‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 72 sur 136 · DU FOIE DANS LES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

DU FOIE DANS LES PAYS CHAUDS

La question des maladies du foie est difficile et compliquée dans tous les pays. Elle l'est particulièrement sous les tropiques; car non seulement l'on y rencontre toutes les formes d'affections du foie des climats tempérés, mais on s'y trovive soumis en outre à des causes prédisposantes et déterminantes qui n'existent pas, du moins à un degré aussi élevé, sous les latitudes moins chaudes. Ces causes additionnelles de maladies du foie, inséparables de la vie tropicale, sont la chaleur, la malaria et surtout la dysenterie. Il faut leur ajouter trop souvent le genre d'existence anti-hygiénique mené par les Européens, la tendance à se nourrir trop abondamment, à chercher dans l'alcool un stimulant, et le manque d'exercice musculaire.

Le jeune Européen qui se trouve pour la première fois sous les tropiques est très souvent entouré d'un grand luxe en ce qui concerne la nourriture, les vins, les voitures, les domestiques, luxe auquel il n'avait pas été accoutumé dans son pays. Tout d'abord ce changement, l'excitation de la nouveauté et la température élevée agissent comme stimulants de son appétit, et la perte énorme de liquide par la transpiration cutanée provoque une soif intense. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le jeune homme, possédant un bon appétit et les moyens de le satisl"aire, se laisse aller à absorber des aliments et à boire au delà des limites

,ji4 DU FOIE DANS LES PAYS CHAUDS

physiologiques. La chaleur le rend paresseux; il ne peul pas prendre d'exercice dans lajournée, et, le soir, au lieu de marcher, d'aller à cheval ou de jouer en plein air, il préfère s'étendre sur la véranda ou s'asseoir au café. Il veillera probablement très tard, en buvant et en fumant, de sorte que le matin il aura trop sommeil pour se promener à cheval ou prendre quelque exercice. Alors, par suite de la surcharge d'aliments et d'alcool, par suite de la diminution d'activité dans les fonctions pulmonaires qui accompagne l'élévation de la température et l'inactivité physique, le foie se trouve obligé de fournir une somme inaccoutumée de travail physiologique. A cette somme plus grande de travail, correspond une hyperémie de l'organe. Ainsi se constitue le premier stade du « foie tropical » — hyperémie résultant de l'activité fonctionnelle; à cette période il s'agit d'un état purement physiologique.

A un degré plus avancé, cette hyperémie physiologique devient de la congestion, avec stase sanguine et diminution correspondante d'activité fonctionnelle. L'hyperémie physiologique se traduit par un accroissement d'activité ; le flux biliaire est abondant etproduit une diarrhée bilieuse,le plus souvent matinale. Mais lorsque la congestion prend un caractère pathologique, l'arrêt de fonctionnement du foie se traduit par la décoloration des selles, parfois par une diarrhée aqueuse, spumeuse et fermentée ; dans ce dernier cas la diarrhée dépend, au moins en partie, d'un processus fermentatif du contenu de l'intestin, conservé auparavant dans un état d'asepsie relative par un apport suflisant de bile. Les autres symptômes de cet état sont la céphalalgie, Tétat saburral de la langue, la diminution de sécrétion de l'urine qui est très colorée et chargée de dépôt, une sensation de poids ou de réplétion dans la région hépatique, ou môme une véritable douleur à ce niveau et le plus souvent l'agrandissement de la zone de matité et d autres signes physiques d'hypertrophie de l'organe. Un degré de plus, et

TRAITEMENT 4i5-

nous serons en présence d'une hépatite constituée, avec fièvre, douleur aiguë du Ibie, sensibilité à la percussion et agrandissement encore plus notable de la matité.

Un organe qui, par sa fonction, est très hyperémié, est •prompt à s'enflammer, môme pour une cause peu importante. Dans le cas du foie hyperémié, une cause fréquente d'inflammation est le refroidissement qui peut se produire après un bain froid, ou bien quand on a porté des vêtements mouillés ou qu'on a dormi la nuit, sans se couvrir, dans un courant d'air. Les résidents expérimentés connaissent très bien ce fait, et prennent leurs précautions contre de pareils accidents. Ils portent une ceinture de flanelle; ils dorment la nuit, même par les temps les plus chauds, dans des pyjamas de flanelle et avec une mince couverture tirée sur l'abdomen; pendant le jour, ils portent des vêtements de laine ou de serge. Ils ne s'assoient pas avec des vêtements humides et évitent soigneusement les averses. Outre le froid, il y a d'autres causes qui peuvent convertir l'hyperémie eh congestion et en inflammation : un traumatisme, un excès de nourriture ou de boisson, un séjour prolongé au soleil, un accès de fièvre paludéenne ou de dysenterie peuvent produire le même résultat.

Traitement. — La nature agit quelquefois elle-même dans ces cas de congestion hépatique en é tablissant une forte diarrhée. Dans le traitement de ces cas, nous ne pouvons faire mieux que d'imiter l'action de la nature, et même de renforcer cette action. Quelques doses de sulfates, sous forme d'eau purgative ou de sels de Garlsbad, procurent généralement un prompt soulagement. Mais si le sujet de pareilles attaques ne profite pas de son expérience et ne change pas sa manière de vivre, très probablement son foie deviendra peu à peu atteint d'hyperémie chronique et extrêmement sujet à des crises intercurrentes de congestion d'un caractère plus ou moins aigu. Les individus qui présentent

4i6 DU FOIE DANS LES PAYS CHAUDS

ce type de « foie » doivent surveiller de près leur conduite. Ils ne doivent pas rester trop longtemps au lit ; ne pas prendre de bains froids ; ne pas prendre de boissons glacées ' et ne pas s'exposer au froid d'une manière quelconque ; ils . doivent se vêtir chaudement et fuir l'alcool sous quelque " forme que ce soit. Ils ne prendront de nourriture animale qu'en petite quantité, et donneront la préférence à la volaille ^ et au poisson. Les fruits et les farineux peuvent être pris \ sans restriction, mais on évitera la suralimentation. On' prendra de l'exercice au moins deux fois par jour; et au moins une fois dans les vingt-quatre heures, cet exercice ^ devra provoquer de la transpiration. Un galop à cheval, une bonne partie de tennis sont d'excellents stimulants hépatiques. Parfois l'on prévient de sérieux troubles en prescri- ' vant une fois par semaine ou moins fréquemment, en particulier lorsqu'une sensation de pesanteur ou de douleur dans le côté droit semble indiquer que tout n'est pas très bien du côté du foie, une dose de sels de Garlsbad ou d'un purgatit salin, précédée parfois de quelques centigrammes de calo-^

"'lîorsque Thyperémie devient chronique et que le malade souffre continuellement de son « foie », il devra quitter les tropiques pendant un certain temps. Rien ne guérit ces cas de congestion chronique aussi rapidement et d'une manière aussi efficace qu'une saison à Garlsbad, en suivant les restrictions diététiques qui font partie du traitement. Apres cette cure, le malade ira vivre à la campagne dans son pays et Y pratiquera activement les exercices physiques ; les précautions ordinaires en ce qui concerne le port de vêtements chauds, les précautions contre le refroidissement 1 abstention des bains froids et de l'alcool, seront scrupuleusement observées, et le malade prendra un laxatif salin chaque

semaine. , i^Uo^

Une eau artificielle imitant assez bien 1 eau de Garlsbad peut être préparée en dissolvant 3 gr. .o de sels en poudre

ilans un demi-liti'e d'eau bouillante (')• Cette dose scia divisée en trois parties égales qui seront prises aussi chaud<!S <pu^ possible; à des intervalles de vingt minutes, le malin à jeun. Pendant qu'il prendra la solution, on permettra au malade de faire un peu d'exercice, comme par exemple de se promener dans sa chambre. Il ne déjeunera qu'une heure après avoir pris la dernière dose. Si les intestins ne fonctionnent pas d'une manière satisfaisante, on augmentera la dose de sel. Pendant la cure, qui doit être poursuivie pendant trois semaines, on observera avec soin le régime alimentaire ; on évitera le beurre, les graisses, les fruits, les noix, les pâtisseries, les conserves, les fromages, les salades, le vin, les alcools et la bière. Il ne faudra pas prendre trop de viande ; on se contentera d'un seul repas de viande par jour. La quantité de nourriture sera aussi diminuée, et Fon veillera avec grand soin sur l'habillement, sur les exercices et sur les bains. On trouvera d'excellents conseils au sujet du traitement de Carlsbad dans le livre du chirurgien-major Young, Le traitement de Carlsbad dans les affections tropicales, publié par Thacker, Spink et 0\ Calcutta.

Pendant les accès graves de congestion aiguë ou d'hépalile grave accompagnée de fièvre et d'une vive douleur locale, le malade restera au lit et sera mis à une diète légère avec des consommés, de l'eau d'orge ou de riz, ou avec du lait coupé d'eau. On le purgera largement et souvent avec des purgatifs salins. On placera sur la région du foie un large cataplasme ayant 60 centimètres au moins de long sur 3o centimètres de large. Des ventouses sèches produisent parfois un grand soulagement. Dans les cas en question, le chlorhydrate d'ammoniaque jouit d'une certaine réputation. On le prescrira à la dose de i gi-. .0, toutes les six ou luut heures. Je l'ai souvent employé, mais je ne me porte pas garant de ses vertus ; il ne fait pas de mal.

-ude°'^ parîi;rblv"K'"\"\' de Carl.bad par le mélange suivant : sulfate ,1e ae. parues, bicarbonate de soude, i partie ; chlorure de sodium. . partie.

Patrick Manson. — Maladies des pays chauds.

kJ

ou FOIE DANS LES PAYS CHAUDS

Lorsqu'une pareille hépatite est associée avec la dysen. , ierie et lorsqu'elle résiste aux traitements précédents, on ao-iraplus ônergiquement en prescrivant 2 grammes à 3 gr 5o , j d'péca. Cette dose sera répétée deux ou trois fois a des intervalles de douze ou vingt-quatre heures. Lorsque l hépatite est associée avec le paludisme, il est indique d administrer la quinine à forte dose, outre les purgations et les autres mesures dont nous avons deja parle.

La question de savoir si l'hépatite associée à une autre maladie que la dysenterie peut suppurer "'-t pas™ ; résolue Certains disent que la chose est possihle; d autres ■

affirment énergiquement qu'il n'y a pas d' « abcès tropicaux .

sans dysenterie. Nous discuterons ce sujet dans le chapit e

suivant. Nous avons déjà traité la question de 1 hepat.e ,

paludéenne (p. 12 5).

Page 1