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II. — Hypertrophie pléthoro-alcoolique

Il existe encore une forme de cœur alcool i(/ue signalée dès 1860 par Bauer, qui a rapporté une vingtaine de cas d'hypertrophie du cœur sans lésion valvulaire ni myocardique, puis par Bollinger, qui l'a constatée chez les grands buveurs de Munich et lui a donné le nom de « cœur de bière » Bicr/iers) ou « d'hypertrophie toxi-fonctionnellê, d'hypertrophie pléthoro-alcoolique » du cœur (1).

Mais Krehl, reprenant cette question, avait constaté dans ces cas des lésions scléreuses évidentes, et il est juste de rappeler à ce sujet que Corvisart avait parfaitement distingué les faits où l'induration du cœur survient « à une époque quelconque d'une dilatation préexistante », de ceux où « l'induration est la première affection qui se développe » en l’absence de toute dilatation qui ne peut alors s’effectuer. Alors les causes réelles de ces lésions étaient complètement inconnues.

D'après Bollinger et Bauer, chez les grands buveurs de Munich, qui absorbent jusqu'à 10 ou li litres de bière par jour, l’hypertrophie du cœur s'explique par un état de pléthore vasculaire et d’hypertension consécutive à l’ingestion d'une telle quantité de liquide, et la dilatation par la perte d’élasticité du myocarde due à l’action de l’alcool. Il s agit donc, comme on l'a fait observer, d’un étal de parésie toxique

(I) Aufueoht, Thevap. Monalshefte, 1875. Deulsch. I ech. /. Irfin. Med.. 1893. — Baiek, Thèse de Giesscn. 1800.

CŒUR ALCOOLIQUE

du myocarde, cl ce qu'il y a d'intéressant dans ces cas, c est la production fréquente d'une véritable asyst.olie aiguë, survenant chez les alcooliques sous l’influence d’un travail pénible, d’un effort, du soulèvement d'un fardeau, asystolie pouvant se terminer par la mort en dix ou quinze jours, comme on en a signalé quelques exemples.

Souvent, la cardiectasie est le phénomène prédominant, et l'on voit alors survenir tous les accidents dus à la thrombose cardiague. Mais, il faut aussi tenir compte des phénomènes hépatiques (hypertrophie du foie, probablement par stase veineuse) et rénaux (albuminurie due moins à l'irritation du rein par l’alcool qu’à la stase veineuse). On observe encore assez souvent de la glycosurie.

En résumé, le cœur alcoolique, qu'il s'agisse d'une myocardite segmentaire, d’une stéatose du myocarde avec ou sans surcharge graisseuse, d’une vago-névrite, d une hypertrophie pléthoro-alcoolique, est un cœur surtout caractérisé par sa facile dilatation. Celle-ci survient rapidement sous l’influence de causes diverses : efforts, marches précipitées, cyclisme, surmenage. Elle peut encore être augmentée par le fait de maladies infectieuses parmi lesquelles la pneumonie occupe la première place, et c'est pour cette raison en grande partie que la mort est fréquente dans ces cas.

En France, nous observons rarement des faits analogues à ceux qui ont été signalés en Allemagne. Cependant il m’a semblé utile de les signaler pour aider au diagnostic entre la cardiosclérose et les diverses myocardites chroniques.

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