I. — Diagnostic de la pseudo-angine de poitrine
Un malade vient nous consulter pour des troubles cardiaques, caractérisés par une précordialgie très vive, avec douleur et engourdissement du bras gauche.
En présence de ces simples déclarations, on songe aussitôt à l'angine de poitrine. Mais, en poussant plus loin l'interrogatoire, on apprend que les douleurs sont spontanées, qu’elles ne succèdent pas à un effort quelconque, ni à la marche ascensionnelle, ni à la course, et qu'il est impossible au malade de les faire naître pour ainsi dire à volonté en montant rapidement une côte ou en marchant très vite. Dès lors, il ne s'agit plus d’angine de poitrine vraie, coronarienne, mais de cet état particulier et complexe qui constitue la pseudo-angine.
DYSPEPSIE ET PSEUDO-ANGINE DE POITRINE
1. — Trois sortes de précordialgies. — Pour s’orienter dans le diagnostic si important de l’angine de poitrine, il importe de connaître la valeur séméiologique des différentes douleurs précordiales que j'ai étudiées sous le nom de précordialgies , et dont un de mes élèves a fait le sujet de sa thèse inaugurale (1). Les douleurs ressenties à la région du cœur doivent être divisées en trois classes :
1° Douleur provoquée par V effort. — Cette douleur, toujours provoquée par un effort, une marche ascensionnelle, une marche rapide après les repas ou contre le vent, par l’action de courir ou de soulever un fardeau, a pour caractère de ne pas être produite ou augmentée par la pression. C’est la douleur de l’angine vraie, ou sténocardie coronarienne.
2° Douleurs provoquées ou augmentées par la pressioti. — Ce sont les douleurs des névralgies phrénique et intercostale, de la pleurésie diaphragmatique, de certaines péricardites, delà pleurodynie, de beaucoup d’affections nerveuses. Elles rappellent grossièrement celles de la sténocardie coronarienne et s’en distinguent très facilement, ne serait-ce que par leur provocation à l’aide de la pression exercée sur les points douloureux. Nous le répétons, les douleurs de la sténocardie coronarienne ne sont pas provoquées par la pression du doigt sur la paroi précordiale, ou elles sont très rarement augmentées par cette pression.
3° Douleurs spontanées. — Vaguement sensibles à la pression, elles peuvent survenir spontanément et sans cause occasionnelle et n’être pas produites par un effort. Ce sont des pseudo-angines de poitrine dont le pronostic n’offre aucune gravité, malgré l’intensité et la durée des accès douloureux; elles surviennent dans un grand nombre d'états morbides divers, dans l’hystérie, la neurasthénie, la dyspepsie.
(1) IIuchaiu), Traité des maladies du cœur et de l’aorte, 1889, 1893, 1899-1905. Journal des praticiens, 1893. Le pronostic dans quelques affections cardiaques ( Journal des praticiens, juin 1903). — P. Chevillot, Les précordialgies (étude séméiologique) ou les douleurs de la région du cœur. Thèse de Paris, 1893.