III. — Indications thérapeutiques
1° Insuffisance de la seule médication antisyphilitique. — Dans une maladie aussi complexe, que faut-il rechercher au point de vue thérapeutique? Il faut voir d'abord où est le danger.
Le danger est au rein, et la médication doit s’en inspirer, d’abord pour ne pas nuire. Or, l'induré de potassium est ici plusieurs fois contre-indiqué : il est mal supporté par le malade, dont les fonctions digestives sont d’ailleurs défectueuses; il est nuisible pour le poumon en instance d’œdème aigu, et l’on sait que l’iodure, capable déjà par lui-même de produire des tluxions œdémateuses, devient presque le complice de la maladie; il est nuisible pour le rein qui l'élimine ; il est, de plus, presque inutile contre toutes les manifestations parasy philitiques, parce que celles-ci, restant toujours d'origine spécifique, ne sont plus de nature spécifique.
.le neveux pas dire qu’il ne faut jamais prescrire l’iodure de potassium dans l'aortite syphilitique, et à ce sujet les guérisons d’anévrysmes par la médication indurée me donneraient un formel démenti. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont d’origine spécifique que les anévrysmes peuvent être guéris par l’iodure, et on n’ignore pas que le nombre des anévrysmes non syphilitiques améliorés ou guéris parce médicament est presque égal à celui des anévrysmes d’origine syphilitique. Sans chercher à comprendre autrement cette action, j’affirme qu’ici l'iodure agit comme médicament vasculaire, ou plutôt artériel. On abuse de l'iodure contre les manifes-
AORTITE SYPHILITIQUE.
tâtions parasyphilitiques, et peut-on nous dire les bons effets qu'il a pu jamais produire dans le tabes, la paralysie générale l Sans doute, il faut ordonner quelque chose, mais à la condition «pie ce quelque chose ne nuise pas. Or, non seulement le malade, mais son estomac surtout proteste...
Quant aux injections de benzoate de mercure dans ce cas particulier..., je ne comprends pas. D’abord, elles sont d une efficacité douteuse dans une manifestation parasyphilitique, et je les ai vues si souvent augmenter l’albuminurie que je m’en défie un peu. Lorsqu’un malade, syphilitique ou non, a une aortite d'origine artérielle ou plutôt scléreuse, n oubliez jamais que, tôt ou tard, il deviendra un rénal, et qu il 1 est déjà — même n’étant encore qu’aortique — alors que l’examen de l’urine est négatif au point de vue de l'existence de l’albumine. La maladie est à l'aorte et au système artériel : le danger est au rein , ne l’oubliez pas. Et cette vérité clinique se démontre surtout pour l’aortite des syphilitiques, lesquels présentent une grande vulnérabilité rénale (« fragilité rénale » de L. Renon) dont j’ai déjà parlé.
En un mot, on abuse singulièrement de Viodureel surtout des injections hypodermigues de mercure dans le traitement des affections parasyphi h tiques ; on prescril ces médicaments d’une façon trop banale, sans souci de l’estomac, des reins et du tissu cellulaire sous-cutané des pauvres malades, .l'affirme qu’on n'obtient le plus souvent aucun résultat sérieux avec les injections mercurielles employées contre toutes les manifestations parasyphilitiques. Et (pie de médecins ordonnent d'une façon banale ces injections devenues à la mode !
2° Médication hypotensive et diurétique. — Que faire?
Ici, la notion étiologique n’est pas de première importance, je viens d’en donner les raisons. Voyez alors où est le danger.
Le danger est au poumon (œdème aigu), aux coronaires (angine de poitrine), surtout au rein (albumine et imperméabilité rénale). Nous éviterons celui du poumon en suspendant
INDICATIONS THÉUAPEUTIQUES. 521
la médication iodurée cl en traitant le rein, le danger des coronaires en prescrivant des préparations c\e trini/rine (à la dose de IX à XII gouttes en trois on quatre fois, solution au centième) ou encore le téfranitrol (à la dose de 3 ou \ comprimés à 5 milligrammes). Or, il se trouve que ces deux médicaments, en abaissant la tension artérielle surélevée chez le malade, produiront également de bons effets sur le fonctionnement rénal.
Le principal danger est au rein, je le répète (œdème aigu du poumon, dyspnée toxi-alimentaire, vulnérabilité rénale des syphilitiques, menaces constantes d'urémie), et il faut instituer pour le présent et pour l’avenir une médication rénale, par le régime lacté absolu, plus tard par le régime lacto-végétarien, et au moyen de l’agent diurétique par excellence, la théobromine ; et comme votre malade est en même temps un uricémique, un ancien goutteux, faites une association médicamenteuse (quoique je n’aime guère les mariages thérapeutiques) en alliant le médicament réducteur ( lit/iine , ou plutôt acide thyminique) de l'acide urique à son éliminateur (la théobromine ), d'après cette formule :
Théobromine 20 grammes.
Carbonate de lithine 15 —
lienzoate de soude 10 —
Pour 00 cachets. Prendre 3 à G cachets par jour. On peut remplacer le carbonate de lithine par le quinale de lithine (mêmes doses), qui m’a semblé plus actif comme médicament réducteur de l'acide urique.
Mais, il parait démontré aujourd’hui (pie les sels de lithine sont plutôt des précipitants de l’acide urique, et que l 'acide thyminique dissout plus facilement les urates. Malgré son prix élevé, vous l’associerez (0gr, 15) à la théobromine (Os1', 30) : deux à trois cachets par jour.
Plus tard, le régime alimentaire, qui doit rester la hase du traitement, sera ainsi modifié s’il y a lieu : trois ou quatre jours de régime lacté absolu par semaine; trois ou quatre jours de régime lacto-végétarien avec le minimum de viande et des aliments très peu salés.
AORTITE SYPHILITIQUE.
On modifia le traitement dans le sens que j'ai indiqué. Le résultat ne se fit pas attendre, puisque tous les accidents graves et menaçant l’existence avaient disparu en quinze jours: diminution de l'albumine (30 centigrammes), résolution nies œdèmes et surtout de l'œdème aigu du poumon, disparition de la dyspnée toxi-alimentaire, abaissement rapide de la tension artérielle, sédation des phénomènes douloureux du côté des coronaires depuis di\ mois. Sans doute, le malade n’est pas guéri, il ne le sera jamais, parce que la thérapeutique n'a pas encore trouvé certaine pierre philosophale... Mais la prolongation de la vie pendant des années n’est-elle pas déjà une esquisse de guérison?