KALA-AZAR
Le terme de kala-azar (fièvre noire) a été appliqué à une maladie mal définie et à mortalité élevée qui a fait des ravages ces dernières années en Assam, dans la région basse et impaludée qui s'étend entre le Brahmapoutre et le pied des collines de Garo dans le district de Gaolpara. Ayant débuté dans le district de Rungpore vers 1887, et résultant, d'après Rogers, d'une extei*sion de l'épidémie de Burdwan au Bengale, elle traversa le Brahmapoutre et pénétra dans l'Assam où elle s'étendit graduellement, dépeuplant des villao-es entiers, augmentant sérieusement la mortalité et s'opposant à la marche des affaires dans la région.
D'après Giles, qui fut envoyé en mission par le gouvernement local pour étudier la question, le kala-azar est une maladie épuisante à marche lente, caractérisée par une débilité de plus en plus prononcée ; des attaques de fièvre intercurrentes mais rarement graves ; l'hypertrophie de la rate; une coloration plus foncée de la peau; et enfin diverses affections hydropiques. Un symptôme constant est l'extrême anémie.
La température reste au-dessous de la normale, sauf pendant les fièvres passagères. Giles regarde ces fièvres et l'hypertrophie de la rate non comme des symptômes essentiels, mais plutôt comme des complications paludiques accidentelles, comme on peut en prévoir au cours de toute maladie débilitante dans un pays si notoirement impaludé.
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La coloration foncée de la peau — qui a probablement donné son nom à la maladie — serait duc à la teinte plombée produite par l'anémie et renforcée par la saleté accumulée sur la peau d'indigènes malpropres et naturellement bron-
zes.
Giles a trouvé des œufs à' Aiikylostomum duodenale dans les fèces de presque tous les malades examinés. Influencé par ce fait et par l'anémie qui était chez tous un symptôme marqué, il a regardé le kala-azar comme étant simplement une forme grave d'ankylostomiase.
Rogers, d'autre part, après avoir fait remarquer que l'ankylostome est extrêmement abondant en beaucoup de régions de l'Inde où le kala-azar est inconnu, combat l'opinion de Giles et affirme que la maladie en question n'est qu'une forme de paludisme, impossible à distinguer de la malaria ordinaire à son début. Il a trouvé constamment l'hématozoaire dans le sang des malades et a toujours constaté à l'autopsie une pigmentation malarique très marquée du foie, de la rate et des reins. Rogers affirme, en outre, que le kala-azar est toujours introduit dans les villages jusque-là indemnes par quelqu'un qui l'a contracté dans un village infecté ; les deux ou trois premiers cas, dit-il, se produisent dans la maison même où le malade est venu habiter. Il a constaté de plus que le parasite de la forme de paludisme appelée kala-azar étant beaucoup plus virulent que celui de la fièvre ordinaire de l'Assam, produit une cachexie aussi avancée en quelques mois que celle produite en plusieurs années par le parasite ordinaire. Il considère aussi que le germe a acquis, par son intensification, des propriétés infectieuses, et qu'il est capable de passer directement du malade à l'homme sam par l'air ou par le sol. Il est difficile de comprendre, néanmoins, comment une révolution biologique aussi importante a pu se produire dans les caractères de l'hématozoaire.
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D'autres auteurs sont d'accord avec Giles pour nier la nature paludique du kala-azar. Gibbons, par exemple [Iiid. Med. Gaz., ']Q.\\\ieY 1890), décrit l'autopsie pratiquée dans un de ces cas, et montre explicitenent qu'il n'y avait aucune pigmentation de la rate.
Ross, qui fut envoyé en 1898 par le Gouvernement de rinde pour étudier la maladie, considère que le kala-azar et un état analogue appelé « kala-dunkh » sont en réalité des formes de cachexie post-malarienne semblables, sinon identiques par leur nature aux états cachectiques qu'on rencontre dans d'autres pays palustres. Il a constaté que les gens sujets au kala-azar ont présenté auparavant tous les symptômes d'une infection paludique ordinaire, y compris la présence de l'hématozoaire dans le sang; que plus tard les parasites ont disparu, mais qu'une hyperplasie chronique du foie et de la rate s'est alors établie, avec des périodes de fièvre quotidienne symptomatique, produisant une profonde cachexie et la mort. J'ai constaté le fait chez deux Anglais qui étaient revenus malades de l'Assam. Tous deux avaient eu jadis des accès de paludisme ; tous deux présentaient de l'hypertrophie du foie et de la rate, des retours périodiques de fièvre quotidienne (sans qu'il y eût de parasites dans le sang et sans que la quinine eût aucune action), accompagnés de sueurs profuses, d'une anémie profonde, d'une coloration foncée de la peau et d'amaigrissement. L'un mourut d'embolie cérébrale, l'autre d'épuisement. Le kala-azar peut être le résultat d'une double infection, le terrain étant préparé pour la seconde infection par l'invasion paludéenne primitive.
^ Il est évident que l'on a encore beaucoup à faire pour que l'étude clinique, étiologique et pathologique du kala-azar soit complète et pour que sa vraie nature puisse être bien définie. Il est certain que cette maladie n'a aucun rapport avec le béribéri ou l'ankylostomiase, comme on l'avait d'abord affirmé.
typhoïde tropicale