‹ Maladies des pays chauds; manuel de pathologie exotique. Tr. de l'anglais [electronic resource]Chapitre 93 sur 136 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

GRANULOME ULCÉREUX DES PARTIES GÉNITALES î

Distribution géographique. — Les D" Neal, Ozzard, Conyers et Daniels [Brit. Guiana Med. Ann., 1896) décrivent une forme particulière de granulome ulcéreux affectant les parties génitales des races colorées. Les observations ont été faites dans la Guyane anglaise, et principalement sur des nègres des Antilles. Daniels croit avoir vu une maladie semblable ou identique chez les habitants des. Fidji. L'ulcération serpigineuse des organes génitaux décrite en Inde par Macleod [Iiid. Med. Gaz., 1882) et plus récemment par d'autres écrivains, en particulier par Maitland [Ind. Med. Gaz., 1899), est certainement la même affection dont j'ai vu, du reste, des exemples dans le sud de la Chine. Taylor, de New-York, l'a rencontrée chez des blancs aux États-Unis, et Goldsmith {Jauni, of Trop. Med., 1899) chez des indigènes du nord de l'Australie. La maladie est donc très largement répandue sous les tropiques, quoiqu'on la connaisse encore assez mal.

Age et sexe. — Cette forme d'ulcération n'a pas été observée avant la puberté; on l'a rencontrée seulement après treize ou quinze, et jusqu'à quarante ou cinquante ans. Elle se produit chez les deux sexes, mais particulièrement chez la femme. ,

Symptômes. - La maladie débute, dans la grande majorité des cas, au niveau des organes génitaux ou de l'auie,

SOUS forme d'un épaississement et d'un soulèvement de la peau, noduleux, circonscrit et insignifiant. La zone affectée, étant recouverte d'un épithélium très délicat, rosé et facile à détacher, s'excorie promptement et laisse à nu une surface qui tend à saigner et à s'écorcher, mais qui ne s'ulcère pas ordinairement d'une manière profonde. La maladie évolue de deux façons; par extension continue périphérique et excentrique , et par auto-infection d'une surface contiguë. Dans son extension, elle montre une prédilection pour les surfaces chaudes et humides; particulièrement les replis entre le scrotum et les cuisses, les grandes lèvres et les plis de l'aine (fig. 49).

Elle évolue très lentement et met plusieurs années à recouvrir une large zone. En même temps que l'extension périphérique, une cicatrice dense, rétractée, inégale et s'éraillant facilement, se forme sur la surface parcourue par l'active excroissance, plus ou moins finement nodulée, qui constitue le pourtour de la formation pathologique. Parfois, des îlots de cette tumeur active apparaissent dans le tissu cicatriciel; mais c'est à la marge de la zone impliquée que les caractères spéciaux de la maladie doivent être observés. Lorsque l'on a affaire à une tumeur assez ancienne, on trouve une large zone de tissu cicatriciel, blanc ou irrégulièrement pigmenté, parfois excorié, n'ayant pas l'aspect de la peau saine, rétracté, plissé et dense ; la périphérie, irrégulière, étroite et serpigineuse, est constituée par du tissu de nouvelle formation, noduleux, légèrement

Fig. 49. — Granulome ulcéreux des parties génitales (homme).

)i8 GRANULOME ULCÉREUX DES PARTIES GÉNITALES

surélevé, rouge, vernissé, couverL d'une mince pellicule, ou rosé, superficiellement ulcéré ou crevassé.

Chez la femme (fig. 5o), la maladie peut s'étendre dans le vagin, sur les lèvres et le long des plis de l'aine. Chez l'homme, elle peut envahir le pénis (y compris le gland), le scrotum et le haut des cuisses. Chez les doux sexes, elle

pig 5o. — Granulome ulcéreux des parties génitales (femme).

peut se répandre en quelques années sur le pubis, le périnée, et postérieurement jusqu'au coccyx. Parfois, un liquide abondant suinte ou même s'écoule de la surface du granulome, souillant les vêtements, macérant la peau et émettant une odeur particulièrement désagréable. Dans ces conditions, la maladie, s'étendant lentement, dure des années et donne lieu à des inconvénients et parfois à des troubles sérieux du côté de l'urètre, du vagin ou de l'anus, mais sans nuire autrement à la santé du malade.

Histologie. — A l'examen microscopique, on trouve le tissu de nouvelle formation, à la périphérie de la tumeur, formé de nodules ou de groupes de nodules, consistant en cellules rondes, à larges noyaux, se colorant mal. Ces cel-

liiles sont entourées d'un réseau fibreux délicat. Les niasses noduleiises sont, pour la plupart couvertes d'épithélium, leur surface inférieure s'élevant graduellement audessus d'un épais stroma fibreux dans lequel des groupes de semblables cellules rondes sont englobées çà et là. Les tumeurs, quoique très vasculaires, ne contiennent pas d'épanchements sanguins; et il n'y a aucun signe de suppuration ou de caséification, aucune cellule géante et aucun bacille tuberculeux. Une coupe verticale des petits nodules montre la masse des cellules rondes en forme de coin, la base tournée vers la peau, le sommet ordinairement traversé par un ou deux poils. Le tissu de nouvelle formation est surtout rencontré autour des follicules sébacés, des vaisseaux sanguins, des lymphatiques et des glandes sudoripares; mais il est spécialement abondant et plus profondément situé autour des follicules pileux. Jusqu'ici, aucun micro-organisme caractéristique n'a été découvert. Pour plus ample description histologique, le lecteur pourra consulter un article détaillé du James Galloway, dans le Bntish Journal of Dennatology, sivrii 1897.

Étiologie. — Il y a quelque raison de croire que la maadie est souvent, sinon toujours, d'origine vénérienne. Maitland l'a observée sur la bouche d'un mari et de sa femme. Il considère qu'elle peut être inoculée au niveau d autres plaies de nature vénérienne, telles qu'un bubon ulcère, et qu'une lésion mixte peut en résulter. La nature au virus est inconnue.

Biagnostic. - Dans la Guyane anglaise, comme ailleurs les ulcérations syphilitiques et autres de laine sont assez communes; la maladie que nous étudions en diffère cependant fceaucoup par ses signes cliniques, histologiques et thérapeutiques. Elle est caractérisée par son extrLe chromcite - dix ans et plus -, par l'absence de cachexie ou

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d'une tendance à produire la mort, par la non-implication du système lymphatique, et par sa résistance au mercure et à riodure de potassium. La maladie à laquelle elle ressemble le plus est le lupus vulgaris. Elle en diffère néanmoins en ce qu'elle est confinée pratiquement aux organes génitaux et à leurs environs, affecte aussi bien les muqueuses que les surfaces cutanées, tend à suivre dans sou extension les plis de la peau, n est pas associée à la présence du bacille de Koch, de cellules géantes, de caséification ou d'autres signes de tuberculose.

Traitement. — Cette maladie est très rebelle à tout traitement. Le raclage ou la cautérisation, y compris le thermocautère, ont été largement employés; mais, quoiqu'on ait pu en retirer une certaine amélioration, l'apparition de nouveaux nodules s'est invariablement produite sur la cicatrice ainsi obtenue. '° L'excision complète, lorsqu'on peut la pratiquer, donne ^ les meilleures chances de guérison permanente; on doit ] naturellement l'entreprendre avant que de larges zones ,i cutanées ou que des régions dangereuses aient été envahies. || Conyers et Daniels ont trouvé que le camphre et 1 acide ;| phénique en parties égales, et l'acide salicylique dans 1 on- ■ lent créosoté (. grammes à a gr. 5o pour 3o grammes , donnent les meilleurs résultats; ils n'ont eu cependant i de guérison complète dans aucun cas, la tumeur reparaissant invariablement sur la cicatrice dès la cessation du traitement. Maitland recommande l'application répétée de caustique de Vienne, suivie de pansements à l'acide borique.

Le mercure et l'iodure de potassium ne produisent aucune amélioration.

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