MALADIES DU CŒUR ET TROUBLES GASTRIQUES
suc gastrique est diminué, ainsi que la motricité stomacale.
A la période asystolique , l’anorexie est absolue et la moindre digestion des aliments entraîne une sensation de pesanteur épigastrique, due à la distension gazeuse, avec pyrosis, éructations, parfois même vomissements très rebelles. Ces vomissements sont teintés de sang par des globules rouges plus ou moins déformés (Carrière).
On a voulu résoudre la question patbogénique de ces troubles divers uniquement par le chimisme stomacal. Or, rien n'est plus variable. Sans doute, on a le plus souvent constaté la diminution ou même la presque disparition de l’acide chlorhydrique (Adler et Stern, Ilautecœur). Mais ensuite, les mêmes auteurs, puis Einhorn et Murdoch, ont vu comme moimême qu’il n'y a rien de constant dans les modifications subies par le chimisme stomacal des cardiaques, et comme le dit si bien A. Robin, pour résoudre la question il suffit « de juxtaposer exactement la clinique et la chimie », ce qui prouve une fois de plus que la clinique doit toujours avoir le dernier mot. C’est ainsi qu’il admet judicieusement la classification suivante pour les dyspepsies d’origine cardiopathique : 1° la dyspepsie hyposthénique par stase veineuse ; 2° la dyspepsie hypersthénique réflexe des aortiques; 3° la dyspepsie hyposthénique par anémie locale ; 4° la paralysie de l’estomac (dont j'ai fourni un bon exemple dans les synergies morbides du pneumogastrique); 5° les dyspepsies médicamenteuses et mécaniques (1).
2° Cardiopathies artérielles. — A ces diverses dyspepsies on doit ajouter celles des cardiopathies artérielles et de l’artériosclérose qui doivent nous arrêter un instant.
Ici, pour la production des troubles gastriques, ce n’est pas seulement l’état du cœur qui est en cause, c’est
(1) Adler et Stern, Berl. /clin. Woch., 1889. — Hautecoeur, loc. cil. — Einhorn, Berl. /clin. Woch., 1889. — Murdoch, New iorfe med. Journ., 1899. — A. Robin, loc. cit. — II. Huchard, Union médicale, 1876.
ESTOMAC ET CŒUR
encore et surtout celui du rein. Le travail récent d’Enriquez et Ambard sur la sécrétion gastrique dans les néphrites vient donc à l’appui de notre opinion nettement formulée sur l’importance de l’élément rénal et du traitement rénal dans les diverses cardiopathies artérielles. Il établit que la sécrétion gastrique tend à diminuer progressivement au cours des néphrites chroniques, et qu’au cours des néphrites aiguës, comme Biernatzky l'a nettement constaté, les fonctions stomacales sont en relation directe avec les améliorations ou les aggravations de la maladie rénale, d’où les conclusions suivantes: 1° Lorsque les néphrites sont de type albuminurique, elles restreignent le plus souvent la sécrétion gastrique et s’accompagnent d’hypochlorhydrie et même d'anachlorhydrie; 2° lorsqu'elles sont latentes, après avoir été bénignes au début, ou qu’elles se traduisent exclusivement par de l’hypertension artérielle, elles provoquent souvent l’hypersécrétion gastrique. Celle-ci survient donc surtout dans les néphrites où l’imperméabilité rénale étant à son maximum, favorise la surcharge anormale de l’organisme en chlorures. Car il a été démontré par Vincent que l’hyperchloruration augmente la chlorhydrie et que l’excès des chlorures dans l’organisme « constitue l’excitant général par excellence de la sécrétion gastrique ».
Il est vraisemblable — ajoutent Ambard et Enriquez — que « la surcharge chlorurée qui aggrave nettement la lésion rénale aggrave également la lésion gastrique. Ici, l'effet excitateur du sel s’efface devant son effet dépresseur, d’où hypochlorhydrie. Mais, pour la même raison, la déchloruration qui améliore la lésion rénale améliore aussi la lésion gastrique, et c’est aussi sans doute la raison pour laquelle la déchloruration diminue l’hypochlorhydrie. Mais comment, dans les cas de sécrétion initialement moyenne, la déchloruration provoque-t-elle de l'hyperchlorhydrie passagère? En appliquant exactement le même raisonnement, on peut admettre que la déchloruration améliore plus rapidement la lésion gastrique qu’elle ne ramène l’équilibre chloruré géné-