‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 62 sur 136 · LKTHARGIE AFRICAINE OU MALADIE DU SOMMEIL · texte numérisé non relu

LKTHARGIE AFRICAINE OU MALADIE DU SOMMEIL

Définition. — Maladie probablement limitée aux régions tropicales de TAfrique occidentale. Caractérisée par une léthargie lentement progressive et par d'autres phénomènes nerveux pathologiques. Après une marche chronique, elle se termine par la mort.

Distribution géographique. — Dans l'Afrique occidentale, les limites septentrionale et méridionale de l'aire endémique sont respectivement la Sénégambie et Saint-Paul de Loanda.

La maladie est extrêmement abondante dans certaines régions, quoique dans les régions voisines elle puisse être complètement absente. De récentes relations du Bas-Congo nous montrent son extrême fréquence dans cette contrée ; nous avons aussi un petit nombre d'observations recueillies dans le haut du cours de ce fleuve. Récemment on en a rapporté un cas qui s'est produit dans le Haut-Niger à Tombouctou('). Corre nous dit qu'elle est très commune dans certains points de la Sénégambie. Elle serait inconnue dans la partie inférieure du Niger (Crosse), à l'embouchure du Congo, à Sierra Leone, et dans un grand nombre d'autres endroits dans la zone endémique générale. Elle ne sé-

{ ) Le D-- Emily (Aic/i. de Méd. Nai>., y.» scmcstro H)Oo) a observé 3 cas de mnliulio du sommeil chez des lirnillours scnétralais de là mission Marchand sur les bords du Soueb, al'lluciiLdu Nil. d. l.) '

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journe pas constamment au même lieu, mais, après avoir décimé un village, elle peut disparaître temporairement, et émigrer, pour ainsi dire, à quelque village voisin. Des renseignements précis manquent sur ce point et sur beaucoup d'autres concernant cette intéressante maladie. On sait très bien, cependant, qu'elle existe à Tétat endémique et qu'elle peut éclater épidémiquement. La terreur des indigènes à ce sujet est si grande qu'ils abandonnent quelquefois leurs villages lorsque la maladie éclate parmi eux. Une particularité de la maladie du sommeil est la suivante : quoique Ton ne puisse en être atteint que dans certaines régions, parfois les s}anptômes apparaissent pour la première fois dans une tout autre contrée, et plusieurs années (jusqu'à sept au dire des nègres) après qu'on a quitté la zone endémique. Par exemple, un nègre habitant la zone endémique peut quitter son pays, faire un voyage en Europe ou aux Antilles, y rester en bonne santé apparente pendant plusieurs années, et puis, à la fin de ce terme, présenter pour la première fois les symptômes caractéristiques, et finalement mourir de la maladie. Au temps de la traite des esclaves, la maladie du sommeil était fréquente chez les nègres aux Indes occidentales ; mais on ne l'a jamais observée chez ceux qui étaient nés dans ce pays et n'avaient jamais voyagé en Afrique; elle ne se rencontrait que chez les nègres venus d'Afrique ou qui y avaient résidé un certain temps. Par conséquent, quoique les symptômes puissent se développer n'importe où, la maladie est bien strictement endémique. Elle n'est pas exclusivement confinée à la race nègre, mais seulement au pays noir. On l'a observée chez des mulâtres et des Maures, peut-être aussi chez des Européens. Elle est inconnue comme endémique au iNord, a l'Est et au Sud du continent africain, et reste limitée apparemment, comme je l'ai indiqué, aux bassins du Sénégal, du Nio-er, du Congo et des petits fleuves intermédiaires.

SYMPTOMES 3i5

Symptômes. — La maladie du somuieil débute ordinairement d'une manière très insidieuse.

Plus rarement elle est annoncée par une série d'accès épi-

i''ig- — jNugre du Cougu alleiiil de la maladie du sommeil. (D'après une photographie.)

leptiformes, parfois par une crise maniaque. Ceux qui ont l'expérience de cette maladie passent pour pouvoir la reconnaître dès ses débuts. Le malade (fig. 89) présente un aspect

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apathique et morose particulier, une expression de physionomie assez mélancolique, une certaine bouffissure de la face, une chute des paupières supérieures ; il a une tendance aux maux de tête, aux attaques de vertige, à des accès de fièvre très passagers, quelquefois à la diarrhée et à d'autres troubles intestinaux. Peu à peu, après une période variable de quelques semaines ou de quelques mois, il commence à éprouver une grande lassitude, et un dégoût ou une incapacité à accomplir sa besogne quotidienne; généralement aussi, il a envie de dormir et est pris par le sommeil à des heures inaccoutumées. 11 peut s'endormir au milieu de son travail, de ses amusements et même de son repas. 11 est promptement fatigué ; quand il parle, il se plaint de son état de faiblesse. 11 paraît avoir froid et se couche volontiers au soleil. La léthargie et la somnolence vont et viennent ; en somme, elles tendent à s'accroître. Peu à peu, le malade cherche à s'isoler ; il cesse de prendre part à la conversation, quoiqu^il puisse répondre assez intelligemment si on 1 obhge à parler. Il devient de plus en plus silencieux et taciturne, et il dort, ou plutôt paraît dormir, presque constamment. Si on le force à se mouvoir, il le fait comme à demi éveille ou comme ivre, en chancelant. Sa température peut être quelquefois élevée durant les accès de sa fièvre irréguliere ; a d'autres moments, et en général, elle est distinctement audessous de la normale. On peut découvrir parfois des zones d'anesthésie cutanée. Un certain degré de tremblement musculaire est fréquemment observé à cette période, et la orce musculaire diminue graduellement. Le malade garde le lit ou s'étend dans un coin de sa case, indifférent à tout ce qu se passe autour de lui. bien que capable encore de parler et de prendre sa nourriture si on la lui apporte. A ce stade plus avancé, il ne se- mêle jamais spontanément à la conversation et ne demande même pas à manger. Sa torpeur augment a , il oublie même de mâcher ses aliments, et tombe pai endormi pendant qu'il les porte à sa bouche, ou avec un

alimentaire à moitié mastiqué et non dégluti. Par ailleurs sa santé paraît bonne. Lorsqu'on peut le faire manger, les aliments sont bien digérés et assimilés. Il n'y a pas d'amaigrissement au début, et l'excrétion des fèces et de l'urine se fait régulièrement. Avec le temps il commence à maigrir; le tremblement musculaire, dans les mains et dans la langue en particulier, peut devenir très marqué, et des mouvements choréiques peuvent se produire dans un ou plusieurs membres. Il est pris quelquefois de convulsions localisées, ou plus générales, qui sont suivies dans certains cas de la paralysie de la partie convulsée. Plus tard, des plaies de position se forment, les lèvres se tuméfient et la salive s'écoule en bave. Peu à peu la léthargie augmente, la nutrition ne se fait plus, le corps dépérit, les plaies augmentent, et finalement le malade meurt dans un état comateux; ou bien il succombe à une asthénie à marche lente. Parfois il est subitement pris de convulsions générales ou d'hyperpyrexie entraînant la mort.

Telle est la marche ordinaire de la maladie du sommeil ; mais ses manifestations sont sujettes à de grandes variations. Parfois elle semble s'arrêter dans sa course ; mais le plus souvent elle s'avance vers son issue fatale sans amélioration notable. Il y a parfois des accès de manie, d'un caractère bruyant et violent; ces accès, ainsi que d'autres symptômes physiques et psychiques semblables à ceux de la paralysie générale, ne sont pas rares dans les premiers stades.

Il y a un ou deux symptômes additionnels qui ne sont pas en relation aussi évidente avec le système nerveux, et qu'on observe presque invariablement dans la maladie du sommeil; le premier est la dilalatioii des lymphatiques, surtout ceux des ganglions cervicaux; l'autre estime éruption papiilovésiculeuse excessivement prurigineuse, particulièrement prononcée sur la poitrine. La peau deviént en général sèche et mate, et les cheveux prendraient une teinte rougeâtre.

Dans les cas oîi l'on a fait des recherches à ce sujet, on a

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trouvé le fond de l'œil normal, les réflexes superficiels conservés et les réflexes profonds quelque peu exagérés.

La durée de la maladie est très variable ; elle peut être comprise entre quatre mois et autant d'années, et dépend en grande partie de la surveillance exercée sur le malade.

Anatomie pathologique. — Manifestement, la maladie du sommeil est une aQection cérébrale, quoique jusqu'ici

aucune lésion du système nerveux ou de tout autre organe, assez importante pour expliquer les symptômes, n'ait été découverte.

Dans deux cas où les organes ont été

examinés dans les conditions les plus favorables , Mott a montré que la lésion essentielle dans la maladie du sommeil est une méningo-encéphalite étendue. Les sections du cerveau, dans les deux cas, quoique les lésions visibles à l'œil nu fussent à peu près nulles, ont révélé une infiltration étendue et peut-être généralisée des espaces périvasculaires par des leucocytes (fig. 4o). {Bril. Med. Journ i6déc. 1899, Pl. fig. Malgré des recherches attentives, on n'a trouvé aucune a-rosse lésion de l'encéphale.

Ètiologie. — ^-^^ maladie du sommeil atteint les deux sexes et apparaît à tout âge ; elle n'est pas influencée par la pro-

Fig. 40. — Section transversale d'un petit vaisseau du cerveau dans un cas de maladie du sommeil, montrant l'infllti-ation cellulaire de l'espace périvasculaire. (D'après Mott.)

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fession, le tempérament, la nourriture ou l'hérédité. Elle a été attribuée, sur des données d'ailleurs insuffisantes, à un grand nombre de causes, dont aucune n'a pu être définitivement établie.

Remarquant la singulière correspondance qui semble exister entre la distribution de cette maladie et celle de la Filaria perstans, et les faits bien vérifiés que la maladie peut se déclarer et le parasite rester en vie plusieurs années après qu'on a quitté la zone endémique, j'ai émis l'hypothèse que la Filaria perslans peut être invoquée comme la cause de la maladie du sommeil. Si cette hypothèse est exacte, il est difficile de dire de quelle manière agit le parasite. En tout cas, j'ai trouvé cette filaire dans les seuls cas de maladie du sommeil, au nombre de trois, que j'ai vus en Angleterre, et le parasite est connu maintenant pour être excessivement abondant chez un o-rand nombre des habitants des régions endémiques. Cette question demande une étude plus approfondie (^).

Diagnostic. — La maladie du sommeil a été confondue avec le béribéri; mais si Ton se rappelle que la première est une maladie du système nerveux central, tandis que le "second est une maladie des nerfs périphériques, une telle erreur ne pourra pas se produire.

Traitement. — "L'am^loi des purgatifs paraît produire une amélioration temporaire. L'arsenic à très large dose a aussi semblé donner de bons résultats, et môme arrêter les progrès de la maladie.

(') La découverte récente de la Filaria perslans chez les Indiens de la Guv.ne

d" n^l'n,.?','"'''",?'""!' ^'"''^ P''^^^'»^" «"'^'«"t d'une leltrc' dn

U U/./.aid, de celte colo.ne, que j'a. reçue il y a quelque temps : « .]'ai quelques

ra sons de cro.re que la maladie du sommeil existe ,ar,„i nos aborigi .'o.

entend fréquemment les voyageurs qui viennent de l'intérieur remarquer lè fni

que lorsque les Indiens tombent malades, ils se couchent dans leurs Tan'acs à

attendent la mort „ Une femme indienne fut conduite au D-' Ozzard pour "tîe sol

gnco, parce que, d.sa.ent ses amis, elle était conslammcnt endormie

3'iO LÉTIIAIIGIE Ah'RlCALSK UU MALADIE DU SOMMEIL

Si la Filaria perslaiis est bien la cause de la maladie, des précautions au sujet de l'eau potable, ou, peut-être, contre les piqûres de certains insectes qui peuvent être les hôtes intermédiaires du parasite, s'imposent comme mesure prophylactique.

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