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l'intoxication joue un rôle presque mil, et que l'action vasomotrice est prépondérante. Depuis cette époque, il y a trois ans, Watermann et Baum ont également parlé d'un certain « traumatisme physique ou psychique » capable, en raison des troubles vaso-moteurs qui l'accompagnent, de déterminer la sclérose vasculaire.
Voyez un homme sous le coup d'une triste et violente émotion. La face pâlit, les extrémités se refroidissent, le pouls devient petit cl comme serré, une syncope est imminente. On ne peut nierl'existenced'un spasme vaseulairedont l’expérience avec le plélhysmographe de Mosso donne la preuve. Or, ces émotions se répètent et se perpétuent dans la vie fréquemment agitée des hommes politiques, des financiers, des ambitieux, et l’on comprend alors pourquoi leur système artériel, en état d’b) pertension permanente, pourra subira la longue les lésions d(i sclérose. Autrefois Peter avait écrit— et ce n’était pas une simple vue de l'esprit, comme nous le verrons plus loin — « que l’hypertrophie du ventricule gauche (due sans doute à la sclérose artérielle) est la maladie des organismes usés par la fatigue, les passions et les excès : fatigues de la vie maritime, de la vie guerrière, de la vie politique. Elle est la maladie des viveurs chez lesquels le système artériel est constamment tendu et s’use prématurément par excès de tension habituelle ».
A. l’appui de ces idées, je rapportais quelques exemples d'hommes politiques chez lesquels, après des campagnes électorales plus ou moins violentes, j'ai été appelé à constater la production ou l’aggravation rapide d’une cardiopathie artérielle restée latente jusqu'alors. Et je citais l'exemple de cet boni me de cinquante-neuf ans, riche banquier, entraîné dansl arène poli tique. L'heure des déceptions arrive : les désastres de ses finances, laissant dans sa caisse un déficit d'un million de francs, succèdent aux désastres de scs ambitions déçues; le visage pâlit, le cœur s accélère, le pouls est serré, petit, concentre, la tension artérielle monte, et le médecin voit évoluer pas a pas, jour par jqpr, une affection cardiaque d'origine artérielle. Les
l’artériosclérose.
artères, tendues et résistantes d abord au toucher, de\iennent dures et presque athéromateuses, I aorte se dilate et 1 on finit par constater une double lésion de l’orifice aortique. Chez cet homme, on ne peut invoquer aucune cause de son affection; il n’était ni alcoolique, ni goutteux, ni syphilitique, ni rhumatisant, ni fumeur, ni viveur de bonne chère. Seules, les émolionsd’une vie tourmentée avaientagi en déterminant un double surmenage : celui de son système nerveux et du système ciiculatoire. 11 mourut bientôt en état de to\i-asystolie.
En voici un autre que j’ai assisté dans ses derniers moments et dont je puis donner le nom : .Iules Ferry. Grand patriote et sous le poids des plus graves responsabilités, poursuivi patios haines les plus violentes, par la plus injuste ingratitude, il est bientôt éloigné de la scène politique. 11 y rentre un jour victorieusement et il succombe peu de temps après à cette forte émotion d’un nouveau genre, emporté par une attaque d’angine do poitrine et d’œdème aigu du poumon, après avoir présenté tous les symptômes d’une cardiopathie artérielle.
Notre illustre Pasteur a eu de bonne heure une hémorragie cérébrale, et beaucoup plus tard, victime de son travail intellectuel ininterrompu et de grandes émotions, il finit par succomber à l’artériosclérose.
Ainsi — disais-je en 1889 — il n’est pas improbable que les émotions violentes et répétées puissent agir, d'abord sur Ir système artériel, ensuite sur le cœur. En cela je diffère d’opinion avec les auteurs qui pensent que les influences morales agissent d’abord sur le cœur. Et la physiologie vient à notre secours pour démontrer l’exactitude des faits cliniques.
Dans ses intéressantes études de psychologie physiologique et pathologique (Paris, 1903), E. Gley montre, d’après lui et d’après de nombreux auteurs, l’influence de l’activité cérébrale sur la circulation périphérique, sur le cœur, sur la circulation encéphalique, sur la pression du sang. Le cerveau en travail se comporte comme une glande en état de fonctionnement. Il augmente de volume, parce qu’alorsune plus grande quantité de sang le traverse, et ce dernier phénomène est dù à une
ETIOLOGIE.
dilatation des vaisseaux du cerveau coïncidant toujours avec une contraction des vaisseaux périphériques, d’où augmentation de la pression sanguine. II s’agit là d’une action vasomotrice plus ou moins intense, et les modifications du pouls que l’on observe alors, ne sont nullement sous la dépendance de l’action cardiaque, comme l’a cru Thanhofler (1879). Des expériences entreprises par Gley et consignées dans sa dissertation inaugurale (Nancy, 1881), par Kiesow, par Islamanoll' (1895), A. Binet et J. Courtier (1897), L’Ilerminier et Pachon (1897), par Binet et V. Henri (1898), ont démontré manifestement une augmentation de la pression sanguine sous l'influence d’un travail intellectuel très aride et difficile. D’autre part, l’activité cérébrale se traduit par une diurèse plus abondante, par une augmentation de la quantité d’acide phosphorique, de chaux et de magnésie éliminés, et par des modifications importantes des urines bien étudiées dès 18G8 par Byasson et confirmées ensuite par 11. Thoriondans sa thèse (Nancy, 1893). Voici les conclusions de Gley :
« Le travail intellectuel accélère le cœur, augmente la pression sanguine dans les artères périphériques, donne lieu à des phénomènes de vaso-constriction périphérique qui modifient la forme du pouls et augmentent le volume du cerveau (phénomène de vaso-dilatation locale). »
Telles sont les données principales que nous possédons relativement à l’influence du travail intellectuel et moral sur le système circulatoire. Les quelques développements que j’ai donnés à ce sujet ne doivent pas faire admettre que j’attribue à cette cause une importance primordiale. Mais, il arrive souvent qu’on ne trouve aucune cause dans la production de l’artériosclérose et de l’aortite de certains malades, qu’on ne peut invoquer chez eux l’étiologie habituelle, et je demeure convaincu que souvent aussi on doit la chercher dans le surmenage intellectuel et surtout moral. Mais, il est évident que cette seule cause ne doit pas suffire, ce qui est démontré par un certain nombre de malades devenus artérioscléreux sous l’influence de deux causes réunies, par exemple l’uricémie et Huchard. — Consultations médicales, t. II. 31
L’ARTÉRIOSCLÉPOSE.
le surmenage intellectuel ou moral. Cela est d’autant plus probable que dans leurs recherches expérimentales sur l'aortite (1897) Boinet et Romary ont vu celle-ci se développer à la suite de Y intoxication urique , cause fréquente de vaso-constriction et d'hypertension artérielle, comme Haigl’a démontré depuis longtemps et comme je l’ai souvent constaté.