DIAGNOSTIC DE LA PSEUDO-ANGINE DE POITRINE
II. — Diagnostic de l’angine de poitrine vraie et de la pseudoangine. — Affection spontanément douloureuse, sans doute, mais nullement redoutable dans la pseudo-angine; affection dont ladouleur est presque constamment provoquée par l’effort et se terminant le plus souvent par la mort subite dans l’angine coronarienne. II y a donc deux sortes d’angineux : 1° ceux qui meurent souvent et (pii guérissent quelquefois;
ceux qui guérissent presque toujours et qui meurent très rarement. Chez les premiers, je le répète, la douleur précordiale suit un effort, une marche contre le vent, une course : c'est l’angine de poitrine liée à une lésion des coronaires. Chez les seconds, la douleur n'est plus éveillée par un effort ou une course, clic est provoquée parla pression; il ne s’agit plus d’une angine de poitrine, mais d’une fausse angine.
L’angine de poitrine vraie résulte d'une claudication intermittente du cœur, comme l’a dit Potain. On connaît la claudication intermittente des membres chez les animaux. Chez un cheval atteint d'une oblitération des artères iliaques, une course est d'abord possible; puis tout à coup l’animal s’affaisse; il se relève au bout d’un instant, mais pour retomber en éprouvant une vive douleur dans les membres s’il se remet à courir. Ses muscles, suffisamment irrigués quand il était au repos, ne l’étaient plus assez dès «pie, du fait de leur mise en activité, ils réclamaient un appel plus considérable de sang. Il en est de même du cœur des angineux. Irrigué suffisamment quand il est au repos, l’organe, du fait de l’oblitération incomplète des coronaires, ne reçoit plus une quantité suffisante de sang dès qu'il fonctionne avec une activité accrue, et la douleur angineuse est le cri de souffrance de l’organe qui défaille. Par le repos, la douleur s’arrête pour reprendre si le malade s’obstine à repartir du même pas (1).
(I) J’ai compté (Traité clinique des maladies du cœur et de l’aorte. Paris, 1899-1905) plus de cinquante théories diverses émises sur la nature de l’angine de poitrine. Or, voici encore une autre théorie qui vient de surgir : la distension cardiaque, cause de l’angine de poitrine (J. -P. Tessier, Thèse de Paris, 1905). En deux mots, je dis que cette théorie, inspiré# par Merklen, est absolument erronée pour trois raisons:
DYSPEPSIE ET PSEUDO-ANGINE DE POITRINE
Dans la nuit, apparaissent parfois des accès spontanés. Ces accès, plus intenses, plus durables que ceux du jour, surviennent encore dans l’angine de poitrine vraie. Ils s’obser* vent également dans les fausses angines de poitrine. Mais ce n'est pas sur l’intensité de la douleur que le praticien se fondera pour établir son diagnostic. Il existe des fausses angines très douloureuses et des angines vraies qui le sont très peu. Celles-ci ne tuent pas par douleur, mais par syncope non douloureuse. Les malades s'affaissent tout à coup ; on croit à un anévrysme qui s’est rompu ; c’est le plus souvent une syncope angineuse qui a déterminé la mort. L’intensité de la douleur ne sert donc pas de signe différentiel, et les accès nocturnes des coronariens ne sont pas spontanés, à proprement parler; ils sont provoqués par l’augmentation de la tension artérielle qui survient souvent pendant la nuit ou pendant le sommeil et qui devient une cause d’effort pour le myocarde défaillant.
Pour conclure, voici les quatre lois cliniques que j'ai établies et dont la réalisation n’est jamais en défaut :
1° Toute angine de poitrine produite par un effort quelconque, par la marche rapide , est une angine vraie ou coronarienne.
2° Toute angine de poitrine se produisant spontanément sans T intervention d'un acte nécessitant un effort , est une angine fausse ou névralgique.
3° Lorsqu’un malade ayant des crises provoquées par l'effort , en a de spontanées pendant la nuit , la première loi n'est pas en défaut : il s'agit toujours d’un angineux vrai.
4° Les douleurs précordiales provoquées par la pression ne sont pas des douleurs angineuses (1).
1° la distension cardiaque est due le plus souvent dans ces cas à la sclérose concomitante du myocarde ; 2° à l'autopsie des angineux vrais, on trouve presque toujours le cœur rétracté et vide de sang; 3° les manifestations douloureuses de la distension cardiaque sont absolument différentes, par leur intensité et leurs caractères, des manifestations douloureuses de la sténocardie. Cette théorie passera, comme tant d’autres !
(1) ITuchard, Traité des maladies du cœur et de l’aorte, t. II. Paris, 1899 à 1905. Les maladies du cœur et leur traitement. Paris, 1908.