‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 42 sur 136 · DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE

peste bubonique; mais ce terme a été sans doute appliqué parfois à d'autres maladies épidémiques à mortalité élevée.

Les descriptions qui nous ont été laissées sur ces épidémies des temps anciens sont trop vagues pour qu'on puisse en tirer une conclusion. D'après Hirsch, la première relation concernant nettement la peste fait mention de sa présence en Lybie, en Egypte et en Syrie vers la fin du troisième et le commencement du deuxième siècle avant l'ère chrétienne. Un autre récit authentique, le premier concernant l'Europe, rapporte une grande épidémie, appelée peste de Justinien, qui, en 542, se répandit d'Egypte sur l'Europe et dans tout l'empire romain, et qui, pendant cinquante ou soixante ans, dépeupla les régions où elle s'abattait. Depuis cette époque jusqu'en 1841, année où elle apparut pour la dernière fois à Constantinople, la peste a reparu à diverses reprises dans les différents pays de l'Europe, ses dernières incursions se faisant seulement dans le Sud-Est de ce continent et dans des aires de plus en plus circonscrites. En 1878-79 une petite épidémie, rapidement éteinte, éclata dans la province russe d'Astrakan. A part cette légère exception et l'épidémie récente, très limitée du reste, d'Oporto, l'Europe a longtemps été exemptée de ce terrible fléau. La peste a visité l'Angleterre pour la première fois en 1664-79, épidémie durant laquelle, en i664-65, plus de 70 000 personnes périrent parmi les 460 000 habitants que comptait Londres à cette époque.

L'Egypte, autrefois l'un des lieux d'élection de la maladie, en a été exempte de i844 à 1899, quoique dans cet intervalle de nombreuses épidémies aient éclaté dans les pays voisins : en Tripolitaine (Benghasi) en i856, 1859 1874 ; et sur la côte Arabique de la juer Rouge (Assir) de i853 à l'époque actuelle. La peste est réputée endémique dan^i l'Ouganda et dans l'ilinterlaïul de l'Afrique Orientale allemande (Koch). De nombreuses épidémies ont eu lieu en

iç)i PESTE BUBONIQUE

Mésopotamie (la dernière en 1892), dans le Tiirkestan (la dernière en 1892), en Inde, en Chine et en Mongolie.

En Inde il y a eu plusieurs incursions de la peste durant le dernier siècle, mais elles ont revêtu un caractère plutôt local. L'une d'entre elles, qui se produisit dans le Cutch en i8i5, s'étendit à Scinde et Gujerat, et dura jusqu'en 1821. Des épidémies ont éclaté dans le Khumaon et le Gharval dans le versant sud de l'Himalaya en 1824, 1 834-37, 1 847-53, 1875 et 1884 ; et aussi à Hansi dans le Delhi, 1828-29. Autre épidémie en i836 à Bareilly, Rohilcund et à Pali dans le Rajputana, s'étendant à Jodhpore et à Marwar, et se terminant en i838. Il est probable que la peste existe toujours dans quelque partie de l'Inde, surtout parmi les populations primitives des montagnes. En 1899 elle apparut à Bombay et peut-être à Calcutta, ayant été apportée de Hong- Kong dans le premier de ces ports.

On sait maintenant que la peste a été endémique pendant de longues années au sud-ouest de la Chine, dans le Yunnan. Elle y a été vue en particulier par Rocher en 1878

et depuis cette époque.

Elle fut particulièrement meurtrière en 1871-1873, après la o-rande révolte des Mahométans, Du Yunnan, suivant probablement les routes commerciales, elle s'est répandue jusqu'à Pakhoï dans le golfe du Tonkin, où a éclaté ainsi que dans les villes voisines une grave épidémie en i8b3 (Lowry, Chiuesc Imp.Mar. Cast. Gaz. Med. Rep. n° 2. et seq.). En 1894 elle est arrivée jusqu'à Canton (Rennie, Chinese Imp. Mar. Cast. Gaz. Med. Rep.n^ 48), oii elle fit, dit-on, 60.000 victimes sur une population de i.ooo.ooo (? . Un peu plus tard, au printemps de la môme année, elle éclata dans la colonie anglaise de Hong-Kong, et s étendit de la Macao, Swatow, Amoy, Foutchéou, Formose, et probablement à beaucoup d'autres villes des provinces du sud de la Chine. Il est facile du reste de prévoir que la peste conUm^ pendant de longues années encore à sevir sur 1 Empue

LK MICnO-ORGAMSME

Chinois, eu égard aux conditions hyg-iéniques déplorables et à la misère des habitants. Il y a eu récemment des cas de peste à Maurice, à Madagascar et à Delagoa-Bay, et Ton signale la présence de la maladie en Australie.

A\ant sa récente apparition à Santos (Brésil) et dans la République-Argentine, la peste était inconnue en Amérique.

Ètiolofçie. — Le niicro-or^aiiisnie.

Il est maintenant

hors de doute que la cause spécifique de la peste est le cocco-bacille qui fut découvert par Kitasato et par Yersin durant l'épidémie de Hong-Kong, en 1894. Ce microbe se rencontre en grande quantité dans les bubons caractéristiques, généralement en culture pure, mais souvent, vers les dernières phases delà maladie, associé au streptocoque et au staphylocoque, microbes de la suppuration. Le môme bacille se trouve aussi en grande abondance dans la rate, l'intestin, les poumons, les reins, le foie et les autres viscères et aussi, quoique en petit nombre, dans le sang des cas de septicémie avancée. Il existe en énorme quantité dans les crachats des sujets atteints de peste à type pneumonique.

Dans ce dernier cas, il est beaucoup moins facile à déceler par l'observation directe que par la culture.

Vers la lin des cas rapidement fatals, il devient plus abondant dans le sang, et peut être alors facilenuMil aperçu sous le microscope.

Le bacille de la peste (fig. 34), observé dans l'cxsudat ou

Patrick Manson. — Maladies des jinys chiituls. j j

Fig. 34. — Bacille de la posle eu cliainetles. montrant la coloration plus intense de ses extrémités. CuUuro jeune sur bouillon (x i ooo) (Muni et RiTciiriî).

ig/, PESTE BUBONIQUE

le râckgc de la pulpe des bubons, d'un ganglion lymphatique enflammé ou d'un viscère, estun cocco-baciUe court et trapu, très semblable à celui du choléra des poules. Il a des bords arrondis, et, d'après Kitasato, est activement mobile. Gordon dit qu'il possède un flagelle terminal. Une capsule, ou quelque chose d'analogue, peut être mise en évidence, surtout dans les bacilles que l'on trouve dans le sang. Le bacille absorbe facilement les couleurs d'aniline, les extrémités prenant une teinte beaucoup plus foncée que la partie centrale. Ceux qui se rencontrent dans le sang sont plus courts que ceux des ganglions, et, d'après Aoyama, les premiers sont colorés par le procédé de Gram, tandis que ceux des ganglions sont plus grands et ne prennent pas le Gram.

Caracères des cultures. - Ensemencé sur sérum sanguin et tenu à la température du eorps, le bacille de la peste forme en .4 °" 'teuras une colonie abondante, humide, gris jaunâtre, sans hquéfacuon du milieu de culture. Sur gélose, mais mieux sur gélose 8ly»""<|J. , cultures ont un aspect blanc grisâtre. Sur gélose en plaques ell s ont • une transparence bleuâtre, les colonies individuelles étant crcula.re il bo ds légèrement irréguliers et à surface humide Les jeunes colon es ' ont vitreuses, mais en vieillissant elles s épaiss.ssent ^e-ten-ten ■ plus opaques en leur centre. L'ensemencement par p.qure donne, au : bout d^un ou deux jours, comme une Une traînée de pouss.ere. D apr . Y in cultivé su,' gélatine, le bacille

: transplrentes et blanchâtres qui, examinées à 1 eclau-age ol l.que, pie " des bords irisés. Sur bouillon, les cultures P;-ésentent un i tspect caractéristique : le liquide reste clair tandis qu un dépôt granuel se forme sur les parois et au fond du tube. Examinées au m, • Tpe toutes ces diverses cultures sont formées de chatnes d un baal our présentant par endroits de larges renOements bulbeux. Su, ^Ltine' ies îacillel forment tantôt de minces ftls, tantôt d cpa.s amas

La tempérrture optima pour le développement des cultures est de

Le bacille, d'après Kitasato, ne forme pas de spores. ■

Peste expérimentale. - Des e.xpérictccs prétnéditces ou

LË MICRO-ORGANISME igS

foi'liiiles ont prouvé, ou plutôt ont rendu vraisemblal)le l'inoculabilité de la peste àTliommc. Whyte, en 1802, s'inocula la maladie et en mourut. Au Caire, en i835, on inocula à deux conclamnés le sang de pestiférés : ils contractèrent la maladie, mais guérirent. Ces expériences ne sont cependant pas concluantes, car elles furent faites pendant une t.épidémie de peste ; on ne peut donc affirmer que les chances de contagion naturelle avaient été complètement supprimées- Pour la même raison, les cas d'Aoyama et de son aide, qui auraient été contaminés par des piqûres anatomiques, ne peuvent pas être regardés comme des preuves que la peste est inoculable à l'homme. Le déplorable accident qui s'est produit récemment au laboratoire de Vienne et qui causa plusieurs morts, dans des circonstances non connues exactement, à la suite de manipulations de cultures du bacille pesleux, vient apporter une preuve solide en faveur de la contagiosité de la maladie par introduction de cultures virulentes dans le corps de l'homme. Car, dans ce cas particulier, il n'existait aucun foyer épidémique dans les environs.

Il n'y a du reste aucune raison pour supposer que l'homme diffère à cet égard des divers animaux susceptibles de prendre la maladie par inoculation. Les pigeons résistent, mais les souris, les rats, les cobayes et les lapins sont invariablement tués lorsqu'on leur inocule avec succès le contenu des bubons (') de pestiférés; ils présentent à la dissection des lésions caractéristiques avec de nombreux bacilles dans les ganglions, le sang, la rate et les autres viscères. Le cobaye meurt de deux fi cinq jours, la souris de un à trois jours après l'inoculation. Le mouton et le porc sont faibleemnt susceptibles, en admettant qu'ils le soient (Lowson), Le singe prend facilement la maladie.

Dans le cas du cobaye, l'introduction du virus est suivie

nn9r>^'\^"' '^"^ P"^ toujours infeclieux. L inoculalio» failo avec ce

fa sun "l-^"' m.tl.-e 1« .naladie. Il est probable que certains „ crôbes

la suppuration peuvent tuer le bucillus pcsUs. miuoDes de

5 rEsix BUltoi^lqui:

au bout de quelques heures d'un œdème considérable autour de la piqûre, et les ganglions adjacents sont perceptiblement entlés Au bout do vingt-quatre heures l'animal est très malade; ses poils sont rudes et hérissés, et il ne prend aucun aliment. Il est couché sur le côté et alteinl de convulsions, les accès se succédant avec plus de rapidité à mesure que la mort approche. Si l'on ouvre le corps immédiatement après la mort, on trouve un œdème avec épanchement de sanK rosé autour du point d'inoculation et des sutfusions innammatoires autour des ganglions lymphatiques environnants, qui sont très tuméfiés et remplis de bacilles. L'intestm est hypérémié; les glandes surrénales, les rems et le foie sont rouges et gonflés. La rate, très volumineuse, présente fréquemment une éruption de petites granulations blanchâtres ressemblant par leur aspect à des tubercules mi laires. Touslesorganes.etmême la sérosité péritonéale ou pleurale qui a pu se former, contiennent des bacilles de la peste. On les rencontre dans le sang,, non seulement libres dans le . plasma sanguin, mais inclus dans les leucocytes mononucléés • il n'en existerait pas dans les leucocytes polynuclees.

La maladie estfacilement transmissible auxpetits animau. par inoculation des cultures.

Exaltaiiou et atténuation du .ints. - U n est P- d»"'-'-^ que la virulence du bacille soit susceptible de modification p des moyens naturels ou artificiels. On a remarque en Russie en Perse et à Calcutta, que certaines épidémies ^ Tp s'te étaient précédées d'une alfection sporadique ou . èpid'émique, fébrile ou quelquefois »Py-'"l-; 7;;; laquelle les ganglions lymphatiques s engorgent et supp ^

relt parfois. Des cas de ce genre, dans '«'^'I-f J " microscopique a montré la présence d'un cocco-bacil le dan ZZl l dans les ganglions engorgés sont rapporte. ,.a

es D" Cobb et Simpson [ladian Med. Gaz nov. 1896 . 0" sa t de plus, qu'eu certaines épidémies la virulence e lam

a it'é ende t'a décroître, les premiers cas étant les plus

LE miCRO-ORGANISMF. 197

dang-ereux. Ces lails sonibleut indiquei- que, dans certaines conditions naturelles inconnues, le virus tend à s'exalter, et d'autres fois, au contraire, à s'atténuer.

Cette hypothèse est confirmée par les résultais de la peste expérimentale. On a obtenu une augmentation de virulence du bacille par son passage d'un cobaye à un autre. D'autre part, Yersin remarque qu'une culture sur gélatine peptonisée, difficile à mettre en train, devient aussi virulente — au moins dans certaines de ses parties — que le bacille extrait directement des bubons, une Ibis qu'elle s'est développée. 11 a observé, en outre, que, dans ces cultures, certaines colonies se développent plus vite que les autres; que ces colonies, qui ont poussé plus rapidement, contiennent un bacille atténué; et que, par des ensemencements sucessifs, on arrive à rendre ce bacille inoffensif pour le cobaye, quoiqu'il soit encore dangereux pour la. souris blanche. Le même observateur affirme avoir trouvé, au plus fort de l'épidémie de Hong-Kong, dans le sol des maisons visitées par la •peste, une bactérie douée de toutes les propriétés morphologiques et présentant les caractères de culture et de coloration du baciLUis pesùs, mais dépourvue de virulence. Ce fait, très important au point de vue étiologique s'il était confirmé, a été énergiquement nié par d'autres auteurs.

Toutes ces données naturelles et expérimentales indiquent une tendance prononcée du bacille de la peste à varier beaucoup de virulence; cette tendance pourra dans l'avenir être utilisée pour combattre la maladie.

Transmission par la voie digeslive. -r~ Les rats et les

sourisauxquels on faitabsorber des cultures, ou desfragments de foie ou de rate contenant le bacille de la peste, prennent la maladie et meurent en général avec les symptômes, les lésions et les bacilles caractéristiques.

Expériences de conlagion. — Yevsin a placé dans la même eage des souris saines et des souris inoculées. Ces dernières moururent d'abord, muis les autres succombèrent ensuite ;

j g PESTE nunONiQUE

il n'y avait donc plus ici inoculation, mais transmission par l'atmosphère, par contact ou par des parasites.

CondilioHS favorisant la contagion. - Les circonstances qui prédisposent le plus à l'extension d'une épidémie de peste sont l'extrême saleté et l'encombrement de la population Si le virus une fois introduit se trouve en présence de ces conditions, il tend à se répandre. Cependant il semble cme d'autres éléments soient encore nécessaires; <:ar même dans les cités d'Extrême-Orient les plus sales et les' plus peuplées, les épidémies s'éteignent spontanément sans qu'il se soit produit un changement apparent dans les habitudes ou le genre de vie des habitants. U est dilf.cile d'indiquer le rôle exact de la malpropreté et de 1 encombrement, mais l'expérience a prouvé que, dans de bonnes conditions hygiéniques une épidémie de peste n a aucune tendance à s'étendre, et inversement.

La saleté et l'encombrement impliquent la promiscuité des malades et des gens sains; une atmosphère émanations de malades; un mauvais état de » raie ; la souillure du sol par les déjections animales et a transformation en un excellent milieu de culture pou bacille; l'abondance de vermine de toute sorte; la p 1 tion d'une autre catégorie de parasites, tels que les lats et es souris, agents de transmission du virus; la négligence u sujet de la propreté corporelle, des blessures des memb es des vêtements, de la nourriture et de 1 eau. On compLnd combien toutes ces circonstances favorisent la multi-

Pl-"-^''^''''^"^'°"t"~t,. est loin d'être aussi Tt npste cruoiqLie « s attrapauL »,

eon ag e sL que la fièvre scarlatine, la rougeole, la vano le ou même le typhus. Le personnel médical et même le n miers dans les hôpitaux propres et aères, prennent la e m en '.a maladie, pourvu qu'ils n'aient pas de P>»-;;-H H ou'ilsne restent pas trop longtemps au voisinage imme dilt des maLdes. Dans les villes, les <,uartiers propres sont

ÉTIOLOGIE 199

généralement épargnés. Les dernières épidémies de Canton et de Hong-Kong en ont fourni un exemple typique : les quartiers eurojDéens et la population vivant sur des bateaux (relativement propres et bien aérés) furent pratiquement indemnes, tandis que la maladie se déchaîna sur les habitations indigènes, sales et surpeuplées, à quelques mètres de distance à peine.

Le fait que la peste peut être transmise aux petits animau.^ en leur faisant absorber des organes ou des cultures renfermant le bacille spécifique, a fait supposer que l'homme pouvait prendre la maladie par sa nourriture ou sa boisson. Kitasato a trouvé le bacille dans le contenu intestinal des malades. L'eau ou les aliments contaminés par des matières fécales peuvent donc être considérés comme susceptibles de communiquer l'infection.

Il paraîtrait qu'un certain degré de concentration du virus — comme il peut en exister dans l'inoculation directe au niveau d'une blessure — ou une exposition prolongée à des germes existant en abondance dans l'atmosphère, est nécessaire pour que rinfection soit effective. Les germes ne pénètrent pas cà travers un épidémie sans solution de continuité, comme le prouvent les examens posL moviem pratiqués impunément; mais il semble probable que, dans un grand nombre de cas, le bacille de la peste ait été introduit au niveau de plaies insignifiantes des membres inférieurs. On conçoit que les germes déposés sur le sol par les déjections et les dépouilles des hommes et des animaux atteints de peste et s'y reproduisant, puissent être transmis de cette manière. La position fréquente, comme on le verra plus loin du bubon initial au niveau des ganglions cruraux, confirme cette hypothèse. On comprend aussi comment les poux, les puces, les punaises et peut-être aussi les mouches peuvent transporterie germe d'une personne à une autre et l'introduire par leurs piqûres, ou produire des lésions cutanées superhcielles par où s'introduira le virus. Yersiu a observé

.^o^, J'ESTK liUliONiqUE

en éLudiant la peste au laboratoire de Uong-Kono, que les mouches y mouraient en grand nombre, leurs corps contenant en abondance- le bacille; il injecla à un cobaye du bouillon contenant une trituration d'une de ces mouches, et ranimai mourut rapidement avec tous les signes de la peste. SablonoNVski, dont les travaux, en 1884, ont en partie préparé la découverte de Yersin et Kitasato, remarque que, pendant l'épidémie qui sévit cette môme année en Mésopotamie, une certaine espèce de mouche apparut et disparut parallèlement à la peste; il considéra cet insecte comme un ao-ent actif de propagation de la maladie.

La peste parmi Les rats, etc.- De nombreux observateurs ont remarqué la grande mortalité, parmi les rats et parmi d'autres animaux, qui précède et accompagne es épidémies humaines de peste. Dans une étude sur l'épidémie récente de Canton [Chiaese înip, Mar. Castoms Gaz. Mecl. Bep n° 48), Rennie dit que les Chinois regardèrent la mortalité inaccoutumée qui se produisit parmi les rats comme un presaoe certain de l'extension de l'épidémie. Les rats disparurent complètement des quartiers mlectés où Ils pul "1--^ auparavant, tandis qu'ils commençaient à mourir dans les autres quartiers où la maladie se répandit P-/^;-^- !; ^ rats di Rennie, sorlaient de leurs trous même en plein ^, tournaient sur eux-mêmes d'un air affo é et mo— Certains fonctionnaires chinois firent recueillir les cadavie d ri ; en très peu de temps, l'un d'eux en récolta plus de

"^her (a.... I.P. Mar. Cast. ^a^'^f^^^ rapporte que, dans le Yunnan,la^— particulièrement remarquable. D autres ^^^'"^ .ussi dit-il; le bœuf, le mouton, le daim, le poic et le c h u ' r • . 1. nvdadie le chien. moins gravement et

contractent parlois la maladie,

moins fréquemment (p.e les autres.

1^,-ino-le (Bru. Med. Joiirii., 8 août 189b) dit que,

ÉriOLOGIE '^o'

tèreiil les villages avaul: Tan'ivée do la maladie, et que la population, instruite par Texpérience, vit dans cet exode un avertissement.

Clemow, dans une sérieuse étude dans le Journal of Tropical Medici ne (février 1902), lait observer la coïncidence d'épidémies de peste en Sibérie et en Mongolie, avec une maladie qui se produit chez une espèce de marmotte appelée tarbagan {Arctomyx lohax) commune et très chassée dans ces régions.

Ces faits, et d'autres du même genre concernant la présence de la peste chez les petits animaux, mettent en lumière Tun des modes d'extension de la maladie; et je crois qu'on devrait s'en préoccuper'pTus qu'on n'a fait jusqu'ici, en établissant des systèmes de quarantaine, et en étouffant la maladie dans toutes les localités déjà infectées. Je considère que la destruction complète de tous les parasites domestiques devrait aller de pair avec l'isolement des pestiférés (^).

Vâge, le sexe et le genre de vie ont une influence très minime sur la peste. Les très jeunes enfants sont sensibles à la maladie ; l'âge semble conférer une certaine immunité, la peste étant plus rarement acquise après cinquante ans que durant l'adolescence. Les femmes sont relativement plus souvent atteintes que les hommes, sans doute parce qu'elles restent confinées dans les endroits infectés.

La constitution géologique du sol paraît n'avoir aucune influence directe.

(') 11 est élabli que le maniement des rats récemment morts de la poste est très danjfercux, tandis qu'un rat mort depuis un certain temps, froid et raide, peut être louche inipuncnicn t. No serait-oc pas que les puces du rat mort depuis peu sont eiu:orc sur son cadavre et le qnitlcnt pour passer sur le corps du lunnipulaleur, appnrtanl sur leur trompe des bacilles do la peste, qu'elles introduisent en piquant leur nouvel hùle ? Lorsqu'un rat est mort depuis un certain ten\ps et que son corps s'est refroidi, les puces l'ont déjà abandonne pour un autre htUe ; de là 1 absence de danger à le manier. L(! fait que les gnng'lions dos uuMnbrcs inférieurs sont ordinairement les premiers engorgés, porte à ci-oiro que le virus est généralement mlrodiiil à travers la ])eau des pieds ou des jambes, qni .''onl juslemcnt les parties du corps les plus exposées iiux morsures d'une puce ramassée en se promennnt dans une pièce où des rais ou d'autres animaux sont morts de la pesle.

202 PESTE BUBONIQUE

La température atmosphérique, par son élévation ou son abaissement exagérés, semble avoir un efl'et répressif. Ainsi, en général, les épidémies d'Egypte et de Mésopotamie déclinèrent durant les fortes chaleurs et la sécheresse de l'été, celles d'Europe durant les rigueurs de l'hiver.

D'autre part, la peste, en plus d'une circonstance, a sévi pendant l'hiver en Russie ; et aussi, comme dans la dernière épidémie de Hong-Kong, durant la chaleur d'un été tropical. En somme, il paraît certain que des températures modérées, combinées à un certain degré d'humidité, sont les principales conditions atmosphériques favorisant la diffusion des épidémies de peste.

Vallilude au-dessus du niveau de la mer n'affecte pas directement la distribution générale de la maladie. Les tribus des montagnes, probablement en raison de leur pauvreté et de leur malpropreté, sont particulièrement sensibles aux épidémies. Dans les maisons, le rez-de-chaussée est plus dangereux à habiter que les étages supérieurs.

L'extension des épidémies de peste est particulière et ressemble à beaucoup d'égards à celle du choléra. La peste suit les routes commerciales. Quelquefois elle s'étend rapidement d'un point cà un autre; plus souvent elle se glisse lentement de village en village, de rue en rue ou de maison en maison. Quelquefois elle franchit une maison, un village ou un quartier, pour y apparaître plus tard. Des maisons ou môme des étages particuliers de maisons (Lowson) peuvent être infectés tandis que ceux du voisinage restent indemnes. Son extension dépend manifestement d'une infection locale plutôt que d'une transmission directe de personne à personne.

Symptômes. - Période d'incubation. - Les symptômes de la peste commencent à apparaître après une période d'incubation de deux à huit jours. On a dit que, dans des cas très rares, cette période pouvait aller jusqu'à quinze

SYMPTOMES '-^o*

jours. On a dit aussi que, dans des épidémies à morlalité très élevée, la maladie peut se déclarer trois ou quatre heures après qu'on s'est exposé à rinfection.

Période prodromique. — Il y a, dans certains cas, un stade prodromique caractérisé par la dépression physique et intellectuelle, l'anorexie, des douleursdes membres, desfrissons, des vertiges, des palpitations, et parfois aussi des douleurs sourdes dans l'aine, siège du bubon futur.

Période d'invasion. — Ordinairement la maladie s'établit avec une certaine brusquerie et présente comme symptômes la fièvre, une profonde lassitude, la céphalalgie frontale ou plus rarement occipitale, des douleurs des membres, du vertige, la somnolence ou parfois l'insomnie, les cauchemars. Les frissons sont rarement un symptôme important; plus souvent la maladie est annoncée par une légère sensation de froid. La face prend rapidement une expression particulière : les traits sont tirés et hagards, les yeux injectés, enfoncés et brillants, les pupilles souvent dilatées; quelquefois la physionomie revêt une expression de crainte ou d'horreur. Le malade, lorsqu'il peut marcher, se traîne comme un somnambule ou trébuche comme un homme ivre. Il se produit parfois des nausées et des vomissements, et, dans quelques cas, de la diarrhée.

Période de fièvre. — La période d'invasion peut durer un jour ou deux sans élévation sérieuse de la température. Néanmoins, en général, elle est de courte durée; elle peut même manquer complètement, la maladie s'établissant tout d'un coup sans frisson marqué, ni aucun autre avertissement. Le thermomètre monte assez rapidement à Sq"^ ou 4o% ou môme à 4i°5, avec une accélération correspondante du pouls et de la respiration. L'élévation de la température se fait plus graduellement que dans la fièvre paludéenne. La peau est maintenant sèche et brûlante, la face boursoufflée, les yeux encore plus injectés, enfoncés et fixes, l'ouïe émoussée. La langue est tuméfiée et couverte d'un enduit crémeux, qui

204 PESTE DUIiOMQL'E

se sèche rapidement et devient brun ou môme noirâtre; des fuliginosités se forment sur les dents et autour des lèvres et des narines. La soif est intense, la prostration extrême; le patient, par suite de^on état de faiblesse excessive, est incapable de se faire entendre distinctement. Quelquefois le malade est pris de délire; plus souvent il tombe dans un état de stupeur et de prostration typhoïde, avec carphologie. Le délire est parfois furieux, parfois halluciné, parfois un murmure à voix basse. Il peut se produire du coma, des convulsions, quelquefois tétaniques, de la rétention d'urine, des soubresauts tendineux, et d'autres phéno-. mènes nerveux. Dans certains cas, les vomissements sont nombreux ; il y a tantôt de la constipation, tantôt de la diarrhée. La rate et le foie sont généralement augmentés de volume. L'urine est peu abondante, mais contient rarement plus que des traces d'albumine. Le pouls, d'abord plein et vigoureux, perd rapidement de sa force dans la majorité des cas et devient petit, fréquent, irrégulier, dicrote, intermittent. Dans les dernières phases, le cœur peut être dilate, le premier son faible ou absent. Souvent, à l'approche de la mort, il peut se produire un certain degré de cyanose..

Période cradénile. -D^ns un nombre de cas variant entre les deux tiers et les neuf dixièmes, le bubon ou les bubons caractéristiques se développent généralement dans les vingtquatre heures, quelquefois des premières heures au cinquième jour. D'ordinaire (70 p. 100) le bubon se forme dans l'aine plus fréquemment du côté droit, et affecte un ou plusieurs des ganglions cruraux ; plus rarement (ao p 100), il est situé dans les ganglions axillaires, et encore plus rarement (10 p. 100) on le trouve, surtout chez les entants a l'ano-le de la mâchoire inférieure. Les bubons sont d ordinaii^e unilatéraux; cependant ils se forment simultanément des deux côtés du corps dans environ un huitième des cas. Très rarement il se forn.e des bubons au niveau des gancHions épitrochléens ou poplités, ou dans ceux de la racine

LE nUIlOX PESTEl'X

(lu COU. Parfois il s'en produit à la l'ois dans diiïérenLes parties du corps.

Les bubons varient beaucoup de dimensions. Dans certains cas, ils ne dépassent pas le volume d'une noix ; dans d'autres cas, ils atteignent celui d'un œuf d'oie. La douleur qu'ils causent est souvent très pénible-; d'autre part, ils sont à peine ressentis parfois. Outre le gonflement d u a n 1 1 o n lui-même, il y a le plus souvent une in/iltration distincte du tissu conjonctif environnant.

Dansun très petitnombre de cas se développe, en diverses parties du tégument, une lésion appelée ordinairement « charbons », qui est en réalité de la gangrène humide envahissant graduellement des aires plus étendues de la peau (Lowson). Ces charbons se produisent soit au début soit beaucoup plus tard dans le cours de la maladie. Quelquefois ils s'escarrifient et conduisent à une vaste gangrène.

Dans les cas favorables, tôt ou tard après l'apparition du bubon, les symptômes constitutionnels s'amendent et une sueur profuse s'établit. La langue redevient humide, le nombre des pulsations et la température s'abaissent, et le léger délire qui a pu exister disparaît. Le bubon continue pourtant à s'accroître et à se ramollir. Au bout de quelques jours, si on ne l'incise pas, il s'ouvre et donne issue à du pus et à des escarres, quelquefois d'une odeur très désagréable. Dans de rares exemples la suppuration ne se produit qu'après des semaines ; et, dans certains autres, le bubon se résorbe au bout de quelques semaines, ou même de quelques mois, sans s'être ouvert au dehors. La convalescence, quand elle se produit, s'établit du 6" au io°jour, quoiqu'elle puisse n'avoir lieu qu'après une quinzaine ou trois semaines. Parfois à la fièvre initiale succède un état septicémique avec furoncles, abcès, phlegmons, parotiditcs ou adénites secondaires. Les plaies qui succèdent aux bubons et aux abcès de la peste sont indolores et peuvent mettre des mois à se cicatriser.

ao6 PESTE BUBONIQUE

Des hémorragies de différentes sortes sont un symptôme assez commun dans la peste. On trouve souvent des épanchements ecchymotiques, d'une teinte pourpre ou rouge sombre, variant de la grandeur du chénevis à celle d'une pièce de do centimes, répandus sur la peau en plus ou moins grande profusion, .en particulier, d'après Lowson, sur les parties du corps exposées aux piqûres d'insectes ou aux blessures, et au siège môme de ces lésions. De plus larges ecchymoses peuvent se produire, mais elle sont rares. Il peut y avoir des hémorragies nasales, buccales, pulmonaires, intestinales ou rénales. Ces symptômes se produisent en grande abondance dans certains cas; on les regarde comme la preuve de la sévérité de fépidémie. En particulier, une mortalité élevée est de règle lorsque les hémoptysies ou la pneumonie sont un symptôme fréquent.

Vavortemeiit se produit presque invariablement chez les femmes enceintes ; le fœtus présente parfois les signes de

la maladie. •

La mon peut survenir à tout moment dans le cours de la maladie. Elle arrive ordinairement entre le 3Vet le 5^ jour, avec les symptômes d'une adynamie profonde, d'un arrêt du cœur, ou à la suite de convulsions, du coma, d'hémorrao-les internes, ou plus tard, à la suite d'un épuisement cause par la fièvre, la suppuration ou les . hémorragies secon-

daires. -

D'autre part, dans une certaine proportion de cas la convalescence s'établit et progresse plus ou moins rapidement. Généralement elle nécessite de grands soins, étant prolongée par la suppuration, la gangrène, ou de semblables complications.

Peste foudroyante. - Dans, le type de peste qui a reçu ce nom, la maladie est rapidement mortelle : la n,ort se produit dans les douze ou vingt-quatre P'-"-"^ '"^f avant même qu'un bubon ait eu le temps de se développer..

srMPTOMES 207

Peste à forme pneumonique . — Go type, qui a récemment étéétuclié par Gliilde, est particulièrement dangereux, non seulement pour le malade, mais encore pour son entourage, à cause de la multitude de. bacilles expulsés à chaque expectoration, et parce que les symptômes cliniques, différents de ceux de la peste typique, peuvent amener la confusion avec des affections pulmonaires quelconques. La maladie commence par un frisson, du malaise, une céphalée intense, des vomissements, des douleurs diffuses et de la fièvre. La toux et la dyspnée apparaissent, accompagnées d'une expectoration abondante, aqueuse et sanguinolente. Les crachats ne sont pas visqueux et rouillés comme dans la pneumonie ordinaire. Des râles humides s'entendent à la base des poumons, la respiration se précipite, les autres symptômes s'aggravent rapidement, le délire s'établit, et le malade meurt en quatre ou cinq jours. Telle est la forme la plus fatale, et, dit-on, la plus infectieuse de la peste.

Peste abortive ou larvée (peste ambulatoire). — Certaines épidémies se distinguent par la bénignité de la plupart des cas. Les bubons se forment et suppurent ou se résorbent, les symptômes associés étant assez légers ou ■pouvant môme manquer complètement. Dans chaque épidémie il peut se produire des cas dans lesquels le malade ne présente guère qu'une fièvre légère et ne paraît pas souffrir beaucoup de son affection. Cependant ces cas à allure bénigne peuvent devenir subitement mortels.

L'apparition d'épidémies de bubons avec des symptômes constitutionnels peu accentués ou môme absents, précédant et suivant la peste vraie, a déjà été signalée (p. 196). Ces cas sont d'une grande importance au point de vue de la prévention de la maladie imminente.

Les rechutes, quoique rares, peuvent se produire et sont dangereuses.

PESTE DUDOMQUE

Mortalité. - La morlalité varie dans les diverses épidémies Elle atleint ordinairement son maximum au commencement et au plus fort de Tépidémie. Sans compter les cas bénins dont nous venons de parler, la moyenne des décès varie de 60 à p. .00 des malades. Elle paraît dépendre surtout de la condition sociale du patient, des soins qui lui sont donnés et de la dose initiale de virus. Ains. dans la dernière épidémie de Hong-Kong, tandis que le chiffre des décès parmi les Chinois mal nourris, entassés, malpropres et presque pas soignés montait à 93,4 P- 100, il était seulement de 77 P- P-^-- P'""^ ^""^Tl" x8 . chez les Européens ; cette gradation correspond bien

aux conditions générales, hygiéniques et sociales, de ces diverses nationalités.

Anatomie pathologique et pathogénie. - A l'autopsie ,ru„ individu mon de peste, ou trouve tout d abord su h surface de la peau de «ombreuses lâches ou plaques ecchjmô Lues Leur nombre et leur étendue varient, semble-t-il, rX dilTérentes épidémies. Quelquefois com,«e dan la récente épidémie de Hong-Kong (Lovvson) - elles sont ares et insignifiantes et sont surtout produites comme nous avons dit par les piqûres d'inseetes. Dans d'autres epulemTes Ven croire 1 urs bistorieus, les hcmorrag.es sous- " :;ées ont été . la fois étendues et nombreuses ; de la le n n < peste noire „ donné autrefois . cette mala te. Les

: bons caractéristiques sont S^"^-'--' ^fP^^f ^b ■ f ;1 V -, aussi des furoncles, des pustules et des aBtc.. L?riiidi é ad vérique est d'ordinaire modérée ; quelque o.s d s contactions musculaires se produisent post ,nor,e,n

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