CHAPITRE PREMIER MALARIA
Définition. — La cause directe de la malaria est un protozoaire de la classe des Sporozoaires^ de l'ordre des Hémamœbides, lequel, vivant en parasite, a pour hôte habituel le moustique et pour hôtes intermédiaires l'homme et peutêtre aussi d'autres vertébrés. Chez l'homme, il habite les globules rouges du sang et produit une fièvre généralement intermittente, de l'anémie, le*gonflement de la rate et u.i dépôt de pigment noir dans les viscères et dans d'autres organes. Certaines phases de son évolution sont justiciables de la quinine.
Morphologie et physiologie du parasite de la malaria
Son importance. — Parmi tous les agents des maladies exotiques, cet organisme est de beaucoup le plus important. Non seulement il produit des fièvres graves et parfois mortelles, mais encore il ruine la santé de millions d'individus par son influence anémiante et débilitante, et par sa tendance à congestionner les viscères abdominaux ; il prédispose ces individus à d'autres maladies qu'il compliqiu^ et
aggrave ; il leur fait perdre leurs forces et les empêche de les recouvrer ; et enfin, il enlève à leur existence toute activité et tout agrément. Il est la principale cause, directe ou indirecte, de maladie ou de mort dans les régions tropicales.
L' HémaLozoaire est bien la cause de la malaria. — 11 est maintenant certain que la cause de la maladie connue depuis longtemps sous le nom de « malaria » ou « paludisme », n'est autre que la présence et la prolifération dans le sang du parasite découvert en 1880 par Laveran, et qu'on appelle avec lui V hématozoaire {'). Voici les principales raisons qui militent en faveur de cette opinion :
1. Pratiquement, la présence de l'hématozoaire dans le sang est toujours accompagnée, tôt ou tard, des phénomènes cliniques de l'infection paludéenne.
2. Réciproquement, la fièvre palustre est toujours, en un moment quelconque de son évolution, accompagnée de la présence du parasite dans le sang.
3. Les diverses phases de la fièvre paludéenne présentent une relation bien nette avec le cycle d'évolution du parasite.
4. Les caractères absolument particuliers de la malaria — mélanémie et pigmentation des viscères — sont pleinement expliqués par la propriété qu'a l'hématozoaire de former du pigment mélanique.
5. Les injections intraveineuses faites avec le sang d'un paludéen — c'est-à-dire avec du sang contenant des hématozoaires — sont généralement, après une période d'incubation de huit à douze jours, suivies d'une attaque de fièvre palustre et de l'apparition du parasite dans le sang du patient.
(.) Patrick Manson adopte le nom de « plas.nod.e delà malaria ,, <=on^"^« 1"" des plus employés, tout en regrettant son inexactitude au po.nt de vue scientifique. 0 parasite de la malaria n'étant pas une plasmodie au sens zooiog.que du inot^ Nous avons conservé celui â:hc,nato.oaire adopté par les auteurs français. (Note des traducteurs).
MORPHOLOGIE DE L'UÉMATOZOAIRE ii
6. L'administration de quinine, qui amène la cessation des phénomènes cliniques de rinieclion paludéenne aiguë, fait en môme temps disparaître rapidement du sangla plupart des formes du parasite.
7. Si, après avoir absorbé du sang d'un paludéen, certaines espèces de moustiques sont disséquées à des intervalles successifs, l'évolution du parasite de la malaria peut être observée dans leurs tissus jusqu'au stade ultime où les germes du protozoaire, parvenus dans les cellules des glandes venimo-salivaires de l'insecte, sont éliminés avec la sécrétion de ces glandes.
8. Si, après une semaine environ, un moustique nourri de sang paludique vient piquer un homme jusque-là exempt de paludisme, cet homme, dans un grand nombre de cas, présente, au bout de quelques jours, les signes cliniques de l'infection malarienne et son sang renferme le parasite.
La preuve de la relation causale du parasite à la maladie peut donc être considérée comme complète.
Nécessité cVuiie connaissance vratipue de l'hématozoaire. — Pour bien comprendre l'étiologie et la pathogénie de la malaria, en dehors du diagnostic qui est surtout une question de pratique, il est évidemment de première importance que le médecin soit tout à fait familiarisé avec la physiologie de l'hématozoaire et avec les divers aspects qu'il revêt dans le sang humain. Pour pouvoir acquérir cette connaissance, il faut absolument savoir rechercher et mettre en évidence le parasite.
Morphologie iît histologie de l'hématozoaire
Ses affinités zoologiqiics. — Zoologiquement, l'hématozoaire appartient à la classe des Sporozoaires. Il louche de très près aux Coccidics ('), mais, comme il' présente plu-
(') Des ohsoi'vnLions rt-ccnlos, pnrliculièrcmc?U celles do.W. Proi(T(>i'cl de Simoiid Ann. (le l'Insl. l'tistcar. jiiilliîl 181)7), en luonlriuil t\\u\ plusieurs coccidics ))nr-
sieurs caractères spéciaux, il a élé placé, en compagnie d'organismes analogues, parasites de divers animaux, dans un ordre spécial désigné sous les noms cVIfémamœ bides, Hcmosporidies, etc. Comme les Coccidies, c'est dans une partie de son évolution un parasite intracellulaire; son lieu d'élection, du moins chez l'homme, consiste dans les globules rouges du sang. Beaucoup d'autres vertébrés sont infectés de parasites semblables, quoique d'espèces différentes; celui de l'homme semble particulier à l'espèce humaine.
Parasites inlraglobidaircs de dwcvs animaux. — Les plus connus de ces parasites sont: \e Drepanidium, \ePirosoma, \e ProteosomaeiV Halteridium. Leur étude a fait la lumière sur la morphologie et la physiologie de l'hématozoaire ; nous engageons donc fortement le praticien à profiter des nombreuses occasions qu'il est sûr de rencontrer sous les
tropiques pour étudier ^ ' , — les parasites que nous
venons de citer et les - 4^ organismes de même
7 espèce.
£6' Le Drepanidium
^' ,r^- • r \ (fis:. 0, parasite du
Yis I — Drepanidium ranarum. (D après Celli.) V o ^'
^ ^ , , r ^■u sang des grenouilles
a, forme ^' ^-"''^ ^"^^'^^ (^«L esculenta), se
rencontre dans les globules sous deux formes, l'une d'apparence irrégulière et l'autre vermiculaire et immobile, celle-ci pouvant devenir extraglobulaire et douée de mouvements actifs. Aucune des deux formes n'est pigmentée.
Le Pirosoma bigeminum (fig. 2) est le parasite qui cause la lièvre des bestiaux du Texas, maladie très funeste pour les bovidés, caractérisée par de l'hémoglobinurie. Elle se produit dans les contrées les plus chaudes du globe, et a été surtout étudiée au Texas, en Italie, en Boumanie, dans le sud de l'Afrique et en Australie. Le parasite, non pigmenté, se trouve dans les globules rouges sous forme d un petit
. rinnhl,. rvcle — l un adapté à la multiplication du parasite dans son i^i:.'" (^r^dog.:,e), et i «utrc adap.é'. sa U-ansmission , de nouvo.^ h os efdc exoine) - ont établi définilivcment la relation elro.te aupara ... l siÎ^emenl h;pothéli4ue, ,ui exis.e entre l'hémnto.oaire et l'ordro dos (occ.l.cs.
MORPHOLOGIE DE [J IlliMATO/.OMRE
corps ovoïde, ordinairement terminé en pointe à une extrémité. On le rencontre souvent par paire, ce qui porte à croire qu il se multiplu3 par bipartition. Comme l'ont démontré Smith et Kilborne, le piroson.a est transporté d-hôte en hôte par la tique des bœufs (Boop/nlus
Fig. 2. — Pirosoma bigeminum. (D'après Celli.)
bovis). En suçant le sang, la tique absorbe le parasite, lequel, par un processus encore inconnu, infecte les œufs de l'insecte. Ces œufs infectés donnent naissance à de nouvelles tiques qui communiquent la maladie aux bestiaux sains sur lesquels elles vont chercher leur nourriture, en leur inoculant le parasite.
Le Prolcosoma et V Haltcridiiun (fig. 3), parasites intraglobulaires des
Fig. '\. — Ilalloridiiiin. (D'après Cf.i.i.i.)
rt, h. c, évolulioii du iiiai-roijainMc ; c, fcrlilisalidii ])nr lo iniorogamèle ; (I, l'Yolulioii du mici'ogaiiiMc (voir p. 3(')).
oiseaux, ressemblent de très près, par leur morphologie et leur évolution, à l'hématozoaire de riionniK;. 'l'ous deux sont pigmentés et se mul-
i4 MALARIA
tiplient chez leur hôte vertébré en produisant des spores nues, tous deux possèdent des formes flagellées, et probablement tous deux ont une phase de leur évolution dans le corps d'insecles — le proteosoma chez le culex et l'halteridium chez une espèce inconnue jusqu'ici. Le proteosoma s'étudie le plus commodément sur le moineau et le pinson, l'halteridium sur le pigeon et la colombe. La pulpe de l'extrémité du doigt est nettoyée avec de l'alcool, séchée, et piquée profondément avec une aiguille ; une gouttelette de sang est alors exprimée et montée suivant le procédé usuel. Les formes mûres des deux pai'asiles sont aisément distinguées. Le pi-oteosoma, en se développant, repousse le noyau du globule rouge vers une des extrémités du grand diamètre de ce globule, et le maintient incliné obliquement ; l'halteridium ne déplace pas le noyau, mais s'étend le long d'une des parois du globule en débordant légèrement les extrémités du noyau. La formation de flagella se produit promptement dans les préparations humides ordinaires ; d'après Koch, elle est mieux observée en goutte suspendue préparée par le mélange d'une trace de sang infecté avec du sérum de sang d'oiseau et la solution saline physiologique. L'infection par l'halteridium, qui ne semble donner lieu à aucune maladie, persiste pendant plusieurs mois ; l'infection par le proteosoma est plus fugace, mais s'accompagne souvent d'une fièvre grave. L'halteridium est difficilement, et peut-être pas du tout transmissible par inoculation de sang ; le proteosoma, au contraire, peut être transmis de cette manière.
Quant à V hématozoaire humain, il y en a plusieurs variétés, pour ne pas dire plusieurs espèces. Leurs caractères distinctifs seront énumérés plus loin. La courte description qui suit ne concerne que les caractères génériques qui leur sont communs.
Les trois phases de l'hématozoaire. — L'hématozoaire, comme tous les vrais parasites, est adapté non seulement à la vie dans le corps de son hôte, mais encore au passage d'un hôte à un autre, en vue d'assurer la continuité de l'espèce. Il présente donc, par rapport cà l'homme, deux phases distinctes, l'une intra-corporelle, l'autre extra-corporelle. L'observation clinique permet d'affirmer qu'il en existe une troisième — la phase latente.
MORPHOLOGIE DE L'IlÉMATOZOAIItE
Cycle intra-corporel ou humain.
Chaque variété ou espèce d'hématozoaire a une vie d'une durée particulière, plus ou moins bien définie, et comprenant vingt-quatre, quarante-huit ou soixante-douze heures.
Lorsqu'on examine du sang paludéen vers la fin de l'un de ces cycles, une heure ou deux avant qu'éclate un des paroxysmes de l'accès intermittent, le parasite apparaît sous forme d'un disque pâle, à contours peu nets, occupant une aire plus ou moins grande à l'intérieur d'un certain nombre de globules rouges (fig. 4, «)• Dans ces disques pâles sont disséminées des particules d'un pigment noir intense ou noir rougeâtre — la mélanine.
En répétant ces examens success-ivement, à de courts intervalles, l'observateur pourra s'assurer qu'il se produit dans les disques protoplasmiques pigmentés certains changements systématiques. Il s'apercevra qu'après un certain temps les particules de pigment disséminées se réunissent en petits groupes, disposés parfois suivant des rayons. Ces groupes de pigment se concentrent eux-mêmes plus tard en un ou deux larges amas plus ou moins centraux, autour desquels le protoplasma pcâle de l'hématozoaire se groupe en menus segments, qui acquièrent finalement une forme arrondie et apparaissent comme des sphérules bien nettes — ce sont les spores (fig. 4, fZ) . Le globule rouge qui
les renferme éclate, et les spores, dont aucune 'ne contient de pigment, se séparent et deviennent libres dans le liquide sanguin, en môme temps que l'amas ou les amas de mélanine (fig. 4, e). Les phagocytes absorbent alors rapidement la mélanine et un grand nombre de spores. Plusieurs de ces spores échappent cependant à l'action des phagocytes et s'attachent à d'autres globules rouges qu'elles réussissent à pénétrer par un processus encore inconnu (fig. 4, /"). Dans l'intérieur do ces globules récemment infectes, les
MALAJIIA
jeunes parasites présentcnl (ractifs mouvements amiboïdes, développant et rétractant de longs pseudopodes, et croissant aux dépens de Thémoglobine (fig. g). Ils assimilent cette substance et la transforment en un pAle protoplasma qui constitue le corps du parasite, et en particules de mélanine (fig. 4, h, î): Plus le parasite s'accroît, plus ses mouvements amiboïdes deviennent lents, jusqu'à ce qu'enfin ils
Fig. 4.
Évolution du parasite de la fièvre tierce béuigue ; non colore. (D'après Tuayur et Hewetson.)
s'arrêtent. Au moment de la sporulation, qui achève le cycle évolutif (fig. 4, y), l'hématozoaire ne possède plus de mouvements propres, à part une légère translation des particules de pigment.
Structure de l' hématozoaire. - En colorant au bleu de méthylène, on constate que les spores du parasite (fig. y, -c d) sont constituées par un petit, nucléole fortement coloré entouré d'un noyau vésiculcux incolore (peu apparent au début), lequel est, à son tour, recouvert de protoplasma léo-èrement teinté. Après que la spore a pénétré un globule rouo-e (fio-. 5, e), la coloration montre que le noyau vésiculcux est devenu plus grand et plus distinct, que le protoplasma a augmenté de volume, et que le nucléole fortement coloré lequel est parfois double, est venu se placer vers la périphérie du noyau. En raison de la dimension relativement grande du noyau incolore, de la position excentrique
MOliPIIOLOGIK DE L' IIKMATO/.OAIRE
du nucléole fortement coloré, et de l'étroit anneau de protoplasma coloré, les jeunes hématozoaires apparaissent comme autant debagues à chaton bleues fixées dans les globules rouges. A mesure que le parasite s'accroît et approché de la maturité, le nucléole s'efface et le noyau vésiculeux devient moins apparent (fig. 5, g, Ii, i) ; finalement, au moment de la sporulation, le noyau et le nucléole ont com-
Flg. 5.
Évolution du parasite de la fièvre tierce bcnigae; coloré au bleu de méthylène. (D'après Mannaberg.)
plètement disparu (fig. 5, y, a). Il est probable qu'à cette période ces éléments se sont fragmentés et diffusés à travers le protoplasma, on ne sait par quel procédé. Plus tard, les éléments nucléaires réapparaissent sous forme de petits nucléoles nombreux et dispersés, autour desquels le protoplasma du parasite va se grouper après sa segmentation pour former des spores (fig. 5, h, c). Le noyau vésiculeux n'apparaît pas d'ordinaire dans les spores avant que celles-ci ne soient mises en liberté dans le liquide sanguin (fig. 5, d).
Les particules de mélanine, si caractéristiques du germe de la malaria, se présentent soit éparses en fine poussière, en grains plus épais, ou en courts bâtonnets, soit a£>-o-lomérees en amas. Jusqu'à ce que la concentration du pigment qui précède la sporulation se soit produite, les particules sont disséminées etplacées principalement en ce que nous appellerions l'ectosarque, si l'hématozoaire était regardé comme une amibe. Sans doute, tant que le noyau reste intact, le
Patiuck Manson. — Mnludics des pnjs chauds. y.
i8 MALARIA
pigment est périphérique ; lorsqu'il se segmente, le pigment devient central.
Telle est la courte description de la structure et de l'évolution d'une phase de l'hématozoaire. Elle nous fait comprendre comment le parasite se maintient et se multiplie dans le corps humain. Elle n'explique pas cependant les deux autres caractères importants de la vie de l'hématozoaire que l'analogie et l'observation nous démontrent clairement — c'est-à-dire son état latent à l'intérieur et sa vie à l'extérieur du corps humain.
Phase latente. — C'est un fait bien établi que, concurremment avec l'apaisement des symptômes cliniques aigus, l'hématozoaire peut disparaître de la circulation générale et passer àl'état latent. Ceci se produit soit spontanément, soit sous l'effet de l'administration de la quinine. Quant à l'organe ou au tissu où il ,se fixe, quant à sa forme et à sa structure durant cette phase latente, quant aux conditions exactes qui lui font perdre son activité et l'empêchent de se propager, on ne sait rien exactement. Ce que l'on sait bien cependant, c'est que le surmenage et la dépression physiologique chez son hôte tendent à faire sortir le parasite de son état latent, et que la quinine et une constitution vigoureuse tendent, au contraire, à favoriser cet état.
Dans une communication faite à la Société Médicale de Berlin le 3i mai 1898 et traduite dans le Journal of Tropical Medicine (octobre, décembre 1899, et janvier 1900), A. Plehn émet l'opinion que les petits points colorables (fig. 6) quel on trouve dans certains globules rouges (phénomène connu de tous ceux qui ont l'habitude d'examiner des préparations colorées de sang paludéen, et peut-être aussi de sang non paludéen) , représentent réellement le parasite à sa phase latente. Plehn déclare que, dans l'ouest de 1 Afrique, un état d'anémie, présentant le caractère de celui que produit la malaria, apparaît souvent chez l'Européen, peu après son
inhv.iroxoAinE cours i- lac elle 19
arrivée dans le pays, avant que le parasite habilael du paludisme ne se montre dans le sang, et avant toute attaque de fièvre. Dans de tels cas on peut trouver les petits corpuscules en question. Plelin les appelle « granules karyochromiitopliiles » ou, par allusion à leur fonction supposée, « corps primitiCs ». 11 croit qu'ils se multiplient dans le sang, détruisant et infectant les globules jusqu'à ce que certaines conditions (celles qui provoquent la fièvre paludéenne) viennent à se produire et leur fassent donner naissance à la forme amiboïde de l'hématozoaire. Après l'apaisement delà fièvre et la disparition de la phase correspondante du parasite, les « corps primitifs » continuent à vivre dans le sang sous la forme latente, et, toujours d'après Plehn, sont une preuve importante de la présence de l'infection paludéenne à l'état latent. Ce sujet est plein de promesses etmérite des études ultérieures.
Fig. 6. — Corps pri- 11] i lits de Plcliu claus un globule rouge.
Cycle extra-corporel chez le moustique.
Comme il serait déraisonnable de supposer qu'un organisme qui se reproduit si activement dans le 'corps humain n'a aucune possibilité d'assurer la continuité de son espèce, soit en passant d'un hôte à un autre, soit par d'autres moyens, nous sommes forcés de conclure que la constitution du parasite doit lui permettre de quitter et d'envahir des Ilotes successifs. Lés problèmes suggérés par cette considération sont les suivants : 1° comment l'IuMuatozoaire (piitte-t-il le corps humain? — 2" comment vit-il temporairement hors du corps humain ? — 3° comment y entre-t-il de nouveau ?
Le corps flagellé. — Quand on examine une préparation de sang paludéen frais quchpie temps après qu elle» a été faite, li n'est pas anornud d'y IrouvtM-cc (ju'on appelle des « corps
flao-cllés(') )) (fig. 7). On rencontre des variétés de ces corps dans toutes les'fbrmes d'infection à plasmodies, aussi bien chez les parasites analogues de divers animaux que chez les espèces particulières à riiomine. Ccst un être à forme étrange, rappelant celle d'un poulpe, armé de longs bras qui se meuvent activement. Bien que composé des mêmes éléments que le parasite ordinaire - à savoir, un protoplasma
incolore et des grains de mélanine — il en diffère à beaucoup d'égards, et principalement par le fait qu'il n'est pas intraglobulaire. Les longs bras, semblables à des fouets, au nombre d'un à six, ou même davantage, sont ordinairement appelés flagelles. Ce sont des filaments excessivement délicats et flexibles, difficiles à apercevoir non seulement à cause de leur délicatesse, mais aussi à cause de la rapidité de leurs mouvements. Parfois bulbeux à leur extrémité libre, parfois renflés en un ou plusieurs points de leur trajet, les flagelles sont trois ou quatre fois plus longs que le diamètre d'un globule rouge. Au début ils sont attachés à la périphérie du corps central pigmenté, plus ou moins sphcnque, dont les dimensions sont la moitié de celles d un globule rouce. Les mouvements des flagelles sont si vigoureux que, sans détruire les globules rouges, ils les plient et les defor-
pjg — Hématozoaire flagelles; coloré.
H Les termes de « corps na.ellé » et de « ^^^^^^^Z: ^^^^^ de rhcmato.oaire, peuvent donner l.eu a des erreu s^ ^'ij^^^' zoaire n'ont rien de commun avec ceux des a,/usoucs flagelles.
/ii:.UATozoAini; coiti's i-lagelle
ment temporairement lorsqu'il leur arrive d'en rencontrer à leur porloe. On peut observer parfois (|u'iin ou plusieurs de ces flagelles se détachent de la sphère centrale et nagent librement dans le sang (fig. 8), en restant actifs pendant un temps considérable — quelquefois plusieurs heures — avant de disparaître. Lorsqu'ils nagent librement dans le plasma, et aussi lorsqu'ils sont encore attachés au corps central, les
flagelles sont animés de
trois sortes de mouvements : — a) un mouvement ondulatoire, destiné évidemment à la locomotion ; h) un mouvement vibratoire, paraissant provoqué par le contact d'un corps résistant, d'un globule rouge par exemple ; dans de tels cas on voit parfois le petit filament se redresser et se briser comme une mince baguette que l'on jette sur le sol; c) un mouvement de torsion, observé d'ordinaire devenir immobile.
Une observation attentive montre que les corps flagellés se développent aux dépens de deux formes du parasite intraglobulaire, à savoir : dans certains cas de paludisme, aux dépens de ce qu'on nomme les « corps en croissant »; dans d'autres cas, aux dépens de formes volumineuses de l'hématozoaire à l'état de maturité (fig. 4, y), juste avant la concentration du pigment et la sporulation. Il est important de se rappeler qu'on ne rencontre jamais la forme flagellée dans le sang fraîchement recueilli, et qu'elle appjiraît seulement quelque temps après que la lame a été pré-
Fig. S. — Hématozoaire
gcllcs et flagellum libre uagcaul.
au moment où le flas-elle va
MALAIîrA
dix à trente minutes ou môme davantage, suivant
parée — les cas .
Le corps èn croissant. - La forme, les dimensions et la structure du corps en croissant seront surtout comprises en examinant une figure (fig. g)- Les principaux caractères à noter sont : sa forme mathématiquement définie ; l existence probable d'une délicate membrane d'enveloppe; la
présence de particules de mélanine en aiguilles, situées ordinairement au centre du parasite et parfois vers une extrémité ; et enfml'existenced'uneligne particulière,en forme d'arc, extrêmement délicate qui, étendue d'une extrémité à l'autre du croissant, jette une sorte de pont sur sa concavité. Cet arc représente manifestement le contour des restes du globule rouge dans lequel le parasite s'est développé.
Dans beaucoup de cas, surtout dans les préparations colorées, on peut d'une manière très précise continuer a suivre le contour du globule rouge autour de la convexi e du croissant. Cette circonstance (jointe à ce fait que la matière incluse dans l'arc, parfois visible sous forme d une bordure délicate et, dans certains cas, finement dentelée autour de la convexité du croissant, donne les réactions de coloration de l'hémoglobine) prouve que cette forme du parasite de ki malaria, semblable en cela boïdes ordinaires déjà décrits, est intraglobulaire. On lencontre parfois de légères difierences, surtout en ce qui concerne la forme plus ou moins pointue ou obtuse des coi-
pig g. Hiimatozoalrc : corps en croissant; coloré (x i ooo).
HÉMATOZOAIRE ; CORPS EN CROISSANT a3
nés du croissant; mais, en règle générale, les croissants ont un aspect très uniforme. On rencontre rarement des croissants doubles — ce ([ui signifie deux croissants dans un globule (dg. lo).
Le corps en croissant apparaît sous trois aspects : dans Tun, le pigment est disséminé dans toute la surface, dans un autre le pigment est concentré, et, dans un troisième, le protoplasma présente des vacuoles et d'autres signes de dégénérescence. La première forme appartiendrait au jeune parasite en voie de développement, la seconde à l'état de maturité, la troisième à l'état d'épuisement. Dans la première, les bâtonnets de pigment sont quelquefois animés de mouvements de translation ou même de mouvements vibratoires; dans les deux autres le pigment est absolument immobile. La première forme, la plus jeune, se colore uniformément; mais, dans la seconde, la coloration est, le plus souvent, manifestement bi-polaire; une zone claire, incolore, occupe le milieu de chaque corne, tandis que le protoplasma se colore à la périphérie des deux cornes et au centre du croissant. En dissolvant les particules de mélanine dans la partie centrale au moyen d'une solution faible d'ammoniaque, et en colorant ensuite, un double nucléole peut parfois être observé dans cette partie, c'est-à-dire au point de jonction des deux éléments dont le croissant paraît être formé. En raison de cette preuve d'une double structure, Mannabcrg regarde le croissant comme une « conjonction m, c'est-à-dire comme le résultat de la réunion de deux formes amiboïdes dans un globule sanguin doublement infecté. Il considère que cette circonstance donne une direction particulière au développement du parasite et que, comme chez
Fig. 10. — Hématozoaire : croissant double.
a 4 M A LA m A
les autres protozoaires, elle estsuivie d'enkystement(fig. 1 1). Bastianelli alFirme que, parmi les clifTérences de coloration des croissants, il en est qui dépendent de O â leurs caractères sexuels. Il dit que le ^ protoplasma du croissant mâle se colore Fig. II. — Déve- pliis fortement, et que son noyau est plus loppement du gros et Contient plus de cliromatine que corps en crois- croissant femelle. Les formes les
sant . (D après
Mannaberg ). plus jeunes du croissant commenceraient à être observables dans la rate et la moelle osseuse vers le quatrième jour à partir du début de l'accès paludéen. D'après Bastianelli et Bignami, ce sont d'abord de petits corps amiboïdes, très réfringents. On les rencontre rarement dans le sang périphérique, où le corps en croissant ne commence à apparaître que vers l'époque de sa maturité, environ une semaine après que le premier essaim de parasites amiboïdes associé au paroxysme fébrile a fait son apparition.
Formation des corps flagellés. — Bien qu'au sujet de l'origine du corps en croissant il puisse y avoir doute, on peut affirmer avec confiance que sa destinée est bien déterminée. Cette destinée est de former des corps flagellés et certaines sphères appartenant au type spécial de l'infection paludéenne où l'on rencontre le croissant (fig. 12, h). En général, si l'on observe pendant un certain temps, sous le microscope, un certain nombre de ces croissants, on en voit quelques-uns subir plus ou moins lentement un changement de forme ; se transformer graduellement, d'abord en croissants trapus, puis en corps ovales et enfin en sphères (fig. 12, h, c), tandis que ce qui reste du globule rouge se désagrège ou se, fond et disparaît. Les restes du globule rouge prennent souvent la forme d'une petite sphère légèrement colorée par l'hémoglobine et restant au contact ou à proximité du parasite. Les sphères ainsi formées sont de deux types difierents suivant que leur protoplasma est
FORMATION DES CORPS FLAGELLÉS '-iS
hyalin ou granuleux. Au début, les particules de pigment, aussi bien dans le corps en croissant que dans le corps ovale et dans la sphère, sont immobiles et centraux — plus rarement excentriques. Peu à peu, dans la plupart des sphères, ces particules tendent à se placer circulairement, en contact avec la partie interne de ce qu'on peut regarder comme une membrane très mince et invisible, et occupent alors le centre de la sphère, formant en quelque sorte une petite sphère renfermée dans la grande. Au bout d'un certain temps, les particules du pigment commencent — d'abord lentement et par intervalles, et ensuite plus énergiqueme'nt — à se mouvoir.
A mesure que les mouvements du pigment augmentent de rapidité et ^
d'énergie, la sphère entière semble Fig- 12. — Hématozo-
.... 1, .1 aire : évolution du
partager celte agitation : elle vibre, en corps à
change de forme et s'agite sous l'ac- flagelles, tion d'une force invisible. Les particules de pigment peuvent alors diffuser ou ^e pas diffuser à travers la masse totale de la sphère (fig. 12, d). Quoi qu'il en soit, les mouvements de la sphère devenant très marqués, un ou plusieurs flagelles sont tout à coup lancés de la périphérie et commencent à présenter les mouvements onduleux, en coups de fouet, qui les caractérisent (fig. 12,/') ('). Les sphères granuleuses n'émettent pas de flagelles.
(') Une soigneuse mise nn point, s>irlo>it pour les prépnrnlions colorées des sphères dérivons de croissants, pont montrer ([uo, peu do temps avant lonr sortie, les flagelles existent tout formés à l'intérieur de hi membrane limitante de la sphère (fig. la, c) . On peut voir parfois un flngellum, dnns ses efTorls pôur sortir