‹ Maladies du cœurChapitre 37 sur 204 · GASTROPATHIES ET VASO-CONSTRICTION PULMONAIRE · texte numérisé non relu

GASTROPATHIES ET VASO-CONSTRICTION PULMONAIRE

donne les indications d’un traitement rationnel. J’en ai ainsi exposé la pathogénie dans mon Traité des maladies du cœur :

On connaît la résistance qu’offrent parfois aux divers traitements les palpitations des chlorotiques et des anémiques. Les ferrugineux sont souvent sans effet, les médicaments cardiaques, et parmi eux la digitale, sont inutiles ou nuisibles. Pourquoi l’impuissance de cette thérapeutique ? C'est parce qu’elle ne vise que l’élément dyscrasique, et qu’elle méconnaît un autre facteur important qui entre souvent en scène, le spasme vasculaire et sa conséquence immédiate, l'hypertension artérielle. Les chloro-anémiques ont le système vasomoteur très excitable et émotif, ce qui explique le refroidissement des extrémités, les algidités et les ischémies locales, les alternatives de pâleur et de rougeur de la face, l’émission d’urines claires, limpides et abondantes.

Ce (pii prouve l’émotivité de leur système circulatoire, c'est l’existence du bruit de souffle dit « anémo-spasmodique » au niveau de l’artère pulmonaire. Si les souffles anémiques peuvent se montrer à tous les orifices, c'est encore en raison du spasme artério-capillaire qui crée un obstacle, qui produit un rétrécissement à la périphérie du système circulatoire, obstacle et rétrécissement contre lesquels le cœur lutte en se dilatant. Mais avec lui les orifices s’élargissent, et il en résulte, suivant les cas, la production de souffles fonctionnels aux orifices mitral et tricuspide, ce dernier très fréquent d’après Parrot.

La pathogénie de ces bruits divers est ainsi différente de celle qu'on leur a attribuée sous le nom de bruits exlracardiaques. Donc, pour combattre certaines palpitations rebelles des chloro-anémiques, la thérapeutique doit viser le spasme vasculaire et l'hypertension artérielle, par l'emploi des agents vaso-dilatateurs et des dépresseurs de cette tension.

Cette pathogénie et cette thérapeutique ne sont pas généralement acceptées ; elles ont été théoriquement combattues par quelques auteurs qui n’admettent pas volontiers des insuffisances valvulaires fonctionnelles. Sans aucun doute celles-ci

ESTOMAC ET CŒUR

sont plus rares qu’on est généralement porté a le croire; mais elles existent, je les ai constatées avec preuves microscopiques à l’appui, et mon élève G. Barbier en a démontré la réalité dans sa thèse inaugurale (1).

On a donc tort de ne voir toujours que l’anémie comme cause des palpitations et d’instituer invariablement une médication ferrugineuse qui ne peut rien contre elles. Chez les anémiques ou chez les chlorotiques, les palpitations ne sont pas toujours dues à l’altération globulaire, elles peuvent être produites par des troubles digestifs, et quelquefois par des troubles vasomoteurs. Dans ce dernier cas, on devra combattre le spasme vasculaire au moyen d’une médication par Y alimentation et les médicaments vaso-dilatateurs , par le massage des membres, la douche froide en jet, parfois par des bains d'air très chauds , par des frictions avec ce Uniment :

Alcoolat de mélisse

— de genièvre

— de lavande

Essence de térébenthine

Menthol

Thymol

| aa 150 grammes.

( âk 0,50 centigrammes.

On a dit que l’arythmie et les intermittences ont parfois une origine pulmonaire. Le fait est possible, mais je le crois très rare, même exceptionnel. Ceux qui ont avancé ce fait ont commis la même erreur que Hirtz : ils n’ont pas vu que derrière le poumon se trouve souvent la gastropathie latente, le primum movens des troubles arythmiques.

Lorsque vous vous trouvez en présence d’une arythmie cardiaque sans souffle valvulaire, vous n’avez le plus ordinairement que deux diagnostics à poser : celui d’une cardiosclérose à forme arythmique, et, à son défaut, celui d'une arythmie nerveuse ou réflexe. L’absence des stigmates de l’artériosclérose que je vous ai appris à connaître (hypertension artérielle, retentissement diastolique de l'aorte, signes de méiopragies viscérales et d’insuffisance rénale, dyspnée toxi-alimentaire)

(1) Barbier, Insuffisance fonctionnelle des valvules du coeur. Thèse de Paris, 1896.

MALADIES DU CŒUH ET TROUHLES GASTRIQUES. 91 permet le plus souvent d’arriver au second diagnostic.

Tout cela vous montre les erreurs nombreuses que l'on peut commettre et (pie vous devrez à l’avenir éviter. Ce sujet, traité seulement dans ses grandes lignes, offre donc un intérêt pratique d'une assez grande importance. Sénac, que j’ai souvent cité, m'en fournit la meilleure conclusion :

« On doit être fort réservé, dit-il, lorsqu’il s’agit de prononcer si ce sont les vices du cœur qui dérangent ses mouvements dans des malades sujets à des palpitations; on ne peut attribuer un tel dérangement à ces vices que lorsqu'on est assuré qu’il ne vient point des causes que nous avons marquées. »

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