I. — Myocardite alcoolique
On rencontre parfois à l’autopsie de malades parvenus à un âge peu avancé (trente à cinquante ans) des cœurs flasques, mous, plus dilatés qu'hypertrophiés, avec élargissement des orifices auriculo-venl riculaires et lésion à peine appréciable des appareils valvulaires.
Pendant la vie, on avait constaté les principaux signes d'une insuffisance mitrale d'origine fonctionnelle, avec souffle systolique à la pointe, se propageant à la fois en dedans vers l'appendice xiphoïde et en dehors vers la région axillaire, avec une sorte d’ hésitation arythmique de la systole, pouvant en imposer pour un rétrécissement mitral.
Ce qui avait frappé l’attention, c’était l’existence d une
CŒUR ALCOOLIQUE
tachy -arythmie très accusée, survenant par accès, avec abaissement plus ou moins considérable de la tension artérielle, s’accompagnant à peine d'œdème des membres inférieurs ; les urines étaient devenues promptement albumineuses, et le foie, congestionné et douloureux au début, avait fini par subir assez promptement un mouvement de rétraction, avec production d’un léger épanchement abdominal.
Dans ces conditions, la mort subite s’observe quelquefois, et l’on ne trouve rien pour l’expliquer : aucune altération aortique, aucune lésion coronarienne, mais parfois la névrite alcoolique du pneumogastrique qui n’a pas été suffisamment recherchée, et une légère dégénérescence diffuse avec état granuleux de la fibre myocardique et dissociation segmentaire, qui a été constatée d’abord par,), Menant (de Lyon) et son élève Mollard, puis par Aufrecht dans la myocardite alcoolique. L’adipose péricardique a été aussi assez souvent constatée.
Comme trois organes sont simultanément atteints — cœur, foie et rein — on a tendance à établir le diagnostic d’artériosclérose, alors qu’il s’agit d’une forme particulière de myocardite alcoolique , encore incomplètement étudiée au double point de vue de l’anatomie pathologique et de la clinique. J’ai observé chez les grands buveurs une dizaine de faits semblables, dont quatre terminés par la mort subite, et on ne peut les faire rentrer dans l’histoire clinique delà cardiosclérose ou des diverses myocardites scléreuses. Du reste, d’après l’opinion peut-être trop exclusive de Lancereaux et de son élève Duclos (1), l’alcoolisme produit plus souvent sur le système artériel la stéatose que la sclérose. Mais celte stéatose, à la fois myocardique et coronarienne, est suffisante pour expliquer la fréquence de la dilatation cardiaque, alors que la sclérose vasculaire aboutit plus souvent à l’hypertrophie ventriculaire parle fait des lésions rénales et artérielles.
(1) Duclos, Le système artériel des alcooliques. Thèse de Paris, 1888.
HYPERTROPHIE PLÉTHORO-ALCOOLIQUE.
Cette myocardite alcoolique se rapproche beaucoup de celle qui a été signalée par Aufrechl, dans laquelle le début est annoncé par des troubles cardiaques. La maladie suivant son cours, le foie se prend ultérieurement, et cette participation est considérée comme une hypertrophie idiopathique ou une cirrhose commençante de l'organe. Enfin, la lésion rénale est interprétée comme une néphrite primitive, avec participation secondaire du cœur.