VI. — Traitement
Le diagnostic ne doit pas se borner à l'affirmation seule de la lésion cardiaque, il convient d’être renseigné à la fois sur l’état des reins et du système artériel, en même temps (pie sur la tension artérielle. C'est ainsi que, chez certains syphilitiques, la lésion gommeuse cardiaque n’est rien dans les troubles morbides; la sclérose rénale, l’athérome et la sclérose artérielle se montrent à l'origine des accidents. Aussi, le traitement rénal est à la fois moins dangereux, et plus actif (pie le traitement mercuriel.
S'agit-il, au contraire, d’unsujet dontle rein parait indemne? La dilatation cardiaque, sans signes valvulaires, chez un syphilitique, a autorisé le diagnostic de syphilis du cœur, le traitement s’impose. Par une thérapeutique hâtive basée sur un diagnostic établi, j’ai démontré qu'il est possible de guérir une affection cardiaque d'apparence irrémédiable. Voici une de ces trois observations démonstratives (2) :
Le premier malade, âgé de soixante-dix ans, dont l’accident initial remontait à onze ans, présentait des gommes sous-
(1) Dehio, St-Pelers/j. mecl. Woch., 1894.
(2) Ilucu.vru), Traité des maladies du coeur et de l'aorte, 1905, tome lit.
SYPHILIS GOMMEUSE DU CŒUR
cutanées multiples et une gomme intramusculaire, quand survinrent des accidents graves : dyspnée, palpitations avec légère arythmie, signes de dilatation du cœur sans aucun souffle orificiel, quelques douleurs angineuses, puis signes d'insuffisance myocardique avec affaiblissement du pouls, œdèmes des membres inférieurs. Le diagnostic de cardiosyphilose étant posé, un traitement énergique est institué. En moins de six mois, tous les accidents graves ont disparu et le malade peut être considéré comme guéri de sa cardiopathie.
Meyer rapporte l’observation d’un officier de cinquante ans atteint de palpitations avec dyspnée, œdème, albumine, souffle diastolique aortique, et présentant un rupia s} phililique du dos, des périostoses, cl des ulcérations linguales dues à une syphilis datant de neuf ans, et qui guérit par la digitale, le traitement mercuriel et ioduré. Zackliarine, Bogoslowski, Semmola, Adler, Curschmann, Gaston et llerscher, 1 1 art ge et Deguy signalent des faits semblables. La malade de Gastou et llerscher était âgée de trente-six ans, infectée depuis quinze ans. Atteinte d’aortite avec douleurs angineuses, elle était entrée dans le service de Fournier en pleine asystolie avec les symptômes d’une myocardite, des gangrènes symétriques des extrémités digitales, une périostite tibiale syphilitique, des ulcérations des membres inférieurs. Le traitement spécifique fut suivi d’une amélioration remarquable (1).
Nous ne croyons pas qu'il faille admettre avec quelques auteurs l’action nocive de Viodure de potassium. Celui-ci a été employé dans une foule de circonstances sans paraître jamais altérer le tonus cardiaque. C'est donc à l’iodure de potassium, et non à l’iodure de sodium, qu’il faut accorder la préférence. 11 convient de le prescrire à doses progressives de 2 et 4 grammes par jour.
Quant au traitement mercuriel , il faut l’employer suivant
(I) Gastou et Herscher, Soc. de dermalol., 1899.