‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 90 sur 136 · CONTAGION · texte numérisé non relu

CONTAGION

o-leterre, était devenu lépreux ; il fut présenté à la môme société en 1877. Dans ce cas, il ne peut être question de discuter le fait ou le diagnostic. La seule explication possible est la contagion. De nombreux exemples analogues, quoique moins authentiques et moins caractéristiques, ont montré la propagation de la lèpre par contagion ; mais le cas dont nous venons de parler est le seul qui soit presque concluant. Car, s'il est démontré que la lèpre s'est propagée par contao-ion dans un cas, il y a de grandes probabilités pour qu'il en soit de même dans tous les cas.

On a avancé contre la théorie de la contagion que la lèpre s'attaque très rarement aux infirmiers, aux garde-malades et aux médecins attachés aux asiles des lépreux. Mais ne pourrait-on pas faire la même objection contre la contagiosité delà gale ou de l'herpès? Les conditions qui favorisent la contagion sont connues et faciles à éviter dans ces dernières maladies ; elles ne sont pas connues et, par suite, ne sont pas toujours évitées dans la lèpre. Toutes les maladies infectieuses demandent pour se répandre certaines conditions. Pour quelques-unes, ces conditions se rencontrent souvent ; pour d'autres, au contraire, elles sont difficilement remplies. La lèpre appartient à cette dernière catégorie.

Il est probablement nécessaire, pour qu'une contagion se produise d'un individu à un autre, qu'il y ait un contact personnel intime et une concordance entre certaines phases de la maladie d'une part, et des conditions particulières de santé ou d'état physiologique de l'organisme récepteur d'autre part — conditions qui ne nous sont pas encore connues et qui, autant que nous pouvons le savoir, ne se produisent qu'à de longs intervalles dans les relations entre deux individus. La simple implantation du bacille ne sudit pas ; car, nous l'avons déjà remarqué, parmi les nombreuses inoculations qui ont été faites, il y en a une à peine que l'on puisse peutêtre regarder comme ayant réussi.

Certaines nourritures — telles que le poisson séché — ont

été incriminées comme milieu d'infection. Les données sur^p lesquelles on se base pour établir cette opinion et d'autres semblables sont à la l'ois insuffisantes et dénuées de preuves.

Prophylaxie. — Si l'on admet que la lèpre est produite par un germe, et que ce germe est transmissible directement ou indirectement, si l'on admet en outre que la maladie ne se déclare jamais sans avoir été d'abord introduite de l'extérieur par un lépreux, alors tout lépreux doit être regardé comme une ~ source de danger. Le plus sûr moyen de supprimer la maladie dans une communauté est donc d'isoler complètement les lépreux qui s'y trouvent. 11 y a néanmoins beaucoup de ^.j difficultés, en particulier dans des contrées telles que Flnde, | à faire entrer dans la pratique cette conclusion qui semble 5 parfaitement logique ; ces difficultés proviennent des droits ■ des individus, de considérations financières, de la dissimulation ou de l'incorrection du diagnostic, aussi bien que de l'introduction continuelle de nouveaux cas venus du dehors. Ces obstacles entre autres, empêchant l'application générale d'un système d'isolement complet, sont si grands qu il faut^ se résigner pour le moment et dans l'état actuel de l'opmion^ publique, à établir seulement un système d'isolement modi-i fié tel qu'on Ta pratiqué avec tant de succès dans ces der^ nières années en Norwège. , Donc, lorsque ce sera possible, les lépreux seront reunis dans des asiles spéciaux qui devront être rendus attrayants. Ceux que l'on ne pourra faire entrer de gré ou de force dans ces asiles, seront isolés autant que possible de leur ami e | et du public; on insistera pour que ces lépreux et le us , demeures soient l'objet de soins de propreté -rupul - On ne devra pas leur permettre de mendier dans les lues, comme le cas se présente souvent dans les vill s d E x trême-Orient, de tenir des boutiques, de toucher a la no r riture ou aux vêtements des étalages, de parcourir la legion <

comme (>olpoi'Liuu-s ou mendiants, de se louer comme domestiques ou comme prostituées, ou de l'réquenter les foires et les endroits publics. Tous les lépreux à la période ulcéreuse (le la maladie, lorsqu'il est présumable que des myriades de bacilles s'échappent constamment de leurs plaies, doivent être encore plus scrupuleusement isolés ; leurs vêtements, leurs détritus et leurs pansements doivent être systématiquement détruits ou désinfectés. L'enfant né d'un lépreux doit tout d'abord être éloigné de son ascendant malade, et, s'il est nécessaire, être élevé aux frais de la communauté.

Si l'on édictait des lois pour rendre effectives ces mesures de simple bon sens et si ces lois étaient scrupuleusement observées, on devrait s'attendre aux meilleurs résultats. La lèpre est faiblement contagieuse, ou plutôt les conditions de réussite de la contagion sont rarement remplies, si rarement qu'il est plus que probable que, sous l'influence d'un système d'isolement modifié comme nous l'avons indiqué, les chances de contagion deviendraient si peu nombreuses que la maladie disparaîtrait rapidement.

Vaccination. — Il n'a pas été démontré jusqu'à l'heure actuelle que la lèpre puisse se communiquer par la vaccination, bien qu'il y ait quelque apparence en faveur d'une pareille hypothèse. Mais, malgré cette absence de preuve, il est à désirer que l'on prenne de sérieuses précautions dans les pays où la lèpre est endémique, pour éviter non seulement que le sujet vaccinifère ne soit porteur d'une éruption lépreuse, mais encore qu'il ne provienne d'une famille ou d'une communauté où il existerait des lépreux. Un vaccinifère dont la santé paraît très bonne peut renfermer des bacilles lépreux à l'état latent, être, en fait, en puissance de lèpre et capable par conséquent de communiquer la maladie.

Traitement. — Une attention scrupuleuse et systématique au sujet de la propreté et de l'hygiène domestique et person-

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nclle ; des bains et des savonnages nombreux ; de fréquents changements de linge ; une bonne nourriture ; un bon air ; peu de travail ; le minimum de surmenage, de fatigue et d'exposition au mauvais temps : telles sont les règles de première importance dans le traitement de la lèpre et sur lesquelles on doit insister. On a observé que la plupart du temps la santé d'un lépreux placé dans des conditions hygiéniques favorables s'améliore au moins pendant un certain temps et que, dans un petit nombre de cas, à l'aide de ces moyens l'évolution delà maladie est arrêtée. Les Européens qui ont contracté la lèpre sous les tropiques ressentent presque invariablement une amélioration, au moins temporaire, lorsqu'ils reviennent dans un climat moins déprimant et qu'ils retrouvent les aliments plus nutritifs de leur pays d'origine.

Nombre de médicaments ont été regardés, à tour de rôle, comme plus ou moins spécifiques dans le traitement de la lèpre. Mais, bien que certains de ces médicaments paraissent pendant un certain temps, donner de bons résultats et, par suite, acquièrent une certaine popularité, jusqu'à ce jour ils sont tous successivement tombés tôt ou tard en défaveur. Il n'y a aucune bonne raison de penser que l'une quelconque des substances médicinales connues soit en réalité un spécifique de la lèpre, au même titre, par exemple, que l'iodure de potassium pour la syphilis. On peut avoir de grandes déceptions lorsque l'on essaie la valeur d'un médicament dans la lèpre. Ordinairement le lépreux vient demander un traitement pendant ou aussitôt après l'une des exacerbations périodiques de la maladie, et lorsque les nodules et les autres éruptions sont en pleine évolution et bien marqués. Lorsqu'on laisse la maladie suivre son cours nature sans traitement d'aucune sorte, surtout si le malade est placé dans des conditions hygiéniques favorables, les symptômes aigus tendent à se calmer et la maladie elle-même s'améliore temporairement. Les praticiens sont trop portes

à attribuer cette amélioration naturelle et temporaire au médicament, quel qu'il soit, que le malade aura pris à la même époque. Déplus, pour juger de la valeur d'un médicament dans la lèpre, il faudra se rappeler que la maladie peut s'arrêter spontanément et qu'elle peut même guérir, et cela sans employer aucun médicament.

Un remède favori des médecins anglais est l'huile de chaulmoogra employée à la dose de deux à dix et jusqu'à quarante gouttes et même davantage, selon la tolérance, trois fois par jour ; et, en même temps, on l'emploie à l'extérieur sous forme d'onction, mélangée à une huile quelconque. Les lépreux qui peuvent assimiler de fortes doses de ce remède paraissent en retirer de bons résultats. Sandwith a rapporté {Jouni. of. Trop. Med., 1900) un cas dans lequel une sérieuse amélioration suivit l'administration persistante de chaulmoogra en injections hypodermiques. Je soigne en ce moment un lépreux qui, en plus de l'ingestion de 4 centimètres cubes de chaulmoogra trois fois par jour, en reçoit quotidiennement 4 grammes en injection hypodermique. L'amélioration dans ce cas est très marquée. Les bacilles cependant sont tout aussi abondants dans les nodules qu'avant le traitement et il n'y a aucune altération dans leur aspect microscopique. L'huile de gurjum, autrefois en faveur, semble avoir été abandonnée.

Unna prétend avoir guéri plusieurs cas en administrant à l'intérieur de l'ichthyol à doses croissantes et en combinant cette médication interne avec des frictions vigoureuses sur les bras et les mains, deux fois par jour, avec 10 d'acide pyrogallique dans 100 de lanoline ; sur le tronc et les joues avec 10 d'acide chrysophanique dans 100 de lanoline ; il appliquait en môme temps sur le front et le menton un emplâtre aux acides chrysophanique et salicylique et à la créosote qu'on renouvelait tous les jours. La durée du traitement est d'un mois, et avant de le reprendre on ordonne au malade une série de bains chauds.

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La tubercLiline a également été essayée. Elle produit une! réaction locale et générale qui parfois, chose curieuse, ne se montre qu'après un ou deux jours. Loin de donner de bons \ résultats, elle semble aggraver la maladie en produisant de nouvelles éruptions, etaussi en faisant apparaître des bacilles dans le sang.

Le D' Radcliffe Grocker a rapporté {Lancet,S août 1896] deux cas de lèpre dans lesquels il a constaté une amélioration très sensible à la suite d'injections hypodermiques, faites chaque semaine, de 12 milligrammes de bichlorure de mercure.

L'iodure de potassium, donné à fortes doses, aggrave la lèpre ; non seulement la santé générale est atteinte, mais il se produit de nouvelles éruptions.

Danielssen regarde le salicylate de soude, associé avec l'huile de foie de morue, la quinine et le fer, une bonne alimentation et une bonne hygiène, comme le meilleur traitement de la lèpre. Il prétend que le salicylate, s'il est administré peu de mois après le début de la maladie, peut quelquefois la guérir. Il donne d'abord i gramme quatre fois par jour et augmente graduellement la dose pendant six mois ou un an.

Récemment j'ai essayé la thyroïdine dans un cas de lèpre nerveuse. Le malade s'est merveilleusement amélioré pendant les trois ans qu'il a suivi ce traitement.

L'hydroxylamine, l'europhène, le naphtol, le salol, le bleu de méthylène et l'aristol ont été également essayés récemment; les résultats ne sont pas encourageants.

L'élongation des nerfs, avec ou sans déchirure, a été fortement recommandée (Mac Leod) pour la guérison de la névralgie lépreuse, de l'anesthésie, de l'atrophie musculaire et des autres lésions trophiques. On ne peut guère en retirer de bénéfice qu'au point de vue de la lésion îocale , et encore temporairement, et seulement dans les premiers stades de la maladie, avant que le nerf n'ait subi la transformation fibreuse.

Dans le cas où les nodules lépreux s'étendraient sur la cornée et menaceraient de troubler Ja vision, Broeckmann a montré que l'extension du léprome peut être arrêtée par la division de la cornée sur le côté pupillaire de la lésion ; on a constaté que les bacilles ne traversent pas la cicatrice. La tarsorraphie pour l'ectropion de la paupière inférieure ; l'iridectomie pour l'iritis ou les synéchies ; la trachéotomie dans le cas de sténose larj'-ngée et l'ostéotomie pour les maladies des os peuvent parfois être indiquées. Morder recommande instamment l'amputation dans le cas d'ulcères perforants ou autres ; la santé générale est très améliorée par la suppression de tels foyers septiques. L'existence de la lèpre ne paraît pas s'opposer matériellement au succès d'opérations chirurgicales. J'ai une fois enlevé un énorme éléphantiasis du scrotum chez un lépreux avéré ; la présence de la lèpre n'empêcha pas la guérison de la large plaie opératoire, et l'homme guérit parfaitement en ce qui concerne l'opération.

S'il n'existait qu'un tubercule ou qu'une macule lépreuse limitée et qu'on ne trouvât aucun signe constitutionnel d'infection générale, il serait bon d'exciser largement la partie malade. Il se peut qu'en cet endroit nous soyons en présence de la lésion primitive de la lèpre (lieu d'invasion) et que la maladie soit encore limitée à ce point. En tout cas cette excision n'est pas nuisible ; et, en face de la destinée terrible qui est réservée à la victime de l'infection lépreuse, il serait regrettable de ne pas essayer toutes les chances possibles de succès, si petites soient-elles, comme celles que peut procurer une opération insignifiante. On a rapporté un cas {Arch. de Méd. Expér., janvier 1890) dans lequel un enfant âgé de 27 mois présentait à la tempe une petite tache rouge anesthésique, qui, à l'examen microscopique, se trouva contenir des bacilles lépreux. Le frère de cet enfant était un lépreux avéré. Six mois après la découverte de cette tache, elle fut excisée et la plaie cautérisée. Cela

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fut fait en octobre 1893; en avril 1894 le malade ne présentait aucun signe de lèpre.

Comme nous l'avons déjà dit, une maladie aiguë intercui-rente peut produire une résorption du dépôt lépreux. Cela a été plus particulièrement observé après l'érysipèle. On a, en conséquence, proposé de traiter la lèpre par des inoculations du streptocoque de Férysipèle ou par des injections de toxine filtrée obtenue avec des cultures de ce microbe (Impey).

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