CHAPITRE XVII
IIYDROPISIE ÉPIDÉMIQUE
Dèûnition et description. — Maladie spécifique, épidémique et transmissible, d'une durée de trois à six semaines, caractérisée par l'apparition soudaine d'anasarque, précédée le plus souvent de fièvre, vomissements, diarrhée, ou d'irritation cutanée, et souvent accompagnée d'une éruption, d'une fièvre légère à type rémittent, de troubles intestinaux et d'anémie prononcée. La mortalité varie de 2 à 4o p- 100 ; la mort se produit brusquement par suite d'un œdème pulmonaire, d'un liydrothorax, d'un hydropéricarde ou d'autres complications pulmonaires et cardiaques.
Historique et distribution géographique. — La descrip tion sommaire qui précède est tirée principalement d'un mémoire de Mac Leod [Traiis. Epiclem. Soc. Lan. N. S., vol. XII) sur une maladie qui apparut à Calcutta, probablement pour la première fois, dans les saisons froides de 1877-78, 1878-79 et de 1879-80. Elle disparut chaque fois à l'arrivée de la saison chaude. La même maladie éclata à Shillong (Assam), à I 5oo mètres d'altitude, en octobre. 1878 ; à Dacca, en janvier 1879; sud de Sylhet, en 1878-79, pendant la saison froide ; et à Maurice (Lovell et Davidson), où elle fut importée de Calcutta, en novembre 1878. On n'a pas de relations certaines de son apparition en d'autres régions, quoique de vagues Assertions semblent indiquer sa présence en divers autres points de l'Inde. A Maurice elle sévit jusqu'en juin 1879,
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attaquant près du dixième de la population coolie et causant 729 décès, soit une moyenne de 2 à 3 p. 100. A Sylhet, il n'y eut pas de morts; à Shillong également, la mortalité fut insignifiante ; mais à Calcutta, la moyenne des décès atteignit 20 à 40 p. 100 des malades. Les coolies et les indigènes étaient seuls affectés ; les Européens restèrent complètement indemnes. A Calcutta la maladie fut confinée à un quartier particulier; là elle attaqua des familles et des groupes de population, et s'étendit lentement, mais ne se répandit jamais d'une manière générale sur toute la ville. Elle n'a pas reparu à Calcutta depuis 1880, ou tout au moins elle a été inaperçue.
Symptômes spéciaux. — Vhydropisie fut presque toujours présente. Elle apparaissait ordinairement tout d'abord dans les jambes, et y restait confinée dans quelques cas; ou bien . elle s'étendait et envahissait tout le corps. Parfois elle était très persistante et reparaissait même durant la convalescence.
La fièvre était aussi un symptôme très constant; quelquefois elle précédait, d'autres fois accompagnait ou suivait Thydropisie. La température s'élevait rarement très haut et variait d'ordinaire entre 37°5 et 39°; dans quelques cas, elle atteignit 4o° — peut-être par suite de complications palustres. Il n'y avait ordinairement pas de frissons.
La diarrhée et les vomissements furent des symptômes précurseurs dans l'épidémie de Maurice. A Calcutta, ces symptômes furent moins fréquents, mais existèrent néanmoins, et se produisirent aussi bien au début que dans le cours de la maladie. La dysenterie était commune dans l'épidémie de Calcutta.
Des symptômes nerveux — que sensations de brûlure, de piqûre, de démangeaison et de distension de la peau, limitées quelquefois à la plante des pieds - précédèrent souvent l'hydropisie. I^es douleurs musculaires, osseuses
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et articulaires très pénibles, étaient IVéquenles, avec exacerbations nocturnes. L'anesLhésie de certaines régions cutanées et la parésie des muscles ne furent jamais observées à Maurice. Ilarvey remarqua à Calcutta deux malades présentant des symptômes paréliques douteux; ce sont les seuls cas mentionnés comme présentant quelque chose de semblable aux symptômes parétiques si marqués dans le béribéri.
Un exaiitliènie érythémateux sur la face, rubéoloïde sur le tronc et les membres, fut fréquemment constaté à jMaurice, moins fréquemment à Calcutta. Il apparut environ une semaine après Tœdème, et dura de dix à douze jours.
Circulation et vespiraLion. — Les troubles du cœur et de la circulation furent très prononcés dans la plupart des cas. Le pouls était faible, souvent rapide et irrégulier; des bruits anormaux du cœur furent aussi observés. La dyspnée d'effort se produisit dans tous les cas ; une sévère orthopnée dans un grand nombre. Les signes d'effusion pleurale et péricardique, d'œdème des poumons, de pneumonie et de dilatation cardiaque étaient communs à Calcutta.
L'anémie était d'ordinaire assez prononcée; de même la prostration etl'amaigrissement. Des symptômes scorbutiques apparurent quelquefois.
Le foie, la rate et les rei/is n'étaient pas spécialement affectés. L'urine était rarement albumineuse.
Anatomie pathologique. — A part l'œdème général et les effusions pleurales et péricardiques en certains cas, rien de spécial ne fut observé post-mortem.
Etiologie. — Les deux sexes étaient attaqués; les enfants impubères étaient moins sujets que les adultes; les nourrissons étaient rarement atteints. Les personnes faibles ou robustes étaient également susceptibles. On n'a pas fait d'observations directes sur le germe de la maladie; on n'a que des preuves indirectes mais évidentes de sa contas-io-
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site. L'agent pathogène est-il Iransmissible directement d'homme à homme, ou bien le germe ou son produit exiget-il l'intermédiaire d'un milieu encore inconnu, c'est ce qui n'a pu être établi. La preuve que ce germe peut rester latent pendant une période considérable est fournie par l'histoire des épidémies successives de Calcutta. La maladie pourrait n'avoir pas été très contagieuse, étant donné que pas un médecin ou un infirmier n'en fut atteint, et que, sauf dans le cas de l'ile Maurice, elle s'étendit très lentement.
Identité de la maladie. — Mac Leod, après une analyse très attentive des observations sérieuses, conclut que l'hy- * dropisie épidémique est une msAd^àie s ai generis. Au moment de son apparition à Calcutta, un grand nombre de médecins la considérèrent comme une forme du béribéri; et, en fait, elle ressemble à beaucoup d'égards à ces cas de béribéri où l'hydropisie est un symptôme prononcé, et chez lesquels les phénomènes nerveux sont légers ou complètement absents. Mais, dans les épidémies de béribéri, ces cas sont exceptionnels et il existe en même temps d'autres cas à phénomènes nerveux très marqués, et des cas purement atrophiques. Dans les épidémies de béribéri, la mortalité est beaucoup plus élevée qu'elle ne le fut dans les épidémies de Maurice, de ShiUong et de Sylhet. Enfin le béribéri est une ■ maladie beaucoup plus chronique, ne s'accompagne d'aucune éruption et d'aucune fièvre bien prononcée.
Traitement. — En l'absence d'une connaissance précise de la cause et de la pathogénie de l'hydropisie épidémique, le traitement ne peut être que symptomatique. Les purgatifs légers, la digitale, s'il y a des signes de faiblesse cardiaque, et l'usage occasionnel des nitrites dans les accès d'apnee, pourront rendre des services. Pendant la convalescence, le fer et l'arsenic sont indiqués.