MALARIA : EXAMEN 'MICROSCOPIQUE DU SANG
Avant de commencer l'étude du sang paludique,il est bon que le débutant se familiarise avec Faspect microscopique du sang- normal, dans les préparations fraîches ou colorées. Il devra apprendre à reconnaître les diverses variétés de leucocytes; à apprécier les différences de couleur, de dimension et de forme des hématies ; à distinguer les taches, les vacuoles, les formes dentelées et tous les aspects produits arLificiellemcnt. La possession de ces détails, dès le début, évitera bien des sources d'erreur.
Pour bien comprendre les principes d'après lesquels on fait des examens de sang pour la recherche et l'étude de l'hématozoaire, il est nécessaire d'avoir présent à l'esprit que le parasite est intraglobulaire. Pour le voir à l'aide du microscope, il est donc nécessaire, surtout pour le débutant, de s'arranger de façon qu'une partie des globules, dans la préparation, reposent à plat sur la lame, en une seule couche, et présentent à -l'observateur leur surface et non leurs bords (fig. 9.3). C'est en grande parlie par ignorance de ce principe fondamental que tant d'observateurs no réussissent pas à trouver l'hématozoaire.
Préparation de sang liquide. — Pour arriver à disposer ainsi les globules dans les préparations de sang frais, nous recommandons le procédé suivant cpii doit être observé scrupuleusement dans loiîs ses détails.
Nettoyez complètement à l'alcool trois ou quatre lamelles minces et autant de lames ; recouvrez-les immckliatement à l'aide d'un récipient convenable de manière à les mettre à l'abri de la moindre poussière en suspension dans l air. Nettoyez à l'alcool l'extrémité d'un doigt du malade et essuyez-la. Piquez la pulpe du doigt avec une aiguille propre, et enlevez en l'essuyant la première goutte qui s'écoule. Alors doucement, avec l'index et le pouce, pressez la pulpe du doigt et faites
Fig. ^3. — Micropliotographie monli-;mt la disposilion nécessaire des globules rouges pour la recherche de l'hémaLozoaire. A droite du globule blanc, dans le centre de la préparation, on aperçoit un globule rouge au.x trois-quarts rempli par un hématozoaire (fièvre tierce bcnigae). (D'après
D'' COSKNS).
sourdre une seconde gouttelette de sang ; celle-ci doit être très petite, pas plus grosse qu'une tête d épingle. Touchez légèrement la gouttelette avec le centre d'une lamelle, en ayant soin que celle-ci ne vienne pas au contact de la peau, et renversez iramédialement la lamelle sur une lame. N'exercez aucune pression pour étaler le sang. Si les verres et le doigt sont tout à fait propres, le sang s'étendra aussitôt de luimême en une mince couche. 11 est quelquefois plus commode de prendre du sang au lobe de l'oreille, ou, chez les enfants, au gros orteil.
Il faut faire plusieurs préparations ; on obtiendra chaque
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l'ois du sang en exerçant à nouveau une faible pression sur rextrémilé du doig-t.
Après avoir attendu quelques minutes, pour permettre au sang de se répandre complètement entre la lame et la lamelle, il est bon de lutcr la préparation avec de la vaseline. On arrêtera ainsi tout mouvement, toute évaporation du sang et, par suite, les globules ne seront pas trop comprimés et Fexamen sera o-randement facilité.
En préparant les lames, ayez soin de stériliser l'aiguille que vous emploierez, pour éviter de graves accidents. Il n'est pas nécessaire de stériliser les lames et lamelles employées.
Caractères d'une préparation réussie. — En regardant à la lumière une préparation réussie, une ou plusieurs régions, composées chacune de trois zones (chacune de ces zones empiétant sur la voisine) peuvent être aperçues à l'œil nu. Chaque région renferme une zone périphérique d'une teinte rougeâtre, une zone moyenne ayant un aspect' irisé et une zone centrale absolument incolore. On reconnaîtra qu'une préparation est réussie à la présence de ces zones. On doit rejeter les préparations qui ne présenteraient pas cet aspect ; on perdrait son temps à les examiner.
En examinant au microscope des préparations réussies, on verra que la zone ou région centrale contient peu ou point de globules rouges. On peut la désigner sous le nom de « zone' vide ». En partant de cette zone vers l'extérieur, on rencontrera d'abord une région occupée par des globules disséminés, isolés, comprimés et très étendus, « zone dos globules disséminés ». IMus loin, les globules deviennent plus nombreux et moins coin j)rinu''s (lig. En poursuivant l'examen de la hune, ou voit (|ue les globules, graduellement, se rapprochent les uns (h's autres jusqu'à ce que, finalement, ils en arriv(Mil à se toueluM- par leur périphérie, « zone en couche uni(|ue ». IMus h)iii, bicui (|ue les globules
soient encore à plat, on les voit s'entasser ou empiéter les uns sur les autres, « zone des globules entassés ». Au delà, les globules sont empilés en rouleaux, « zone des rouleaux ». A l'extrême limite de la jDréparation, les globules tendent à éclater et à s'accoler entre eux de manière à former une bande étroite d'hémoglobine libre, les globules individuels ne pouvant parfois être distingués, « zone de l'hémoglobine libre ». On devra étudier chacune de ces zones, car chacune apporte son enseignement particulier dans l'étude de l'hématozoaire.
Examen microscopique . — Le débutant épargnera son temps s'il peut pretidre une ou deux leçons auprès de quelqu'un de familier avec la technique spéciale et avec les formes du parasite dans le sang. La pratique apprend seule à faire vite et bien. C'est une bonne chose que de s'exercer d'abord à faire des préparations avec son propre sang.
On emploiera avec succès pour l'examen un objectif 1/12 à immersion homogène, un oculaire faible, un condensateur Abbé et un éclairage modéré.
On n'a pas toujours le choix du malade, mais, si c'est possible, on prendra de préférence pour les premiers examens un cas de fièvre quarte, ou, à défaut, une fièvre tierce bénigne bien définie. Si l'on ne peut avoir aucun de ces deux cas, on s'adressera avec fruit à un cas ancien de malaria récurrente avec cachexie marquée. Il vaut mieux examiner le sang du malade un peu avant ou pendant la période de frisson. Dans les fièvres quartes et dans les tierces bénignes, on aura, au moment indiqué, peu de difficulté à découvrir de grands hématozoaires ; l'attention, en pareil cas, est attirée sur les parasites relativement larges par l'abondance du pigment à gros grains qui y est contenu. Dans le sang des paludéens cachectiques qui ont des rechutes d'accès fébriles, il est généralement facile de trouver des croissants et des sphères dérivées des croissants, car cette forme de
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parasite aUeint des dimensions considérables, contient beaucoup de pigment et possède une forme frappante et bien définie.
Quand le débutant aura appris à reconnaître une des formes du parasite, il commencera à apprécier quelle sorte de corps il a à rechercher; ensuite il pourra compléter lui-môme son instruction, et découvrir les petites formes intermédiaires.
En procédant à un premier examen de sang liquide, le débutant, tout d^abord, portera son attention sur la « zone en couche unique ». Il passera en revue, champ par champ, toute cette zone, examinant très soigneusement Tintérieur de chaque globule rouge, chaque leucocyte et chaque corps pigmenté, môme non inclus dans un globule. Il ne doit pas s'attendre à trouver des parasites dans chaque globule, ni môme dans chaque champ microscopique ; il ne doit pas surtout s'attendre, comme cela arrive d'habitude aux commençants, à rencontrer sur chaque lame ces formes de sporulation d'une belle régularité ou a corps en rosace » ni les étranges corps à flagelles qui nous ont été rendus familiers par de nombreux dessins. De pareils corps, bien que chez chaque malade on en trouve à un moment ou à un autre, sont ceux que l'on rencontre le moins communément parmi toutes les formes de l'hématozoaire ; on les rencontre seulement dans des conditions bien définies, mais non pas d'une manière constante, et un examen clinique ordinaire ne les met pas souvent en évidence.
Dans la plupart des cas, on trouve le parasite dans le premier ou le second champ examiné ; mais parfois on est obligé de passer en revue une douzaine de champs avant de rencontrer un seul hématozoaire. Néanmoins, on ne peut pas afiirmer qu'un examen est négatif avant d'avoir au moins passé une demi-heure sur plusieurs lames convenablement préparées.
Les parasites inlraglobulaircs (|uc Ton ronoonlre lo
plus fréquemment se présentent soit sous forme de petites taches de protoplasma pâle, soit sous forme de masses plus volumineuses de protoplasma pâle, contenant des grains de pigment noir. Un examen minutieux montre que les premières taches sont animées de mouvements amiboïdes actifs et qu'elles changent continuellement de forme et de position dans les globules infectés. Gomme ces mouvements sont une preuve importante de la natiu^e parasitaire des corps examinés, il faut les rechercher attentivement. Ces taches de protoplasma ont l'aspect de petits barbouillages de peinture blanche sale qui aurait déteint; à demi cachées par Fliémoglobine, elles sont parfois difficiles ^ voir. En réalité, leur nature parasitaire est déterminée\par leurs mouvements, par leur contour imprécis etmal défini, etpar ce fait que, dans leurs déplacements successifs, elles se présentent comme de petits anneaux blancs très distinctement visibles dans l'hémoglobine du globule. Ces caractères permettent de les distinguer facilement des vacuoles parfaitement définies, claires, sans mouvements (fig. 24). Les autres formes communes — parasites pigmentés intraglobulaires, petits ou grands — occupent des aires variables depuis la sixième partie jusqu'à presque toute la surface des globules infectés. On les reconnaît à leur protoplasma pâle, aux particules de mélanine qui y sont éparpillées ou qui sont concentrées à leur intérieur (période de frisson) et à leurs mouvements amiboïdes plus ou moins actifs. Dans les fièvres quartes et tierces, mais surtout dans les premières, on voit parfois des formes de sporulation en rosace.
Recherche des corps flagellés dans le sang. — Lorsque l'étudiant se sera familiarisé avec ces formes et se sera bien persuadé de ce fait que les formes de sporulation ne se rencontrent habituellement qu'au stade de frisson et immédiatement avant ou après ce stade, il essayera de suivre le premier stade extra-corporel ou stade du mousiique. Autant que