‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 69 sur 136 · DIARRHÉE DES HAUTEURS · texte numérisé non relu

DIARRHÉE DES HAUTEURS

Définition. — Une forme de diarrhée matinale accompagnée de dyspepsie flatalente et de rémission de selles copieuses, liquides, pâles et spumeuses. Elle s'observe principalement chez les Européens qui montent sur les hauteurs après avoir habité quelque temps les chaudes rég-ions basses des pays tropicaux.

Distribution géographique et saisonnière. — Crombie, qui a fait une excellente étude de cette maladie {Iiid. MecL Gaz., déc. 1880, mai 1892), remarque qu'une affection semblable se produit dans les pays montagneux, aussi bien en Europe qu'en Inde. On la rencontrerait aussi dans les mêmes conditions dans l'Afrique du Sud. Il n'y a par conséquent aucune raison de croire que la diarrhée des hauteurs est particulière à l'Inde ; elle y a été spécialement remarquée à cause du grand nombre d'Européens qui fréquentent les sanatoria dans ce pays. Une altitude de i 800 mètres et audessus, combinée à une saturation de l'atmosphère par la vapeur d'eau, est particulièrement favorable à son développement. En Inde, elle commence et cesse en même temps que la saison des pluies, durant laquelle, à certains endroits et en certaines années, elle tend à prendre un caractère presque épidémique. Aussi, durant la saison humide de 1880, une épidémie survenue à Simla a atteint 5o à p. 100 cie la population, les trois quarts des cas se produisant a une semaine d'intervalle les uns des autres. Dans certaines

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années, la diaiTliée dos liauleiirs esL moins abondanle que dans d'autres : mais, au moincnl de la saison pi-opice, il y a peu de sanatoria élevés de l'Inde qui en soient exempts.

Symptômes. — Sans eause très apparente, un individu, (pii à tous égards semble jouir d'une bonne santé, estatteint, peu après son arrivée au sanatorium d'altitude, d'une diarrhée quotidienne, revenant régulièrement ehaque matin entre trois et cinq heures. Le besoin d'aller à la selle est inopiné et impérieux. Les matières ainsi rejetées sont remarquablement copieuses, très aqueuses dans certains cas, pâteuses dans d'autres. Elles sont pâles, spumeuses, et ressemblent à de l'eau de savon récemment agitée, tellement elles sont dépourvues de colorants biliaires. Leur passage provoque peu ou point de douleur, souvent môme une sensation de soulagement. Le nombre des selles évacuées dans la matinée jusque vers onze heures varie de une seule à une demi-douzaine ou davantage. A partir de ce inoment, tout au moins dans les cas ordinaires, la diarrhée est en suspens et le malade peut vaquer à ses affaires sans préoccupation. Les caractères distinctifs de cette forme de diarrhée sont donc la régularité de ses apparitions chaque matin et de sa cessation à une certaine heure de la matinée, l'absence de bile dans les selles, et la flatulence coexistante. L'abdomen est parfois tympanisé, le malade ayant la sensation de borborygmes désagréables accompagnés d'une sorte de bouillonnement, comme si quelque opération chimique se passait dans son intérieur. On rencontre parfois des cas dans lesquels les selles sont très pâles, mais ne présentent pas des caractères de diarrhée.

Sous Tinfluence du traitement, ou spontanément, ou encore, d'après Crombie, par l'acclimatement, après quelques jours ou quelques semaines, la diarrhée peut s'arrêter. D'autres fois, elle persiste malgré le traitement jusqu'au i-etour du malade dans les plaines chaudes, et s'arrête alors

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sponlaiiément. Gi'oinbie cke un cas dans leciuei le malade était régulièrement pris de diarrhée des hauteurs chaque ,^ ibis qu'il se rendait à Sinila — à douze reprises différentes — et se Irouvait invariablement guéri à cha([ue retour dans les plaines. Si la diarrhée est à la fois considérable et prolona-ée, il s'ensuil nécessairement de la faiblesse, de Tamaigrissement et de l'anémie, et la maladie peut aboutir a la diarrhée chronique des pays chauds ou « sprue » — avec laquelle elle parait avoir d'étroites afïinités.

Etiologie et pathogénie. — U est difficile de préciser les facteurs qui déterminent la maladie. La diminution de pression barométrique associée à l'altitude élevée- est peut-être une circonstance favorisante. L'humidité semble jouer un rôle, en ce sens que la maladie se produit pendant la saison des pluies. Le refroidissement après l'exposition aux hautes températures des plaines peut avoir une part importante dans l'étiologie tle cette affection. Il y a manifestement une suspension des fonctions du foie et, très probablement, vu la dyspepsie et le flux intestinal, de celles du pancréas et des autres glandes digestives. La diarrhée des hauteurs est certainement quelque chose de plus qu'un catarrhe intestinal. Comme le fait remarquer Crombie, c'est plutôt une dyspepsie. U n'y a pas de données sullisantes pour incriminer la nature de l'eau de boisson ou des aliments. La question des micro-organismes ne paraît pas avoir été étudiée.

Traitement. — Le traitement recommandé par Cronibie, et pratiqué par d'autres médecins expérimentés en Inde, consiste dans la diète lactée absolue, le repos, des vêtements chauds, une cuillerée à café de liqueur de Van S™ten, un quart d'heure après l'ingestion du lait, et 76 centigrammes de pepsine, ou une quantité correspondante de laclopeptmc ou d'ingluvine, deux heures après. Si, en dépit du traitement, la diarrhée persiste, le malade doit quitter les hauleurs pour Ja |)laine.

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