CHAPITRE III
CLASSIFICATION ET DESCRIPTION DES PARASITES DE LA MALARIA ET DES FIÈVRES QUI LEUR SONT ASSOCIÉES
On peut affirmer, d'une façon générale, qu'à des types cliniques différents de malaria sont associés des types différents et correspondants d'hématozoaires. Mais quant à dire si ces divers types de parasites sont de simples variétés, ou si, au point de vue zoologique, ce sont des espèces distinctes, il est difficile, avec nos connaissances, d'émettre imc opinion définitive.
Ce point n'est pas facile à établir; et il en sera de môme tant que nous n'aurons pas de connaissances plus précises sur l'histoire naturelle de l'hématozoaire chez le moustique, et sur les relations entre les divers hématozoaires et les diverses espèces de moustiques.
Principes de la classification des parasites. — Les variétés ou les espèces possibles d'hématozoaire ont été classées d'après les caractères suivants :
1° Durée de leur cycle respectif dans le corps de l'homme;
a° Caractères morphologiques ;
3" Phénomènes cliniques auxquels ils donnent naissance-;
4° Résultats des inoculations expérimentales.
On peut dire, autant que ces diverses données le permettent, qu'il y a soit plusieurs espèces, soit plusieurs variétés bien définies d'hématozoaire. C'est-à-dire qu'à un type clinique particulier de malaria est associé un parasite ayant
des caractères morphologiques et une évolution intra-corporelle plus ou moins définis, caractères qu'on peut reproduire expérimentalement par inoculation.
Pour traiter ce sujet, je suivrai la classification de Mannaberg basée sur son excellent ouvrage et surtout sur les recherches de Golgi, Marchiafava, Bignami, Celli, Grassi et autres Italiens.
Les formes des parasites de la malaria et des fièvres auxquelles ils donnent naissance peuvent se diviser en deux grands groupes : formes bénignes, formes malignes. Une distinction morphologique essentielle entre ces deux groupes réside dans ce fait que les formes bénignes ne produisent jamais de croissants, tandis que les formes malignes, par contre, en produisent. Dans le premier groupe, la phase extra-corporelle à flagelles succède à ce que nous considérons comme un hématozoaire ordinaire intrag-lobulaire parvenu à maturité; dans le second groupe, les flagelles proviennent des sphères dérivées des croissants. Une différence clinique de premier ordre entre les deux groupes est que les formes bénignes ne donnent presque jamais lieu à des accès pernicieux, tandis que les formes malignes par contre en produisent souvent. Au point de vue pratique, il y a là un point de diagnostic important, que seul le microscope peut établir.
Les formes bénignes du parasite de la malaria sont au nombre de deux : l'une ayant un cycle de soixante-douze heures, produit une fièvre qui revient tous les trois jours — fièvre quarte; l'autre ayant un cycle de quarante-huit heures produit une fièvre qui revient tous les deux jours — fièvre tierce.
Les formes malignes sont au nombre de trois au moins (*) :
(') Plusieurs iuileurs ne rccoiinnissent qu'une espèce maligne, les diflTérences dans la longueur du cycle cl dans la pigmentation dont nous parlons plus loin clanl regardées par eux comme de simples variations dues aux circonstances et non comme des différences spécifiques.
CLASSIFICATION DES PARASITES 6i
un parasite pigmenté ayant un cycle de ([uarante-huit heures; un parasite pigmenté ayant un cycle, d'environ vingtquatre heures; et un parasite non pigmenté ayant également un cycle d'environ vingt-quatre heures.
On pont disposer ces formes en un lableau de la manière suivante (*) :
Formes béuigncs | ^leJcc ] ^'^ foi'ment pas de croissants.
/ Quotidienne pigmentée \ Formes malignes ' Quotidienne ûou pigmentée | forment des croissants. ( Tierce
Classification clinique. — Autrefois, la classification était entièrement basée sur les phénomènes cliniques; les maladies palustres étaient divisées': en fièvres intermittentes quotidiennes, tierces ou quartes, et en fièvres rémittentes. Mais, depuis que l'on a découvert que les fièvres appelées
(') Je n'ai pas essayé de reproduire dans le texte les termes zoologiques appliqués par les divers auteurs aux différentes espèces connues d'Iheniamœba de l'homme et des animaux. La classification suivante, duc à Ross, pourra être utilement consultée pour ne point s'égarer dans la nomenclature des dill'érents ouvrages :
FAMILLE : H.EMAMŒBID.T. (WASIELEWSKI)
Genus I. — llaetnainœba, Grassi et Fclelti. Les gamétocytes mûrs sont semblables, comme forme, aux sporocyles mûrs avant que les spores n'aient été différenciées.
Species i. — Uœinaiiiœba <1anilcwskii, Grassi et Fclelti. Syn. : Lai'crania dani- IcA'skil, Grassi et Feletti, en partie ; llaltcridinm danilewskii, Labbé, etc. Plusieurs variétés — peut-être espèces distinctes. Parasites du pigeon, à\\ geai, du corbeau.
Species •>.. — Ilœniamœba relicia, (jrassi et Feletti. Syn. : Ilœmamœba rcUcla, H. sub/irœcnx -\- II. siibiininaciilala, Grassi et Feletti ; Proteosoma grassii, Labbé, etc. Parasite du moineau, de l'alouctlc, etc.
Species 3. — lln'iiiatnaba nialariœ, Grassi et Feletti. Syn. : Ilœmamœba /ai'crani, Labbé en partie. ParasiLc de la fièvre quarte chez l'homme.
Species 4- — Ua'mamœba vivax, Grassi et Feletti. Syn, : Ilœmamœba laverani, Labbé on partie. Parasite de la fièvre tierce chez l'homme.
GiîNUS ■>.. — IliviiKiincnas, gen. nov. Syn. : f.auerniiia , en ])arlic -(- Ilœmamœba, en ])art., Grassi et Feletti. Les gamétocytes ont une tornie spéciale (en croissant).
Species. — Ilœmomenas /Jiœcu.c, (jvusisi et Feletti. Syn. : Ilœmamœba prœcox -j- //. Immaculala -(- Laverania malariœ, Grassi et Feletti ; llœmamivha laverani, en partie, etc. Plusieurs variétés — peul-clre espèces distinctes. Parnsile des fièvres irrégulière, rémitlenlc, pernicieuse ou eslivo-automnale chez l'hunano.
(i-i MALARIA
« rémittentes » résultaient do Tassociation des parasites quartes, tierces et quotidiens — le fait de l'intermittence et de la rémittence étant plus ou moins une alFaii-e de hasard — on a jugé convenable de ne plus employer le terme de fièvre rémittente pour désigner une espèce distincte de fièvre paludéenne. L'un quelconque des parasites que nous venons d'énumérer peut produire ce que l'on désignait auparavant sous le nom de fièvre rémittente.
L'intermittence ou la rémittence d'une fièvre donnée dépend en grande partie de la maturité simultanée ou alternative des parasites qui lui donnent naissance. Si tous les parasites présents dans le sang sont à peu près au môme point d'évolution, ils arrivent presque simultanément à maturité et l'on a affaire à une fièvre intermittente ; mais s'ils sont à des périodes différentes de leur évolution, leur maturité se produit à divers moinents dans le cours des vingt-quatre heures, et l'on est alors en présence de ce que l'on désignait jadis sous le nom de fièvre rémittente. En outre, deux générations de parasites de la fièvre tierce venant à maturité à un jour d'intervalle produiront une fièvre quotidienne, double tierce; deux générations de parasites de la fièvre quarte venant à maturité pendant deux jours consécutifs, produiront des accès de fièvre pendant deux jours, suivis d'un jour d'apyrexie, double quarte; trois générations de parasites de la fièvre quarte produiront ce qui cliniquement paraît être une fièvre quotidienne, maïs est en réalité une triple quarte.
La présente classification n'est pas définitive. — On ne doit pas considérer comme définitive la classification que j'ai adoptée; elle est simplement provisoire, faute de mieux. Dans la pratique actuelle, il peut être difficile, souvent impossible, de faire rentrer certains cas dans les limites de son cadre. Bien plus, comme elle est surtout basée sur des observations faites dans une région très limitée, en Italie