I. — EXOASCÉES
Les Exoascées sont des Ascomycètes très simples chez lesquels les asques naissent librement sans constituer un appareil difîérencié ; on peut assez bien les comparer pour leur structure et leur mode d'action aux Exobasidiées.
Les Exoascées comprennent des espèces parasites dont le mycélium circule dans les tissus vivants des plantes en restant parfois locahsé sous la cuticule ; dans tous les cas, les asques se forment sous cette cuticule, qu'ils percent pour faire saillie au dehors. Les spores germent par production de spores secondaires, qui ellesmêmes donnent des spores tertiaires et ainsi de suite, de sorte que ce développement rappelle celui d'une levure. Souvent la germination s'accomplit dans l'asque qui à maturité paraît renfermer un très grand nombre de spores.
Les Exoascées produisent sur les plantes qu'elles attaquent des déformations parfois importantes, J des
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boursouflures (cloques) sur les feuilles, des hypertrophies des fruits et souvent aussi de véritables balais de sorcière dus à une ramification abondante sous l'action de l'irritation causée par la présence du mycélium.
Deux genres importants constituent la famille des Exoascées :
Les Exoascus, dont le mycélium vivace persiste dans les rameaux de la plante nourricière et infecte les bourgeons au printemps ; les spores ne germent pas généralement dans l'asque. La conservation du parasite se fait d'une part par les spores, de l'autre par le mycélium hibernant.
Les Taphrina ont au contraire un mycélium annuel périssant chaque année avec l'organe (feuille) qui le renferme ; ils ne persistent d'une année à l'autre que par leurs spores. Les dégâts causés par les Taphrina sont limités à des taches sur les feuilles, et bien moins importants que ceux que causent les Exoascus.
Genre Exoascus.
Exoascus deforiiians (Berk.) Fuck. (cloque du Pêcher, pi. XLVI, fig. 1-5). — On rencontre fréquemment, dès le premier printemps, des pêchers dont certaines feuilles sont déformées, crispées, ondulées et portent des bosselures irrégulières convexes à la face supérieure ; en même temps ces feuilles s'épaississent fortement et deviennent cassantes, caractères qui suffisent pour distinguer la cloque des déformations dues à la piqûre des pucerons. Les feuilles cloquées pâhssent, prennent une coloration d'un vert ou d'un jaune pâle, souvent rosée, et se couvrent à la face supérieure d'un fin velouté au moment de la fructification du parasite.
Les extrémités des rameaux peuvent aussi être atteintes
et présentent des boursouflures charnues, à surface grumeleuse, décolorées et souvent disposées suivant des lignes longitudinales partant de l'insertion d'une feuille.
Quant aux fruits, les fruits lisses des brugnons sont seuls, semble-t-il, susceptibles d'être atteints; ils montrent des taches d'un blanc verdâtre, plus pâles que le reste du fruit, saillantes, à surface irrégulière.
Les déformations des feuilles sont dues à une hypertrophie de tout le tissu ; l'épiderme et le tissu en palissade se multiplient abondamment par un cloisonnement parallèle à la surface du limbe ; puis les nouveaux éléments se divisent dans tous les sens, aboutissant à la formation d'un parenchyme homogène où la chlorophylle disparaît rapidement. Cette multiplication des cellules produit un accroissement de la feuille en épaisseur et surtout en surface, d'où les boursouflures.
Entre les cellules du tissu hypertrophié chemine un mycélium hyalin, cloisonné, formé de cellules inégales occupant les méats sans pénétrer les cellules. Au voisinage de l'épiderme supérieur, les filaments s'enfoncent entre les cellules et viennent s'étaler entre elles et la cuticule en une mince couche formée d'éléments presque globuleux ; ce sont les rudiments des asques. Au moment de la fructification, chacune de ces cellules s'allonge vers l'extérieur, traverse la cuticule, puis se divise à la base par une cloison : la cellule inférieure est la cellule basilaire ; la supérieure l'asque. Les asques sont cylindriques, tronqués au sommet et renferment huit ascospores arrondies et hyalines qu'une fente longitudinale au sommet de l'asque met en liberté. Les spores germent rarement dans l'asque, mais dans l'eau elles se multiplient en bourgeonnant comme des levures.
Le mycélium hiverne dans l'écorce, la moelle et les rayons médullaires des jeunes rameaux; aussi la cloque
Planche XL VI.
Exoascées.
r"t-! As. a,.
Exoascus déformons. — 1. Feuille de Pêcher atteinte de la cloque. — 2. Lésions sur l'exlrémilé d'un rameau. — 3. Un brugnon attaqué. — 4. Coupe d'une feuille atteinte : Cutic.s., cuticule de l'épiderme supérieur, Ep. ; Pa.fi., parenchyme de la feuille; My., mycélium; As.j., asques jeunes; As., asque mùr; Sp., spores; As.L, asque dont les spores ont bourgeonné; As.d., asque ouvert; Ba., cellules basilaires des asques.
Exoascus Pruni. — 6. Prunes déformées (pochettes). — 7. Asques; au milieu et à droite, les spores ont bourgeonné dans les asques; Ba., cellules basilaires: F., fente de déhiscence.
23i MALADIES CRYPTOGAMIQUES.
réapparaît-elle chaque année sur les arbres atteints. On ne connaît pas d'ailleurs la manière dont se fait l'infection première.
Traitement. — 1^ Enlever et brûler toutes les feuilles et tous les rameaux malades ; si l'arbre est très atteint, il est préférable de l'arracher, car il constitue un foyer d'infection ;
20 Au moment du développement des feuilles, pulvériser une bouillie bordelaise neutre et faible (1 à 1,5 p. 100 de sulfate de cuivre) ; on peut avantageusement, avant le débourrage) badigeonner les arbres avec une bouillie contenant 10 p. 100 de sulfate de cuivre pur et 5 de chaux.
Exoascus Pruiii Fuck. (pochettes du Prunier) (pi. XLV, fig. 6-7). — Seuls les fruits des Pruniers sont atteints par ce parasite. Le mycélium hiverne dans les rameaux et pénètre au printemps dans les fleurs, qu'il stérihse ; mais l'irritation amène une prolifération abondante de l'ovaire, et le fruit est remplacé par une sorte de sac allongé, creux et dépourvu de noyau, formé uniquement aux dépens des parois de l'ovaire. Ce sont ces organes qu'on désigne sous le nom de pochettes ou de prunes cornichonées.
Les tissus hypertrophiés ont une constitution homogène, analogue à celle des feuilles cloquées du Pêcher ; le mycélium se rassemble sous la cuticule pour fructifier comme celui de V Exoascus dejormans ; les spores germent assez fréquemment dans l'asque.
Traitement. — Le seul procédé à employer est de récolter et de brûler les pochettes.
Exoascus Cerasî (Fuck.) Sadeb. (pi. XLVII, fig. 1). — Cette espèce, très répandue en Allemagne, moins fréquente en France, amène une réaction toute difïérente de la part de la plante attaquée ; on la rencontre sur le Cerisier, sur lequel elle produit des balais de sorcière formés de rameaux dressés, abondamment rami-
Planche XLVll.
Exoascées.
Exoascus Cerasi. — 1,. Un balai de sorcière.
Taphrina bullata. — 2. Feuille de Poirier alteinte de la « cloque ».
Taphrina aurefi. — 3. Feuille de Peuplier pyramidal attaquée. — A. Portion d'une coupe (face inférieure) dans la région cloquée : As.j., asque jeune contenant des globules jaunes. G.j . ; As., asque adulte dont les spores ont bourgeonné ; Ep., épiderme inférieur de la feuille ; Cutic. /., cuticule.
fiés, hypertrophiés à la base et qui se distinguent facilement au printemps à leur absence de fleurs. Les feuilles qui ne sont pas contournées, comme dans la cloque du Pêcher, sont épaissies et ont un aspect luisant ; en mai et juin, leur face supérieure se couvre d'un velouté constitué par les asques qui font saillie en perçant la cuticule et ressemblent à ceux des espèces précédentes. Exoascus Insititiee Sadeb. — Cette espèce se comporte absolument comme la précédente dont elle ne diffère que par les dimensions plus réduites de ses organes de reproduction ; elle produit des balais de sorcière sur le Prunier cultivé et un Prunellier sauvage {Prunus Insititia).
Parmi les Exoascus, moins importants au point de vue pratique, les uns se comportent comme VExoascus deformans et déforment simplement les feuilles, par exemple VE. Cratsegi (Sad.) Fuck. sur les Aubépines ;
D'autres, plus nombreux, produisent des balais de sorcière sur les arbres forestiers :
Exoascus turgidus Sad. et hetulinus (Rostrup) Sad. sur les Bouleaux ;
E. Carpini Rostrup sur le Charme ;
E. Tosquinetii (West.) Sad. sur l'Aune ;
D'autres enfin provoquent des déformations des organes reproducteurs, comme VE. Rostrupianus Sad. qui produit les pochettes du Prunellier {Prunus spinosa) et VE. amentorum Sad. {E. alnitorquus Tul.), qui amène une hypertrophie considérable des écailles des chatons femelles de l'Aune.
Genre Taphrina.
Taphrina liullata (Berk. et Br.) Tul. (cloque du Poirier) (pi. XLVII, flg. 2). — Cette espèce attaque les feuilles du Poirier et y forme de petites cloques
DISGOMYGETES. 237
vertes, puis brunes, dont la face inférieure devient blanche et pulvérulente à la fructification. Le mycélium est localisé entre l'épiderme et la cuticule ; les asques, pourvus d'une cellule basilaire, contiennent huit spores qui germent dans leur intérieur.
Ce parasite ne cause que des dégâts insignifiants.
Taphrina aurea (Pers.) Fr. (pi. XLVII, fig. 3-4). — C'est une espèce très commune sur les feuilles des Peupliers {Populus nigra, pyramidalis, monilifera) ; elle produit des cloques saillantes à la face supérieure et très reconnaissables à la couleur jaune d'or que prend la face inférieure ; cette coloration est due à des gouttelettes d'une matière colorante que renferment les asques jeunes et qui disparaît au moment de la formation des spores. Les asques sont tantôt arrondis à la base et dépourvus de cellule basilaire, tantôt prolongés en coin entre les cellules épidermiques et pourvus tout à leur base d'une cloison qui isole une petite cellule basilaire triangulaire. Les spores se multiplient abondamment à l'intérieur des asques.
Les dégâts causés par le Taphrina aurea sont peu importants.
Citons encore parmi les Taphrina :
T. Johansonii Sad. sur les chatons du Peuplier tremble, et T. rhizophora Johanson sur ceux du Peuplier blanc ; ces deux espèces sont voisines de T. aurea ; leurs asques ne présentent jamais de cellules basilaires ;
Taphrina cœrulescens (Mont, et Desm.) Tul., sur les feuilles des Chênes ;
T. Betulœ (Fuck.) Johans., sur les feuilles du Bouleau ;
T, JJlmi (Fuck.) Johans. sur celles de l'Orme.