiologique, la forme de névrite dont nous nous occupons semble bien dépendre du paludisme : c'est ordinairement après des accès paludéens d'un caractère grave que ses symptômes apparaissent; de plus, les rechutes de malaria s'accompagnent, dans certains cas, d'une
(') Ces noies, an sujet de quelques vceenls travaux sur les maladies des jiavs chauds, ont été ajoutées par l'un de nous à lu traduction de l'ouvrage do Patrick Munson (iV. d. t.).
(-) J. Regnault. Polynévrite paludéenne [Reu. de Mcd., sept. 1897).
(«) Sacquépée et Dopter. Des névrites palustres (Rev. de Med., avril et juin 1900).
7^o AI'I'KNDICR
ago-pavalion des troubles névriliques. Quant à la cause essentielle, il est assez vraisemblable qu'elle doive (Ure attribuée à une localisation de la toxine paludéenne sur les extrémités nerveuses. Nous avons vu qu'une hypothèse analogue avait été avancée au sujet de la pathogénie du béribéri, par analogie avec ce qui se passe dans d'autres intoxications bien connues, entre autres le saturnisme et l'alcoolisme. Si la cause efficiente des névrites palustres paraît être le poison malarien, dont on peut du reste constater dans la plupart des accès la prédilection pour les éléments nerveux (névralgies.), une cause déterminante a souvent pu être retrouvée : surmenage, humidité, action du froid, mauvaise alimentation.
Symptômes. — Le début peut être lent et graduel (engourdissement, faiblesse des membres inférieurs, fourmillements), ces symptômes prémonitoires passant parfois inaperçus chez les malades alités; d'autres fois les troubles névritiques apparaissent brusquement. Ces troubles ne diffèrent pas d'une manière appréciable de ceux des autres névrites.
Ils sont de trois ordres : i" troubles moteurs., localisés principalement aux membres inférieurs, qui sont frappés de paraplégie et fléchissent quand le sujet marche. Le membre supérieur est moins souvent atteint; la main peut être tombante, inerte. Les extrémités sont déformées ; le pied prend l'attitude du pied-bot varus équin paralytique; — 2" troubles sensitifs^ consistant en douleurs spontanées (crampes, douleurs térébrantes et fulgurantes) ou provoquées par la pression (phénomène de la « chair sensible », douleur extrêmement vive à la pression sur les muscles affectés), et en diminution de sensibilité cutanée (anestliésie) ; — 3" troubles trophiques., atrophie musculaire, œdème, abaissement de la température locale. Les réflexes (plantaire, rotulien) sont le plus souvent affaiblis. Si l'on recherche l'action des courants électriques, on constate dans les nuiscles atteints la réaction de dégénérescence.
Aiialomie pathologique. — On a trouvé des lésions de la
POLYNÉVRiri-: nALLDKENNE 73 1
trame conjonclivo-vasciilaire et une dég-énérescenoe des liiJ^es nerveux, le eylindreaxe devenant varic(neiix, monili- Ibrme par suite de la IVagnientation de la myéline. Dans le cas de névrite apoplecliforme, on renconti-e des foyers héniorragi([ues peu étendus mais très nombreux dans Fintérieur des troncs nerveux. La névrite est ascendante, et débute au membre inférieur par les ramifications dusciatique poplilé externe, pouvantremonter jusqu'au nerf sciatique ; au membre supérieur, le radial et surtout le cubital sont le siège des lésions.
Diagnostic. — L'état de la rate et les commémoratifs d'accès palustres, en l'absence de toute autre cause de névrite, permettront d'établir le diagnostic. La distinction sera quelquefois difficile entre la polynévrite paludéenne et le béribéri. Dans un cas de Regnault {loc. cit.), une névrite palustre avait été décrite dans une thèse comme appartenant au béribéri. La racliialgie, la douleur en ceinture, les grands ' œdèmes ou les épanchements dans les séreuses, les phénomènes bulbaires (dyspnée, troubles cardiaques) manquent en général dans la malaria ; par contre la fièvre est rare dans le béribéri. Enfin la race à laquelle appartient le malade (malais, hindous, noirs) et l'existence d'une épidémie pourront aider à reconnaître la nature béribérique de la névrite.
Pronostic. — Là maladie débute par la périphérie des nerfs et suit en général une marche progressive ascendante, évoluant en quatre ou cinq mois environ. Puis vient une période d'état, les symplômes restant stationnaires. Le malade est exposé à des récidives. La mort est rare (2 fois sur ■.i6 cas). Une certaine amélioration est possible, cà la suite du traitement ; la guérison complète est très rare.
Un malade de Busquet (') a été revu un an plus tard, très amélioré ; il présentait encore de la raideur dans les mouvements de la main droite , et de l'atrophie des extenseurs de
(') Busquel {Rcfuc de Médecine, août lyoi).
l'avaut-bras droit. Par contre, chc/ un malade examiné par Mathis (') el revu i4 mois plus tard, il n'a été constaté aucune amélioration, les mensurations des muscles atrophiés fournissant exactement les mêmes nombres.
TraiLemeiil . — La quinine reste le plus souvent inefficace, comme dans les autres affections para-paludéennes. On a essayé avec des résultats variables l'électrisation, les bains sulfureux, les médications toniques (arsenicaux, quinquina, ferrugineux, strychnine).
Examen du sang paludéen. — MéLhode de Boss. — Les méthodes ordinaires d'examen du sang dans la malaria nécessitent l'emploi d'une mince couche de sang à cause de Topacité produite par l'hémoglobine. Il est évident que plus cette couche est mince, plus la recherche de l'hématozoaire est longue et difficile, chaque champ du microscope ayant d'autant moins de chances de renfermer des parasites que la quantité de sang qui s'y trouve est moins considérable. La méthode de Ross ('), en supprimant l'opacité due à l'hémoglobine, permet d'augmenter beaucoup l'épaisseur de la couche de sang à examiner. Elle est basée sur ce fait que si l'on dissout l'hémoglobine sans entraîner le stroma des globules, les parasites restent adhérents à ce stroma.
Ross recueille par piqûre du doigt une large goutte de sano-, de 20 millimètres cubes environ, et l'étalé légèrement sur une lame, de manière à ce qu'elle occupe l'étendue d'une lamelle ordinaire. Il laisse sécher sans fixer, puis dépose sur la lame une solution aqueuse d'éosine à i p. 100 qu'il laisse un quart d'heure. Laver ensuite sous un mince filet d'eau, avec précaution (la préparation n'étant pas fixée). Recouvrir d'une solution aqueuse faible de bleu de mé-
(') C. Mathis {Rcf. de Mcd., février et avril 1902).
{■) Ronald Ross. Méthode perfectionnée pour le diagnostic de la fièv^ ienie[Lancel, 10 janvier ii)o3) ; —traduit par M. Guibauddans Arch. dt mai igo3.