OBSERVATION DE THROMBOSE VEINEUSE
assez dur et douloureux de la veine humérale (thrombose de la veine lminérale, très probablement consécutive à la maladie infectieuse, indéterminée, dontla malade a été atteinte quatre mois avant son entrée à l’hôpital).
Le O avril, elle éprouve, principalement dans la région épigastrique un peu à gauche, des douleurs très vives qui ont duré toute la nuit précédente et continué pendant une partie de la journée. Pas de vomissements, pas de diarrhée ni de constipation; abdomen météorisé, langue saburrale, urines foncées, rares et bilieuses. — Le 10 avril, on pratique deux ponctions exploratrices de la poitrine, et l’on retire du liquide cit rin en faible quantité (300 grammes). — Le 1 1 avril, les douleurs épigastriques ont disparu, il n’y a plus de sangdans les crachats, et le lendemain les douleurs abdominales reprennent, celte fois manifestement accusées à gauche, ce qui fait pensera la possibilité d'un infarctus splénique. L’état de la malade s’aggrave, à 11 heures du soir elle est prise de sueurs froides, d’accidents comateux, et elle succombe rapidement, en une demi-heure.
A l'autopsie, un peu d’ascite avec foie débordant de trois travers de doigt les fausses côtes; nombreuses adhérences pleurales, liquide assez abondant dans les deux plèvres (un litre à un litre et demi), légères adhérences péricardiques, infarctus des plus nets au lobe supérieur du poumon droit, infarctus ancien, ramolli et presque encapsulé au poumon gauche. Hâte très dure, comme sclérosée et présentant deux petits infarctus récents très nets. Foie muscade, un peu sclérosé; reins congestionnés et déjà scléreux, d’une décortication difficile.
Le cœur, du poids de 430 grammes, présente une oreillette droite manifestement dilatée avec rétrécissement léger de l'orifice tricuspidien. Le rétrécissement mitral (en boutonnière) est très serré, permettant à peine l’introduction du petit doigt, avec une dilatation et une thrombose considérables de l’oreillette gauche. Celle-ci renferme un caillot de 03 grammes, stratifié, très adhérent surtout à la paroi postérieure, et oblitérant complètement l’orifice de l’une des veines pulmonaires.
Huchard. — Consultations médicales, t. II. 24
370 CACHEXIE CARDIAQUE ET THROMBOSE VEINEUSE
Les centres nerveux n’ont pu être examinés. La veine lmmerale gauche est très dilatée dans son parcours, elle contient a sa pariie supérieure un gros caillot, très adhérent à la paroi, long de 3 centimètres, au niveau d'un nid valvulaire.
Cette observation soulève une question impartante.
On est en droit de se demander si celte thrombose est •d’origine cardiaque, ou si elle n’est pas survenue chez une cardiaque à la faveur d'une maladie infectieuse antérieure. Quoi qu’il en soit, la présence d’un œdème douloureux du membre supérieur gauche dû à une thrombose de I humérale est un fait qui vient parfois compliquer singulièrement le diagnostic et le pronostic d’une cardiopathie.
Ces thromboses veineuses dans le cours d’une affection cardiaque sont relativement rares, et après avoir rapporté un cas de thrombose de la veine sous-clavière droite chez une femme de cinquante-deux ans arrivée à la période d'asystolie et de cachexie cardiaque, Kahn a fait des recherches bibliographiques et n’a trouvé que six cas semblables dans la littérature médicale : deux observations empruntées à Bouchut dès 1843 (oblitération des veines profondes et superficielles de la jambe gauche; oblitération de la veine cave supérieure, des veines axillaires, jugulaires, et des veines profondes du membre supérieur avec hydrothorax gauche) ; une observation de Jolly dans sa thèse inaugurale de 18(>l (phlegmatia des deux membres thoraciques); un fait rapporté par Peter (thrombose de la veine sous-clavière gauche avec oblitération de la jugulaire externe); un autre du à Parmentier dans le service de Hanot (thrombose de la veine sous-clavière gauche). Quant à 1 observation récente de Kahn, elle mérite de nous arrêter un instant (1).
Femme de cinquante-deux ans. dont le père est mort à soixante-quatre ans d’une affection du cœur. Atteinte d’insuffi-
(1) Bouchut, La coagulation du sang veineux dans les cachexies et les maladies chroniques [Gaz. méil. de Paris, 1843). — Parmentier, Archives de médecine, 188'J. — Kahn, Archives de médecine . I8!)G.