II. — Pseudo-myocardites aiguës
Lorsqu'on 1871 je décrivais la myocardite varioleuse avec une symptomatologie que l'on doit encore considérer comme toujours exacte, j’étais loin de penser (pie cette question serait un jour presque doctrinale, que dans toutes ou presque toutes les maladies infectieuses on en viendrait à considérer comme également fréquente l’inflammation du myocarde.
Dans le cours d'une fièvre typhoïde ou de la grippe, on constate de la tachycardie, une légère arythmie, quelques
(1) Skei.ii.muu.eii, lierlin. klin. Woch., 1 88 4 . — Douverei, Traité de la neurasthénie, 1880.
(2) K. RÉcus, Neuraslhénie et artériosclérose. Congrès de médecins aliénistes et neurologistes, bordeaux, 18!).j.
PSEUUO-MYOCAIUIITES.
iiitennillences, l'affaiblissement du premier bruit. Alors, on s'empresse d’attribuer tous ces symptômes à l'existence d une myocardite aiguë, quand il s'agit vraisemblablement de troubles dans l'innervation du cœur, comme le fait a été démontré au sujet des altérations du plexus cardiaque dans la paralysie du cœur consécutive à la diphtérie (1). Singulière myocardite dont la durée éphémère se terminerait favorablement en quelques jours par la guérison; en tout cas, myocardite bien spéciale dont les symptômes diffèrent essentiellement de ceux que j'ai observés au cours de la variole, maladie dans laquelle la lésion du myocarde est toujours prépondérante, le poison variolique ne portant pas son action principale sur les centres d’innervation cardiaque.
Au Congrès scientifique de La Rochelle, en 1882, Bernheim (de Nancy) a judicieusement appelé l’attention sur une forme cardiaque de la /lèvre typhoïde dans laquelle, « sans altération notable de la fibre musculaire, sans lésions pulmonaires préalables, sans complication autre qui puisse l’expliquer, le cœur se prend quelquefois dès le début, d’autres fois à une période plus avancée de la maladie ». Cinq ans plus tard, un des élèves du professeur de Nancy, Wuillaumc, a consacré àce sujet une thèse intéressante où se trouvent observations concluantes, établissant encore, qu'en l'absence de toute altération de la fibre musculaire du cœur, il se produit pendant la vie, vers cet organe, des accidents plus ou moins graves, déterminés par la localisation du poison typhique sur son
(1) Vincent, Archives de médecine expérimentale, juillet 1894. La paralysie des pneumogastriques a encore été signalée dans la diphtérie par I’éhatk (Thèse de Paris, 1858), par Ruchknne, parGuLAT (Thèse de Paris, 1 881). Dans le cours de la fièvre typhoïde et de la diphtérie, Romuehu aurait trouvé de la périnévrilc des nerfs du péricarde et parfois des lésions des ganglions intracardiaques {Derl. /clin. Woch., 1895). — Hochaus admet, dans les paralysies diphtériques, non seulement la myosite inlectieuse, mais encore une inflammation légère des nerfs intramusculaires ( Arc h . de Virchow, 181)1). — G. Ki.imov continue les expériences de iMouuamkv relativement a 1 action des toxines diphtériques sur les cellules des ganglions cardiaques et sur la paralysie myocardique consécutive [Arc h. de Podwissolskt/ et liecue de méd. , juin 1899).
PSEUDO-MYOUARDlTliS AIGUËS.
appareil nerveux et caractérisés par les symptômes suivants : tachycardie, faiblesse du coeur cl du pouls, arythmie, stase viscérale et périphérique (engouement pulmonaire, cyanose et refroidissement des extrémités, abaissement considérable de la tension artérielle), mort su hile assez fréquente.
A propos de deux observations, l'une de (îalliard, l'autre de Siredey, et rappelant notre distinction (I) entre lasyslolie d'origine cnrdio-vasculnire et lasyslolie d'origine nerveuse, nous a\ ions formulé nos réserves en ces termes : « Sans vouloir nier la réalité parfaitement démontrée de la myocardite des états infectieux, je crois qu'on exagère souvent la fréquence de celte complication. A mon avis, on ne tient pas suffisamment compte des troubles de l'innervation cardiaque qui jouent certainement un rôle important dans la sy mptomatologie et les phénomènes cliniques » (2).
A ce sujet, voici ce que je disais encore dans deux communient ions faites la meme année (1891) à la Société médicale des hôpitaux : *< Dans les fièvres, il n'y a pas que des myosites, que des nrtérites infectieuses; il y a aussi des névrites infectieuses, et celles-ci dans certaines maladies, la dothiénenlérie et la grippe, peuvent et doivent se localiser sur les appareils d innervation cardiaque, ce qui est démontré par l’anatomie pathologique et la clinique ».
Dans la grippe infectieuse , on a attribué à la myocardite des symptômes assez nombreux qui relèvent des troubles fonctionnels ou de lésions portant sur les centres d'innervation cardiaque. Samson de Londres) a appelé l’attcnlion sur les troubles cardiaques consécutifs à l’inlluenza, parmi lesquels on relève .‘17 cas de tachycardie, "l'-i d arythmie, •> de bradycardie, ^.‘1 douleurs précordiales, cl seulement 10 cas de lésions organiques du cœur.
Avant lui, en 1891. je disais que le« poison grippal porte son
(1) II. 1 1 uch.mii>, Asyslolio nerveuse (Union medicale , I87S). Journal des praticiens , 1 893).
(2) 11. riccii.Miit, Sue les complications cardiaques de la lièvre typhoïde. Allaiblissoment du m>ur dans les lièvres (Soc. méd. des hôpitaux, J 804).
PSEUDO-MYOCARDITES.
action sur le système nerveux du cœur par l’intermédiaire du Ihi lhc et des nerfs pneumogastriques ». En 1890, a la Société médicale des hôpitaux, je signalais, parmi beaucoup d autres, le fait suivant : Un homme atteint de grippe infectieuse et d'une légère bronchite depuis quelques jours, éprouvait de temps en temps de fortes crises d’étouflement lorsqu il faisait un elfort ou un mouvement; le pouls s accélérait alors, et il y avait à chaque instant des tendances à la syncope. 11 est mort rapidement par le cœur, après plusieurs attaques 1 ipot h \ iniques, alors (pie rien ne faisait présager une terminaison si brusque et si funeste (1).
Dans le cours de la grippe, le pouls prend parfois une rapidité insolite, ou, au contraire, il est d'une lenteur anormale. Enfin, dans certains cas, les phénomènes gastriques prennent une gravité extrême, et souvent aussi les malades meurent de bronchoplégie, de ce que Graves appelait la « paralysie pulmonaire », comme ils peuvent succomber aux accidents de la cardioplégie nerveuse. Les trois branches du nerf vague peuvent donc être atteintes (trépied morbide du pneumogastrique), et il ne suffit pas de dire avec Vovart (de Bordeaux), <pie la grippe grave est surtout caractérisée par une « névrose des nerfs vagues », il faut ajouter que ses manifestations nerveuses sont surtout d’ordre parétique. Dans l’influenza, les nerfs pneumogastriques sont comme coupés, et c'est ainsi «pie s'expliquent quelques manifestations congestives du poumon et les accidents de paralysie pulmonaire, gastrique et cardiaque que l'on y rencontre si souvent. Ainsi, la grippe se rapproche de la fièvre typhoïde au point de vue de l’action du poison microbien sur le système nerveux, avec cette réserve <pie celle action est pour ainsi dire plus directe. Après ccs deux maladies, vient la variole dans laquelle la myocardite est plus dégagée de l’élément nerveux.
.le ne parle pas de la scarlatine et de la rougeole, maladies dans lesquelles la myocardite est relativement rare. Du reste,
(I) 11. llcciiAiU), Sociale médicale des hôpitaux, 1890. Congrès de Marseille, 1891.— Samson, Société de médecine de Londres, 1894.