‹ Maladies du cœurChapitre 51 sur 204 · II. — Trois asystolies · texte numérisé non relu

II. — Trois asystolies

1° Asystolie des cardiopathies valvulaires. — Chez un cardiovalvulaire vous aviez, quelques mois auparavant, constaté les signes d’une compensation normale ou exagérée. Le choc précordial était fort et bien limité, la pointe du cœur légèrement abaissée, les urines en quantité normale, les viscères sans trace de congestion, et les membres inférieurs sans apparence d’œdème. Puis, sous l’influence de causes diverses, vous voyez survenir le soir un peu d’œdème prétibial ou périmalléolaire, de l’essoufflement facile, des palpitations. Alors, à l'examen vous constatez un peu de congestion douloureuse du foie, de l’hyperémie et de l'œdème pulmonaires; la contraction du cœur est molle, inégale et irrégulière, l'impulsion cardiaque un peu plus étendue, plus diffuse, moins sensible, la pointe déplacée en dehors et en bas, la matité de l’organe augmentée dans le sens transversal ; le premier bruit plus ou moins sourd et atténué, le second bruit un peu éclatant au foyer de l'orifice pulmonaire et à gauche du sternum, le

(1) Eichhorst, Cenlralbl. f. med. Wissench., 1879.

TROIS ASYSTOLIES.

pouls plus faible, les veines jugulaires légèrement gonflées et saillantes, les urines rares et jumenteuses. Tel est, en quelques mots, le tableau de Yhyposystolie que j'ai décrit (1). A un degré plus avancé, c’est Yasystolie complète, indiquée d'abord par Corvisart, puis bien étudiée par Beau, asystolie dont le tableau a été tracé de main de maître par Maurice Raynaud.

« La face bouffie, l’œil brillant, les narines largement dilatées, la poitrine haletante, le malheureux patient est en permanence dans l’état anxieux d’un homme qui vient d’accomplir une course forcée. Ses lèvres, ses joues sont livides; son pouls est imperceptible; les veines du cou sont turgescentes et animées d’une ondulation perpétuelle. Tout son corps est tuméfié par l anasarque. Le tronc soutenu par un entassement d’oreillers, il passe les jours et les nuits les jambes pendantes hors du lit. Accablé par le besoin de sommeil, il cherche inutilement à goûter quelques instants de repos ; à peine a-t-il fermé les yeux, que sa tète retombe lourdementsur sa poitrine et qu’il se réveille en proie à de nouvelles tortures... De là, cette cruelle alternative : ou se laisser gagner par l’asphyxie, ou se passer absolument de sommeil ».

Tel est le tableau de la mort lente par asystolie dans les cardiopathies valvulaires, mort qui peut devenir plus rapide dans celle des cardiopathies artérielles ou de la cardiosclérose pour des raisons que j’ai depuis longtemps indiquées et sur lesquelles je n'ai pas à revenir.

Cette asystolie, celte asthénie cardio-vasculaire , est-elle seulement toujours d’origine mécanique, ou ne faut-il pas faire jouer, pour sa genèse, comme Bard (de Lyon) le croit (2), un rôle important aux poussées inflammatoires qui continuent à se produire fatalement sur un cœur malade? Ici, les deux causes (mécanique et inflammatoire ou dégénérative) doivent être certainement invoquées.

Dans l’asystolie des maladies valvulaires, appelée encore,

(1) H. Richard, Quand et comment doit-on prescrire la digitale? [Journal des praticiens, 1887-1888).

(2) Bard, Lyon médical , 1892 et 1893.

SYNERGIES MORBIDES DU PNEUMOGASTRIQUE.

par Rigal, asthénie cai'dio-vasculaire , c’est l’élément musculaire du cœur et des vaisseaux qui est en souffrance et qui est atteint d’affaiblissement progressif.

2° Toxi-asystolie des cardiopathies artérielles. — Dans le tableau de l’asystolie si bien peint par Raynaud, peut-être y a-t-il place pour l’asystolie tics cardiopathies artérielles que j’ai contribué à faire connaître en insistant surtout sur l’élément toxique qui les caractérise. Car, je ne saurais trop le répéter : la cardiopathie artérielle commence par l’intoxication, elle continue par l'intoxication, elle finit par l’intoxication. Dans mes premières leçons sur les maladies du cœur en 1889, et même quelques années auparavant, je l’ai démontré de la façon la plus formelle, et je suis revenu sans cesse sur celte notion très importante, puisqu'elle est la base des indications thérapeutiques et du traitement (1). Mais il importe de bien distinguer les symptômes cçtrdio-artériels (arythmie, bruit de galop, cardiectasie, méiopragie des organes, angine de poitrine coronarienne) des symptômes toxiques (dyspnée et insomnie, spasmes vasculaires, hypertension artérielle, tachycardie et tachy-arythmie, œdème aigu du poumon, quelques vertiges et délires). Contre les premiers, la médication cardio-artérielle est indiquée; contre les seconds, la médication antitoxique et rénale. Ici, la dyspnée, sans aucune lésion bronchopulmonaire parce qu’elle est surtout toxique, est le symptôme primordial et constant qui finit, par s’accompagner de son symptôme satellite, l’insomnie persistante, de sorte que les malades sont réellement dans cette cruelle alternative : « ou se laisser gagner par l’asphyxie, ou se passer absolument de sommeil ». L’asystolie est toujours tardive. Mais, quand elle s’est installée, avec une dilatation cardiaque souvent considérable et irréduc-

(1) II. Huchard, Leçons sur les maladies du cœur, 1889. Traité des maladies du cœur et de l’aorte, 1893 et 1899. Rôle de l’intoxication dans les cardiopathies artérielles. Congrès de physiothérapie de Home , 1907. Formes cliniques de l’artériosclérose. Congrès de Genève, 1908. Les maladies du cœur et leur traitement. Paris, 1908.

ASYSTOLIE NERVEUSE.

tible dont vous savez les conséquences, avec l'augmentation progressive de l’albumine et de l’imperméabilité rénale, avec un œdème qui finit, devenant souvent très dur, par envahir les membres inférieurs, les bourses et le tronc, avec une dyspnée continue qui se termine fréquemment par celle de Cheyne-Stokes et une insomnie absolument rebelle, quand tous ces accidents sont survenus, on constate qu’il y a quelque chose de plus qu'une simple insuffisance myocardique et qu'il s'agit réellement d’une toxi-asystolie.

5° Asystolie nekveuse. — Cette asystolie, que je vais maintenant étudier, est consécutive aux troubles ou à l’affaiblissement de l’innervation cardiaque.

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