CARACTÈRES CLINIQUES DE LA STÉNOSE CONGÉNITALE
et réciproquement. Il y a ainsi des conceptions théoriques qui entreront difficilement dans la pratique, et on ne saurait trop répéter que dans les maladies valvulaires l'appréciation exacte de leur aggravation est bien plutôt basée sur les symptômes généraux que sur des finesses d’auscultation, lesquelles ne sont pas toujours accessibles à tous les cliniciens. D'autre part, comme je l'ai démontré dans mon Traité des maladies du cœur, il est moins important, au point de vue clinique, de connaître le degré d'une lésion , d'un rétrécissement ou d une insuffisance valvulaire, (pie la gravité de la maladie , et cette gravité se reconnaît beaucoup mieux par la constatation des troubles fonctionnels que par celle des signes physiques. En voici deux preuves : il y a des rétrécissements mitraux extrêmement serrés et aphones , c’est-à-dire latents au point de vue des signes physiques et sans bruit morbide; on a vu un rétrécissement très serré de trois orifices (mitral, Iricuspidicn, aortique), où l’adaptation s’est faite de telle sorte que pendant d’assez longues années la maladie a silencieusement évolué avec des phénomènes tardifs de décompensation, et dans ces cas il n'a jamais été question de dédoublement à « précession aortique ou pulmonaire ».
Pour terminer ces quelques considérations sur le rétrécissement mitral, il est utile de donner quelques indications cliniques dont l’importance pratique est grande. Souvenons-nous toujours des trois principales physionomies du rétrécissement mitral : affection dyspnéisante , hémopto'isante , embolisante. Souvent elle est encore pal pilante.
a. — C'est une maladie dyspnéisante. Tous les malades atteints de rétrécissement mitral, quelles qu'en soient l’origine ou la période, se plaignent d’essoufflement; dès qu’ils montent un escalier, qu’ils marchent même avec une allure habituelle, il y a de la dyspnée. Ce symptôme est si habituel (pie son absence, dans quelques rares cas, m'a fait toujours émettre des doutes sur l'exactitude du diagnostic, et je m’étonne que jusqu'ici les auteurs ne l’aient pas davantage
LES RÉTRÉCISSEMENTS MITRAUX.
placé au premier rang parmi les troubles fonctionnels (le la maladie. Kappelons-nous que les deux cardiopathies les plus dyspnéisantes sont la sténose mitrale et la sclérose cardiorénale. Cela, j’ai voulu le démontrer en mesurant la capacité respiratoire des sujets à l'aide du spiromètre de Dupont, appareil très simple el très pratique. Voici les deux principaux résultats auxquels est arrivé un de mes élèves, le D1' Guido Castelli de Florence) qui, sur mon conseil et dans mon service de Necker, a fait des recherches très consciencieuses silice sujet : 1° Parmi les maladies valvulaires, c’est le rétrécissement mitral, même bien compensé, qui présente la plus grande diminution de capacité respiratoire, se chiffrant par I 000 centimètres cubes en moins; d’autre part, la digitaline, contrairement aux vues théoriques de beaucoup d'auteurs, exerce sur la dyspnée du rétrécissement mitral une influence remarquable, ainsi que je ne cesse de le répéter, et son administration a fait augmenter la capacité respiratoire de 200 à \ 50 centimètres cubes, l’action du remède persistant pendant une dizaine de jours; 2° les cardiopathies artérielles s’accompagnent toutes, même à leur début, d’une grande diminution de la capacité respiratoire (1 250 centimètres cubes en moins , et celle-ci est à son maximum dans le rétrécissement mitral artérioscléreux, dans la sclérose cardio-rénale, puis dans l'insuffisance aortique artérielle. Ces chiffres démontrent, une fois de plus, que j’ai eu raison de dire au sujet de la sténose mitrale : Le danger est au poumon.
b. — La sténose mitrale est une maladie embolisante, el les exemples abondent. Au moment où je prenais mon service à 1 hôpital Bichat (en 1882), il y avait une malade, âgée de vingt-huit ans, qui présentait une hémiplégie droite avec •contracture. D’après les renseignements fournis, celte femme n’avait aucune affection du cœur; elle n’était ni hystérique, ni syphilitique, et son hémiplégie avait été rapportée à une hémorragie cérébrale. Or, en dehors de la syphilis, de l’hystérie et de la sténose mitrale, il n’y a pas d'autres raisons.