‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 73 sur 136 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Définition. — Une forme de sup])uration du foie se produisant spécialement dans les pays chauds, surtout chez les Européens mâles, et associée à la dysenterie.

Distribution géographique. — Le type d'abcès du foie connu sous le nom d'abcès tropical est, dans la plupart des cas, une maladie des pays chauds. Succédant en général à la dysenterie, et parfois l'accompagnant, il est rare ou complètement absent dans les régions où la dysenterie est ellemême rare ou absente. Sa distribution géographique est donc réglée surtout par celle de la dysenterie. On doit cependant noter que l'abcès du foie n'est pas toujours et partout une suite de la dysenterie. Ainsi il est rare en tant que maladie autochtone dans les climats tempérés, même dans ceux où la dysenterie est parfois assez commune. De plus, dans les climats tropicaux mômes, la dysenterie et 1 abcès du foie ne présentent pas une relation constante et dehnie dans leurs courbes de fréquence ; car, môme dans les pays chauds, la dysenterie de certaines régions est plus apte à produire des abcès du foie que celle d'autres régions • «t, même en ce qui concerne la dysenterie d'une région ^onnee, certaines épidémies sont plus aptes que d'auti^es à compagner d'abcès du foie. Néanmoins, en .règle génô-

e o considérer, dans les pays tropicaux et suttro-

Picaux, la courbe de l'abcès du foie comme à peu près parai-

lèle à celle de la dysenterie, el U dislribution géographique ■ de ces deux affections comme i> peu près identique. ' ^

En Angleterre, les abcès du foie se produisent le plus souvent che^ des individus qui manifestement ont contracte I leur maladie sous les tropiques. Comme maladie autochtone, malo-ré la fréquence considérable de la dysenterie dans les asiles d'aliénés et des agglomérations analogues, il est assez rare, mais existe néanmoins, plus qu'on ne le suppose généralement. Naturellement cette remarque ne s applique nas aux suppurations qui se produisent dans les cas de pvémie,decalculsbiliaires,crhydatides,clepyléphléb,te,ete.-,

elle s'applique seulement aux abcès dysentériques, et peu être auLi aux abcès idiopathiques, si cette dernière affecti n | existe réellement. Dans l'Europe septentrionale et centrale, , l en est . peu près de même qu'en Angleten.. La ma a ,e est plus fréquente dans l'Europe méridionale - en Italie n Gr^ce, dans la Péninsule des Balkans et ^-s le siid d ,^ U Russie • on la dit très commune en Roumanie. Dans 1 Asie oriell , même en dehors de la zone tropicale, elle est loin d" e ra e; ainsi elle est assez fréquente au Japon, et jouj

: "and rôle dans la mortalité de Shanghaï et de la cote ] sud" le la Chine. En Afrique elle est assez commune, , 1 efunes des meilleures études modernes sur ce sujet 1 ffl en Ègypte et dans la province algérienne : Or D is l'hémisfhère occidental il y a une distribution

otspondante; très ^o^'^ ^1^^:^^ ^

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Nouvelle-Calédonie sont sujets à cette affection. |

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avoir de doute sur l'exislence d'une relatiou inlinie entre la dysenterie et l'abcès du l'oie. Des statistiques nombreuses et authentiques, aussi bien que l'expérience journalière, attestent ce l'ail. Sur 3 680 autopsies de dysentériques faites dans des régions tropicales diverses et recueillies par Woodward, 779 (21 p. 100) révélèrent l'existence d'abcès du foie. Citons un exemple récent : — D'après le Rapport

I annuel de la Commission Sanitaire au Gouvernement de

j l'Inde pour l'année 1894, sur 465 soldats européens qui moururent de dysenterie en Inde durant la période 1888-94, 161 (35 p. 100) présentèrent, outre les lésions dysentériques, des abcès du foie. Inversement, en Egypte, Kartulis qui examina

I 5oo cas d'abcès du foie, découvrit dans 55 ou 60 p. loodescommémoratifs de dysenterie; Zancarol, également en Egypte, fit sur444 cas une semblable constata tion dans 59 p. 100 ; et enfin Edwards et Waterman, dans un examen portant sur 699 cas, trouvèrent dans 72,1 p. 100 les mêmes antécédents. Durant la période 1870-95, sur 45 cas d'abcès du foie traités à l'Hôpital des Marins de Greenwich et recueillis par M. Jobnson Smith, on obtint 38 fois (84,4 P- 100) soit à l'autopsie, soit par les commémoratifs, les preuves d'antécédents dysentériques.

i Ces exemples sont concluants en faveur de l'existence d'une relation intime entre la dysenterie et l'abcès du foie. Il y a cependant de bonnes raisons pour croire que, s'ils représentent la vérité, ils ne la représentent pas tout entière et que l'association est encore plus fréquente que ne l'indiquent les statistiques. Comme l'ont remarqué le D"" Neil Macleod et d'autres auteurs, la préexistence d'une dysenterie est souvent passée inaperçue ; car, sans examen posl mortem, il peut être impossible de se prononcer sur ce point dans un grand nombre de cas. Il ne faut pas ignorer en outre qu'une vaste ulcération dysentérique peut exister sans donner naissance à des symptômes subjectifs importants. Bien plus, beaucoup de malades atteints d'abcès du foie oublient, ou négligent de mentionner la production d'un accès dysen-

térique antérieur, ou peuvent induire en erreur le praticien en décrivant ces accès comme de la « diarrhée ». Enfin, à l'autopsie, les lésions dysentériques d'un caractère superficiel et en apparence insignifiant ne sont souvent pas recherchées ou bien passent inaperçues. En conséquence, l'absence de preuves d'une attaque de dysenterie antécédente, dans un certain nombre d'abcès du foie, ne devra pas | faire conclure qu'il n'y a pas eu de dysenterie chez ces malades.

Dans un important mémoire {Brit. Med. Jauni,, 26 octobre 1894) Macleod, après une analyse critique très serrée ' de certains exemples se rapportant à ce sujet, conclut que la dysenterie est un facteur de presque tous les cas d'abcès du foie tropicaux. Dans quarante cas observés à Shanghaï, d n'y a eu de doutes qu'une seule fois sur l'existence d'une dysenterie ; et même dans ce cas, comme il y a eu guérison, on ne peut dire avec certitude s'il n'existait pas de lésions dysentériques. Peut-être les conclusions de Macleod sontelles un peu trop exclusives ; je dois dire cependant qu'el es sont à peu près d'accord avec ma propre expérience. Elles s'appliquent en tout cas à l'abcès du foie tel qu'on le rencontre à Shanghaï et probablement en beaucoup d'autres endroits. Il est possible, néanmoins, que ce qui est vrai pour Shanghaï ne le soit plus, par exemple, pour Bombay. Dans le rapport de la commission sanitaire dont j'ai parle plus haut il est établi que deux fois seulement (3 p. 100), sur 74 cas d'abcès du foie observés dans la Présidence de Bombay dans la période 1888-94, il y eut des preuves de dysenterie. Il est difficile de croire que, si cette dernière affection avait existé chez tous ces malades, elle aurait pu passer inaperçue 7a fois sur 74. Mais il est également peu vraisemblable que l'abcès du foie de Bombay ne soit associe à la dysenterie que dans 3 cas sur 100, alors que, ^^'^'^^''^ môme auteur, il lui est associé dans tout le reste de l lnde au moins 3o fois sur 100. Manifestement, la partie slatis-

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tique de cette importante question demande un supplément d'étude et de nouvelles observations cliniques et anatomopatliologiques faites avec plus de soin. v

Un autre point important et qui n'a pas été bien établi jusqu'ici, est la relation exacte, au point de vue du temps, entre la dysenterie et l'abcès du foie. Dans la grande majorité des cas, la dysenterie précède l'abcès; mais un grand nombre de cliniciens affirment que, dans certains cas, ce rapport est renversé ; que dans d'autres les deux affections coïncident dès le début; que dans d'autres, enfin, l'hépatite (qui peut donner lieu à un abcès) alterne avec des symptômes de dysenterie actifs. Si l'abcès précède réellement la dysenterie, alors celle-ci n'a pu engendrer l'abcès. S'appuyant sur ces données, certains auteurs ont regardé l'abcès du foie et la dysenterie comme n'étant que des expressions différentes d'un même état morbide; comme réagissant l'un sur l'autre dans une certaine mesure, mais n'ayant pas l'un avec l'autre une relation de cause à effet. Ici encore la possibilité d'avoir méconnu la dysenterie doit être prise en considération lorsqu'on essayera de se faire une opinion.

Race et sexe. — Outre la question de la relation avec la dysenterie, il y a certains faits bien établis qu'il faut connaître pour comprendre l'étiologie de l'abcès du foie.

I. Tandis qu'il est commun chez les Européens sous les tropiques, l'abcès du foie est rare parmi les indigènes. Ainsi, dans l'armée indigène de l'Inde, la proportion des décès par suite d'abcès du foie fut de 0,6 p. 100 seulement en 1894, par rapport à la mortalité générale, tandis que chez les soldats européens elle atteignait 7,4 p. 100. La susceptibilité <lu soldat européen et celle du soldat indigène étaient entre elles dans le rapport de 95,2 à 4,8.

Cette disproportion est en désaccord avec le fait que les indigènes sont plus exposés que les Européens à la dysenterie. Ainsi en 1894 la moyenne de la dysenterie dans l'armée de l'Inde fut de 43,7 p. 100 chez les' troupes indi-

AlICks DU FOIE

gènes el, seulement de a8,6 p. loo chez les troupes européennes; et sur ICO cas de mort dans l'armée indigène il y eu eut 4,7 pour dysenterie, contre 3,8 seulement chez les Européens (^).

3. Les femmes européennes sous les tropiques, quoique tout aussi sujettes que les hommes à la dysenterie, présentent rarement des abcès du foie ; les enfants presque jamais.

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