X.- LA GRAISSE DES HARICOTS (pi. V, fig
Cette altération, assez répandue dans les champs des environs de Paris, y cause d'assez graves dégâts, surtout dans les étés humides et orageux ; la maladie procède par plages éparses, plus ou moins étendues ; elle attaque inégalement les diverses variétés, parmi lesquelles le Flageolet Chevrier est particulièrement sensible.
Les tiges, pétioles et feuilles peuvent être atteints et présenter des lésions peu caractérisées rappelant celles de la gelée ; mais ce sont surtout les gousses qui sont attaquées quand elles atteignent 8 à 10 centimètres de longueur ; elles montrent des taches d'étendue et de forme variables, d'abord d'un vert foncé ressemblant à la macule produite par une goutte d'huile ou de graisse, d'où le nom donné à la maladie. Selon les variétés, la tache peut rester sèche, entourée d'une bordure rouge diffuse ; ou plus souvent le tissu se ramollit et laisse exsuder un liquide visqueux, plein de Bactéries. La lésion s'étend aussi en profondeur; les graines elles-mêmes s'infectent et présentent des taches d'un brun clair.
La graisse du Haricot peut se confondre avec 1' « anthracnose », due à un Champignon, le Colletotrichum Lindemuthianum ; dans cette dernière maladie, les taches, entourées d'une bordure d'un pourpre noir, se creusent et se couvrent de petites pustules d'un rose de chair qui sont les fructifications du Champignon ; on ne voit rien de tel dans la graisse, qui d'ailleurs peut accompagner l'anthracnose sur les mêmes gousses.
Planche V
Graisse des Haricots. — 1. Gousse portant une iache jeune, a. — 2. Gousse portant une tache plus âgée. — '.i. Bactéries : a, forme observée en culture jeune ; 6, c, d, formes en chapelet et en filaments plus ou moins contournés, observées dans des cultures âgées.
Maiadie des taches BT.A^CHKs DU TATîAr. — i. Portion de feui le malade.
Maladie dd Blé rose. — ."i. Coupe dun grain atteint : /, lacune (d'après- Prillicux).
54 MALADIES BACTERIENNES.
La Bactérie cause de la graisse existe abondamment dans les cellules des taches, elle en détruit en partie les parois. La culture en est facile ; le milieu n'est pas coloré •et la gélatine reste inaltérée ; dans les cultures âgées, on rencontre des formes irrégulières, de longs filaments pelotonnés.
L'infection se fait très facilement par piqûre d'une gousse saine avec une aiguille chargée d'un peu de pulpe malade, ou d'une goutte de la culture jeune de la Bactérie, qui d'ailleurs perd rapidement ses propriétés pathogènes par la culture. L'infection peut aussi se réaliser par simple contact, sans blessure préalable, mais la réussite en est moins assurée. Dans les champs, les premières taches apparaissent à l'extrémité de jeunes gousses traînant sur le sol ; cependant la Bactérie ne doit pas persister longtemps dans la terre. Mais, si l'on sème des graines atteintes, les pieds qui en proviennent se développent très peu, s'affaissent et pourrissent ; ils apportent ainsi au sol la Bactérie virulente, capable d'infecter les pieds voisins. C'est donc par le semis de graines malades que la graisse se propage d'une année à l'autre.
La graisse des Haricots est très probablement identique à une maladie de cette même plante signalée en Amérique par Beach et Halsted (1902), puis par E.-F. Smith et attribuée par ces auteurs au parasitisme d'une Bactérie, le Pseudomonas Phaseoli Smith.
Traitement. — Observer rigoureusement un assolement triennal.
Ne semer que des graines soigneusement choisies dépourvues de toute tache. Pour plus de sécurité, on peut n'utiliser que des semences provenant d'une région indemne de la maladie.
MALADIES BACTERIENNES DES LILIACEES. 55