III. — Indications thérapeutiques
Dans un cas aussi complexe, quelle conduite à suivre?
La précordialgie, les accidents pseudo-angineux n’existent que secondairement à l’affection d’un autre organe, et la preuve, c’est que le traitement par la trinitrine et le nitrite d’amyle ne donnent aucun résultat sérieux; ce n’est donc pas au cœur que nous devons directement nous adresser.
L'état d’éréthisme nerveux n’était qu’un symptôme dont l’existence était liée à une cause contre laquelle devait porter toute notre action thérapeutique; donc, pas de médication portant son action directe sur le système nerveux.
Le point faible, celui sur lequel nous devions agir, c’était l’estomac, cause de tout le mal.
Chimisme stomacal. — Quand on soigne un malade atteint de dyspepsie, il ne suffit pas de savoir s’il est hyperchlorhy-
INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
drique ou hypochlorhydrique. Si l'on n’approfondit pas davantage, la médication restera aveugle. Il est nécessaire, indispensable même, quand on veut user d’une thérapeutique rationnelle et physiologique, de pratiquer toutd’abord l’examen complet de tous les éléments du suc gastrique. C’est le seul moyen que nous possédons de connaître le point spécial où devra porter l'action thérapeutique.
Le chimisme stomacal du malade dont je viens d’exposer brièvement l’histoire était profondément troublé, ainsi que le montre l’analyse suivante :
Acidité totale
Liquide
normal.
Liquide
extrait.
HCl libre
HCl combiné organique. .
Chlorhydrie
Chlore total
Chlore minéral fixe
Coefficient
Coefficient
L’acide chlorhydrique libre est très notablement diminué (10 au lieu de 41). Or, contrairement à une opinion généralement admise, j’estime que la teneur du suc gastrique en acide chlorhydrique libre a peu d’importance. Ce qui le prouve, c'est, que, dans quelques cas, on trouve une absence complète d’acide chlorhydrique libre, sans que les malades aient jamais eu à en souffrir. D'autre part, dans certaines affections telles que la neurasthénie, on constate souvent une absence totale d’acide libre, sans grands troubles gastriques.
Ce qui est beaucoup plus important, c’est la teneur du suc gastrique en acide chlorhydrique combiné. Chez notre malade, celui-ci est représenté par 18 au lieu de 170. C’est là le point défectueux, la cause essentielle de la dyspepsie, celle qu’il nous importait le plus de connaître.
On a beaucoup discuté sur la valeur thérapeutique de l’acide chlorhydrique. Certains auteurs ont prétendu que l’acide chlorhydrique médicinal agit par substitution, c’est-à-dire Hucharo. — Consultations médicales, t. II. 3
DYSPEPSIE ET PSEUDO-ANGINE DE POITRINE
que la dose, ingérée est capable de remplacer, au cours de la digestion des aliments, 1 acide qui n’était pas fourni en quantité suffisante par l'appareil glandulaire stomacal. Rien n’est plus inexact, et il y a longtemps déjà que je me suis élevé contre cette théorie à la Société de thérapeutique. .1 affirme qu’en donnant une dose, même considérable, d une solution d’acide chlorhydrique titrée à 4 p. 1000, la quantité d’acide ingérée est minime, en regard de la somme d’acide chlorhydrique combiné que contient ou devrait contenir le suc gastrique. Aussi, on est en droit d’affirmer que l’acide chlorhydrique médicamenteux n'agit que par sa présence et non par substitution. Par conséquent, on doit le prescrire à petite dose, comme dans cette formule :
Acide chlorhydrique 0sr,50
Eau distillée 500 grammes.
Un verre à madère à la fin de chaque repas.
C’est là une dose bien minime, presque homœopathique. Or, avec elle, on soulage beaucoup plus sûrement les malades qu’avec les doses plus fortes, capables de déterminer une dyspepsie médicamenteuse.
Cependant, nous devons bien l'avouer, il n’est nullement certain que notre action thérapeutique soit efficace. Nous croyons agir, mais agissons-nous? Il est permis d'en douter, et il en sera ainsi tant que nous n'aurons pas trouvé le moyen de fournir à l’organisme, non de l'acide chlorhydrique en nature, mais de l'acide chlorhydrique combiné organique. Ce progrès thérapeutique, nous ne l’avons pas encore trouvé, mais nous sommes peut-être sur la voie, comme nous le verrons plus tard.
Revenons à notre malade. Le chiffre du chlore total T est représenté par 258, et à l’état normal il est de 321. Là encore, nous avons une diminution. Le chlore minéral fixe F est représenté par 230, et le chiffre normal n’est que de 107. 11 y a donc, de ce côté, une augmentation très sensible. Mais
TRAITEMENT
alors, si nous avons des chlorures en quantité suffisante, si nous en avons même trop, comment se fait-il que nous ayons à constater une diminution considérable de l’acide chlorhydrique libre, cet acide n'étant pas préformé et ne se constituant que par décomposition du chlorure de sodium? Quand on pose cette question au chimiste, il nous renvoie au physiologiste, et celui-ci est souvent fort embarrassé pour donner une réponse qui nous satisfasse pleinement. La cause la plus rationnelle à admettre de cette non-formation d’acide chlorhydrique, c’est que, l’état stomacal étant défectueux, sa puissance de production, même en présence des éléments nécessaires, est diminuée et peut même se trouver abolie.
Enfin, appelons l’attention sur le coefficient (T sur F). Je n’entrerai pas dans le détail de la valeur du chiffre 3, qui le représente à l'état normal; je me bornerai à rappeler sa signification. Ce coefficient donne la valeur de l'évolution digestive; c'est-à-dire que l’estomac sain qui ingère 3 digère 3. Chez notre malade, le coefficient est tombé à 1,10, ce qui veut dire que sa capacité digestive est diminuée de plus de la moitié. Voilà un chimisme stomacal profondément troublé, dont l’étude est suffisante pour expliquer les symptômes réflexes constatés à l’examen du malade. Il doit nous servir pour instituer la médication vraiment rationnelle des douleurs précordiales ayant une origine gastrique.