‹ Maladies du cœurChapitre 175 sur 204 · I. — Exposé clinique · texte numérisé non relu

I. — Exposé clinique

Le malade dont je vais rapporter l'histoire m’avait été adressé par un médecin de Vienne. D’après les renseignements qui m’étaient fournis, il souffrait depuis plusieurs années d’une névralgie intercostale gauche très intense et rebelle. Le diagnostic avait été : neurasthénie avec palpitations et névralgie intercostale.

A son entrée dans mon cabinet, l'aspect du malade me frappa : pâle, défait, amaigri, il indiquait un âge beaucoup plus avancé que son âge réel. Il m’apprit que le symptôme dominant de sa maladie, celui auquel il attribuait son état

NÉVRALGIES ANÉVRYSMALES.

de faiblesse, était une névralgie intercostale, tenace, continue, rebelle à tout traitement. En Autriche, on avait épuisé tout l'arsenal thérapeutique : antipyrine, quinine, aconitinc, applications de divers liniments et de pointes de feu. Rien n’avait apporté le moindre soulagement, et en dépit des soins et des médicaments, « son état ne s’était nullement amélioré; il allait de mal en pis ».

J'avais remarqué que, lorsqu'il marchait, cet homme restait dans une attitude spéciale, le corps penché en avant, et qu'il prenait presque instinctivement la position dans laquelle il ressentait le minimum de douleur, .le le tîs déshabiller, de manière à pouvoir considérer son thorax à nu, ce que je recommande de ne jamais oublier, parce que l’examen pratiqué même à travers une chemise de toile fine peut nous donner des impressions erronées ou incomplètes, d'où de fréquentes erreurs de diagnostic.

.1 allais procéder à l'examen de la partie gauche du tronc au niveau duquel siégeait cette douleur intense, lorsque subitement le malade pâlit, prêt à défaillir, cl demanda à s’asseoir un moment. Après quelques instants, il revint ainsi à son état normal et m'apprit que, depuis plusieurs années, il lui est impossible de se tenir dans la station verticale sans avoir aussitôt au niveau du point névralgique une exaspération douloureuse difficile à supporter. Assis, il souffre moins; couché, moins encore. La position de choix, celle que ses longues nuits d’insomnie lui ont enseignée comme la plus favorable, est la position couchée sur le ventre. De cette manière, il ne ressent plus aucune douleur, et c’est dans celte situation seule qu'il peut prendre quelque repos.

Aussitôt, j eus l’idée que je me trouvais on présence d’un anévrysme de 1 aorte thoracique, situé dans la zone comprise entre la bronche gauche et la face supérieure du diaphragme, zone où 1 anévrysme peut rester pendant plusieurs années à 1 état latent, n occasionnant comme symptôme dominant (pic des douleurs particulièrement rebelles à tout traitement et dues à la compression des nerfs intercostaux par la tumeur.

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