II. — Erreurs thérapeutiques
Les erreurs thérapeutiques les plus importantes sont relatives à l'abus des médicaments.
Autrefois, on abusait des .s ni f/nées dans le traitement des maladies du cœur, et sans parler de la médication débilitante de Valsai va pour la cure des anévrysmes, à la (in du xviii0 siècle, on affirmait « qu’il n’y a pas de moyen plus propre à prévenir les palpitations et les affections du cœur que la saignée ». On disait encore : « On ne doit pas craindre de tirer du sang, parce «pic, le cœur n’ayant plus assez de force pour pousser celui-ci, en gagnera davantage lorsque le poids de la masse sanguine scia diminué ». On se rappelle encore les orgies sanguinaires de Broussais dans beaucoup de maladies et de Bouillaud dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu.
N’avons-nous pas assisté à la grandeur et à la décadence des vésicatoires qui autrefois étaient reconnus capables « d'exciter et de réveiller le cœur » (1 ), des injections d 'extrait testiculaire de Brown-Séquard, au sujet desquelles il s'est trouvé autrefois un savant très enthousiaste, qui a aussitôt publié par cette médication des « centaines » de guérisans d’ata.xies locomotrices; à l'abus des injections salines , petites ou grandes, maintenant presque abandonnées; encore aujourd’hui à l'abus des injections de cacodylate , de sels mercuriels , et aussi d'un sérum antisclérosiquc capable, d’après un médecin étranger, d’abaisser la tension artérielle et de résoudre rapidement les tissus scléreux!
On fait encore un usage immodéré de la médication ioduréc, du régime lacté exclusif , capable de déterminer à la longue des dyspepsies lactées 1res tenaces ou des dilatations cardiaques, un abus de l'hypertension artérielle (pie l’on trouve un peu partout, de la médication h ypotensive dont j’ai été 1 un des premiers à parler, au sujet de laquelle on m’a fait
(I) Richaud Mead, Recueil des œuvres physiques et. médicinales (Traduction française a Pouillon, 1774). — Peter, ('Unique médicale, 1 87 H.
ERREURS T II ER A PEUT lof ES.
dire ce <|iieje n'ai jamais dit, en exploitant singulièrement la crédulité humaine... ( l 'i .
Que nous eu avons vu mourir do ces enthousiasmes d'un jour et de ces panacées, et comme il est vrai de dire que les médecins changent souvent d'idées fixes!
Mais laissons de coté les erreurs thérapeutiques d’hier, reconnues et tombées. Parlons de celles que l'on commet encore aujourd'hui.
21 . — Je vous ai appris à connaître la cardiopathie artérielle tarJiy-aryt/unique , caractérisée par deux symptômes principaux : la dyspnée toxi-alimentaire et la lachy-arythmie. Vous faites disparaître très sûrement et rapidement le premier symptôme à l'aide du régime lacté exclusif ou simplement du régime lacto-végétarien, parce qu’il csl d'origine rénale, même en l'absence d'albumine dans les urines. La lachy-arythmie est d’origine myocardique, clic est due à la lésion du muscle cardiaque, et comme vous avez appris dans vos livres et dans certain enseignement que la digitale régularise toujours les battements du coeur, la plupart des médecins ont une tendance à prescrire ce médicament pour faire disparaître la tachy-arythmic dont les malades se plaignent à peine, tandis qu'ils souffrent surtout de la dyspnée.
On commet ainsi une faute, parce qu’on ne sait pas assez quecctte arythmie spéciale est irréductible, et en continuant inconsidérément l'emploi du médicament contre celle véritable boiterie du cœur, on peut s’exposer à provoquer des accidents d'intoxication digitalique. Souvent je reçois des praticiens des lettres ainsi conçues: « Le malade va heau-
(1) 1 1 uchard, L’artériosclérose cl les spasmes vasculaires (Congrès de Toulouse. 1887). La tension artérielle dans les maladies (Semaine médicale, 1888). La médication hypotensive (Académie de. médecine de Belgique, 1901, et Académie de médecine de Caris, 1903). Sur la médication hypotensive (Société de thérapeutique, 20 février 1907). Voir, pour rémunération de mes recherches sur la tension artérielle, hi Thèse de mon interne L.-A. Ahblard, Paris, 1907.
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coup mieux ; la dyspnée a disparu complètement et le malade dort ; malheureusement, je ne puis parvenir à faire disparaître l’arythmie, ni même à l'améliorer. # — .le réponds invariablement : « Vous n'y parviendrez <|ue très rarement et presque toujours incomplètement, parce que cette arythmie est le résultat d’une lésion presque incurable du myocarde siégeant le plus ordinairement au niveau du sillon auriculoventriculaire. Laissez là cette boiterie, ne vous en préoccupez pas, le cœur pouvant ainsi boiter des années sans dommage pour le malade, et insistez toujours sur le traitement rénal de la cardiopathie artérielle. »
22. — Comme j'ai contribué à le démontrer, la première période (préselérose) de l'artériosclérose el des cardiopathies artérielles est caractérisée le plus souvent — je n'ai pas dit toujours — par un état plus ou moins permanent d'hypertension sanguine, en l’absence de lésions vasculaires ou avec des lésions à peine appréciables. Or, les médecins font alors un abus singulier des préparations indurées, non seulement à celte première période, mais à Imites les phases de l’artériosclérose, non seulement dans le cours des cardiopathies artérielles, mais aussi dans le cours des cardiopathies valvulaires.
.le vous le demande, que peut faire l’induré contre la présclérose? Il ne saurait modifier la tension artérielle, puisqu'il est presque sans action sur elle, comme nos expériences avec Eloy (datant déplus de vingt-cinq ans), confirmées dans la suite par Prévost et Ri n et (de Genève), l'ont démontré d'une façon formelle. Il ne peut agir non plus sur des lésions qui n'existent pas encore. D’autre part, avez-vous jamais vu des altérations valvulaires post-rhumatismales rétrocéder sous l'influence de la médication indurée ?
L’abus des indurés doit être sévèrement dénoncé, parce que je l'ai vu produire des gastropathies médicamenteuses suivies souvent d'une répercussion plus ou moins grave sur les fonctions cardiaques.