PIAN
micro-organisme ; on n'a pu le déterminer d'une manière satisfaisante. Fierez et Nicholls ont tous deux trouvé un microcoque en grande quantité dans la tumeur et dans Texsudation. Ils ont réussi à le cultiver ; mais la relation de cause à effet entre le microbe et la maladie n'a pu être établie, les inoculations aux animaux n'ayant pas donné de résultats.
Diagnostic. — Une excroissance granulomateuse, rouge, indolore et insensible, plus ou moins volumineuse, circulaire, encroûtée, se produisant dans un district endémique, est presque certainement du pian. Le point principal à considérer dans la maladie, au double point de vue étiologique et diagnostique, est sa relation avec la syphilis. Certains auteurs distingués, et parmi eux Hutchinson, avancent encore que le pian est peut-être une syphilis modifiée par la race et le climat ; et certains caractères que ces deux affections possèdent en commun sont présentés à l'appui de cette assertion. La discussion durera sans doute tant que les germes respectifs du pian et de la syphilis n'auront pas été séparés, cultivés et inoculés. Autant que le démontrent les caractères cliniques et microscopiques, nous avons de bonnes raisons, sinon des preuves concluantes, pour regarder les deux maladies comme spécifiquement distinctes. Je puis mentionner la lésion primaire, l'infection du fœtus, l'adénite, l'exanthème, l'alopécie, l'absence de prurit, l'iritis, les déformations des dents permanentes, les affections osseuses et oculaireè, les lésions congénitales, le polymorphisme des éruptions, les lésions nerveuses et les gommes, comme appartenant en propre à la syphilis. Tous ces symptômes font défaut dans le pian. Bien plus, les deux maladies peuvent coexister chez un même individu (Powell cite deux cas, et Charlois deux, de syphilis surajoutée au pian) ; et une syphilis antécédente ne confère certainement pas l'immunité contre le pian. Le pian peut disparaître d'une agglomération, comme dans la Guyane anglaise (Daniels, Brit. Joiirn. of Dennal.,
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nov. 1896) et la syphilis y demeurer; le pian peut être très répandu dans une population, comme aux Fidji, et cependant la vraie syphilis, soit acquise, soit congénitale, y être inconnue. Finalement, on n'a jamais pu démontrer que la syphilis ait engendré le pian, ni que le pian ait donné naissance à la syphilis ; et, dans les régions où le pian est apparu soit à la suite de la syphilis, soit d'une manière indépendante, on n'a jamais pu prouver avec certitude que ce pian ne provenait pas d'un centre où il était connu comme endé inique.
L'argument thérapeutique en faveur de l'identité des deux maladies n'a de valeur qu'en apparence. Le soufre peut guérir la gale et le pytiriasis versicolor ; cependant nous ne sommes pas autorisés à en conclure que ces deux affections sont identiques. On peut en dire autant au sujet de l'influence du mercure et de l'iodure sur la syphilis et sur le pian.
Prophylaxie. — Elle consiste à prendre des mesures pour empêcher la contagion. Ces mesures sont : l'isolement des malades dans des locaux spéciaux ; le pansement et le traitement des plaies chez les personnes saines ; l'application de topiques antiseptiques sur les lésions produites par le pian, pour ohvier à la diffusion 'des germes ; la désinfection ou la destruction par le feu des maisons ou des cases notoirement infectées ; les précautions contre la pollution de l'eau de toilette par le virus.
Traitement. — Tous les auteurs sont d'accord sur l'opportunité de s'efforcer, par une bonne alimentation, par des toniques et par de légers purgatifs, d'améliorer la santé générale du malade. La plupart sont aussi d'avis qu'il faut favoriser l'éruption en stimulant les fonctions de la peau par des boissons chaudes prises en abondance ; par un bain chaud et un sérieux savonnage quotidien; et, durant la disparition
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de l'éruption, par des diaphorétiques tels que l'acétate d'ammoniaque, le gaïac, etc. Les préparations de soufre sont aussi recommandées comme laxatives ; on peut en user fréquemment dans les premiers stades de la maladie. Tous les auteurs sont d'accord sur l'opportunité d'éviter les refroidissements et en général tout ce qui tend à réprimer l'éruption ; les vêtements chauds sont donc indiqués. Beaucoup emploient le mercure ou l'iodure de potassium, ou les deux ensemble, lorsque l'éruption est pleinement développée. Ces médicaments ont sans aucun doute le pouvoir de faire disparaître l'éruption. Quelques praticiens les emploient rarement, ou ne les prescrivent que tardivement, considérant leur emploi trop hâtif comme pouvant produire des rechutes. Le mercure, vu sa tendance à produire de l'anémie, est moins fréquemment ordonné que l'iodure de potassium. Lorsque l'éruption reste squameuse ou papuleuse avec persistance, l'arsenic est souvent prescrit. Quelques médecins cautérisent les tumeurs avec du sulfate de cuivre; d'autres les pansent avec le nitrate de mercure ; d'autres avec Fiodoforme ; d'autres enfin les laissent guérir spontanément, bornant leurs soins locaux à un renforcement de propreté. Quand la plante des pieds est atteinte, on doit donner un pédiluve chaud pour ramollir l'épiderme qu'on incisera ensuite superficiellement pour libérer la tumeur sous-jacente. L'ulcération doit être traitée d'après les prmcipes ordinaires. Durant la convalescence, le fer, l'arsenic et la quinine sont indiqués.
CPIAPITRE XXX
VERRUGA DU PÉROU
Dans certaines vallées étroites des Andes, entre le neuvième et le seizième parallèles de latitude Sud, et à une hauteur de 900 à 3,000 mètres, existe à l'état endémique une forme aggravée d'une maladie ressemblant de très près au pian et connue localement sous le nom de « verruga ».
Les douleurs rhumatoïdes initiales et la fièvre particulière ont apparemment les mêmes caractères que celles du pian ; elles sont seulement plus accusées. De même que pour le pian, une attaque de verruga confère pratiquement l'immunité. Les symptômes constitutionnels semblent disparaître lors de la formation de la lésion cutanée qui, à en juger par les descriptions qui en ont été publiées, est un granulome macroscopiquement et microscopiquement identique à celui du pian. De même que dans cette dernière maladie, l'éruption peut être rare ou abondante, discrète ou confluente. Gomme dans le pian, les granulomes individuels peuvent ne pas se produire; dans d'autres cas ils peuvent rétrocéder rapidement; d'autres fois encore ils peuvent continuer à s'accroître, et puis, après être restés quelque temps stationnaires, se flétrir et disparaître peu à peu sans laisser de cicatrice. S'il existe une différence entre les caractères cliniques de la verruga et du pian, c'est sans doute au point vue du degré plutôt que de la nature des symplômes.
Dans la verruga, la fièvre initiale peut durer des semaines.
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OU môme des mois. Elle est très accusée dans de nombreux cas. Elle ressemble souvent à celle de l'infection paludéenne, présentant de rintermittence et s'accompagnant d'anémie profonde et d'hypertrophie du foie et de la rate. 11 est probable qu'il s'agit en pareil cas d'une infection mixte — la verruga attaquant un sujet paludéen. 11 arrive assez fréquemment, dans la région endémique, qu'un certain type de fièvre, qu'on croit appartenir à la verruga, se termine par la mort avant l'apparition de manifestations cutanées qui puissent établir le diagnostic avec certitude. Ce fut probablement le cas d'un étudiant en médecine, nommé Carrion, qui s'inocula le sang d'un granulome de verruga. Les symptômes qu'il présenta ressemblaient de très près à ceux de la fièvre mortelle dont il est question, et qui est connue localement sous le nom de fièvre d'Oroya.
Outre la gravité de la fièvre et les douleurs rhumatoïdes, la maladie péruvienne est remarquable par sa tendance à produire des hémorragies spontanées au niveau des lésions cutanées. Cette particularité doit sans doute être attribuée, comme les hémorragies de la « fièvre des montagnes », à la diminution de la pression atmosphérique dans les altitudes élevées ; car, lorsque les malades descendent dans les vallées ou au niveau de la mer, la tendance aux hémorragies di^paraît. Il est possible que la vascularisation anormale des tumeurs, qui sont parfois pénétrées par un réseau de sinus caverneux, soit une conséquence de la même cause.
Dans le pian, nous ne trouvons pas mention de la présence de granulomes fongueux ailleurs que sur la peau. Dans la verruga, il semblerait que les tumeurs puissent se développer sur les surfaces muqueuses — dans l'œsophage, Festomac, l'intestin, la vessie, l'utérus et le vagin. De là vient la dysphagie (symptôme fréquent) et la production occasionnelle d'hématémèse, de mélœna, d'hématurie, d'hémorragie vaginale dans cette dernière maladie.
La distribution géographique de la verruga, autant qu'on
THAITEMENT • ''^S
peut l'aflirmer, est singulièrement limitée ; la maladie est confinée à certaines vallées, et respecte les habitants des ■ régions voisines. On dit qu'on peut l'acquérir en traversant simplement les districts endémiques ; et que, contrairement à ce qui a lieu pour le pian, les animaux domestiques, dans ces districts, aussi bien ([ue les habitants humains, sont sujets à cette affection (^).
Traitement. — Il paraît que le froid tend à réprimer le développement de l'éruption, et que, jusqu'à ce que celle-ci se montre, la fièvre et les douleurs persistent. Pour cette raison, aussi bien que pour éviter l'hémorragie au niveau des tumeurs développées, le malade doit quitter les hauteurs et descendre près du niveau de la mer. Les hémorragies externes, quand elles se produisent, seront traitées par la compression graduelle ; à part ces recommandations spéciales, le traitement local et général est le même que pour le pian.
(') Deux mémoires détuillés sur celle quesliou oui j^aru récemment : « La maladie de Carrion », et un article dans la Presse médicale (27 juillet 1898), tous deux par le M.-E. Odriozola. II est assez étrange que Carrion ait expérimenté sur lui-même, alors que les animaux passent pour contracter la maladie. On ne fait, dans les ouvrages précédents, aucune mention d'expériences sur des animaux, tandis qu'on y loue Carrion pour son dévouement enthousiaste. Le lecteur peut consulter un article publié dans les Annales de l'Institut Pasteur [iS septembre 1898), « Note sur la bactériologie de la Verruga du Pérou », par M. Charles Nicolle.