QUATORZIÈME LEÇON
L'angine rhumatismale constitue Tune des manifestations, ou pour mieux dire Tune des localisations les plus intéressantes du rhumatisme aigu. Signalée par tous les observateurs, depuis Hippocrate lui-même, jusqu'à nos jours, elle a surtout été décrite par Van Swieten, Sydenham, Joseph Frank. Récemment encore, son étude était remise à Tordre du jour, par les recherches de Trousseau et surtout de M. Lasègue.
Quelle que soit la théorie que l'on admette pour Texpliquer^ un fait incontestable se dégage au-dessus de toute discussion : c'est qu'il existe une aflTection gutturale en rapport avec le rhumatisme aigu. Quant aux relations qu'afTecte cette angine avec les manifestations articulaires on peut les ranger dans trois catégories bien distinctes.
Dans nombre de cas, raffection pharyngée précède Tattaque de rhumatisme articulaire; mais tantôt elle constitue un phénomène initial, transitoire, semblable à la fluxion des jointures, pouvant se montrer immédiatement avant l'invasion de celle-ci et disparaître comme elle; tantôt au contraire l'angine précède de trois ou quatre jours, parfois de près d'une semaine, la poussée articulaire, qu'elle annonce.
Dans un second groupe de faits, d'ailleurs rares, c'est dans le cours même de Taffection rhumatismale aiguë que la localisation gutturale se développe.
Enfin, chez un rhumatisant par hérédité, chez un diathésique, ayant déjà souffert de manifestations arthritiques , on peut voir survenir tout à coup un mal de gorge avec des caractères spéciaux : fl s'agit alors d'une angine rhumatismale sans rhumatisme articulaire.
n n'est pas nécessaire de vous présenter entièrement rétude étiologique du rhumatisme, pour vous faire connaître les CAUSES de cette angine : il me suffira de passer en revue avec vous les circonstances occasionnelles qui donnent naissance à la manifestation gutturale. Je vous citerai en première ligne les refroidissements subits^ surtout lorsque le corps est en sueur : comme corollaire, nous trouvons l'influence saisonnière ; plus particulièrement, le passage du printemps à l'été jouerait un rôle important. L'angine rhumatismale, d'après la plupart
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des observateurs, est donc une affection printanière, ainsi que l'avait remarqué Hippocrate. Les nuits froides, les professions qui exposent aux changements brusques de température, voilà autant de circonstances étiologiques dont il faut tenir compte pour expliquer l'éclosion de la maladie. Je ne vous parle pas, bien entendu, de la diathèse rhumatismale, dont l'action prépondérante n'est plus guère contestée de nos jours.
Le fait le plus frappant dans la symptomatologie de Tangine rhumatismale, est le contraste remarquable qui existe entre la véhémence des troubles fonctionnels et en particulier de la douleur, d'une part, et la faible intensité des signes objectifs d'autre part.
En effet, le phénomène capital est la douleur : nulle pendant le repos du pharynx, ou à peine marquée et rapportée souvent alors à la région de l'oreille, elle se réveille aiguë, parfois déchirante, pendant le plus petit effort de déglutition. A ce moment, le malade se livre aux grimaces les plus bizarres (Jos. Frank). Trousseau a bien observé que c'est surtout quand il s'agit d'avaler quelques gouttes de liquide, que la dysphagie est le plus pénible.
Comment peut-on expliquer ces particularités ^^aiment spéciales à cette angine? Ce n'est certes point par le gonflement, puisqu'il est précisément peu marqué et que la muqueuse de la gorge est seulement injectée.
Joseph Frank a parfailement rendu compte de cette apparente contradiction par le siège musculaire de l'affection qui a été également considérée par Ghomel comme occupant les muscles pharyngiens. C'est qu'en effet il y a là un phénomène analogue à ceux que l'on observe dans le rhumatisme musculaire périphérique; et l'on sait que celui-ci (dont les lésions anatomiques sont presque inappréciables) ocxîasionne cependant d'atroces douleurs.
Les signes objectifs se réduisent en somme à bien peu de chose : la rougeur de la gorge constitue à peu près le seid symptôme constatable. Cette rougeur est diffuse; elle n'est point disposée par plaques, et sa teinte est d'un rouge sombre. Elle occupe d'ordinaire les piliers du voile palatin et, d'après J. Frank, les bords de ce même voile; mais les amygdales ne sont pas atteintes, ou bien elles ne se prennent que tardivement. Enfin, la sécrétion de la muqueuse est peu abondante, sans que l'on puisse dire cependant qu'il existe une sécheresse absolue.
Le gonflement est peu prononcé, souvent même il manque totalement (J. Frank, Trousseau) ; on constate très-exceptionnellement un léger œdème (Lasègue). Enfin, chez quelques sujets, on a vu se développer des groupes de vésicules herpétiques disséminés sur la muqueuse (Frank, Monneret, Raphaëlian). Quant à la tuméfaction ganglionnaire, c'est un signe inconstant et, en tout cas, sans grande valeur.